Stomy Bugsy - Trop jeune pour mourir

    "Trop Jeune pour mourir" est le troisième album solo de Stomy Bugsy, après "Le Calibre..." & "Quelques Balles de Plus" et il marque un nouveau tournant dans sa carrière. Aujourd’hui désavoué par une grande frange du rap français, Stomy mérite au moins qu’on se penche sur ses travaux, en regard de son parcours passé (Ministère AMER).

    Laissant de côté les histoires de mafioso, Stomy évolue. Et pas qu’en bien. Son flow est moins mobile, son timbre de voix a perdu en clarté mais il a gardé ce qui faisait sa marque. Par exemple, un sens du récit que pourraient lui emprunter les adeptes du rap technique sans fond et une envie de se différencier du courant actuel, notamment par des sonorités west-coast. Les producteurs sont connus (Desh, Les 2 Neg, Alexis Ouzani), les rares featurings sont prestigieux (Passi, Hamed Daye, Jacques Dutronc- !) mais le résultat est mitigé.

    Commençons par les réussites. "Trop Jeune pour Mourir", le morceau d’ouverture traite de la fuite d’un esclave se souvenant de humiliations subies dans les champs de coton. Le refrain est assuré par une chorale, rendant le morceau lyrique (idée dont semble s’être inspiré Passi pour "Emeutes"). "Incendie dans Mon paradis" est une histoire d’amour tragique, thème habituel, mais qui bénéficie ici d’une fin inattendue et d’une optique originale (dialogue parlé au sein de la chanson, interludes) tout en donnant un coup d’accélérateur au flow de Stomy. "Plan B" est le premier morceau de la réunification du Ministère, un égotrip guerrier avec Passi & Hamed Daye, le meilleur morceau de l’album. "On s’en sortira" est un titre west-coast et revendicateur même si le flow de Mysto est un peu bancal compensé par la qualité du texte. Enfin, l’album se termine avec une histoire en deux morceaux. "Si j’étais/Je suis dans le show-bizeness" traite d’un homme vendant son âme pour le succès et le payant amèrement. Stomy semble se réveiller et donne dans le hardcore glauque, la dernière chanson se détachant réellement du lot. ( "vivre sans billet, c’est comme baiser sans cracher"), montrant que le rapper n’a pas perdu son potentiel. Et son duo avec Jacques Dutronc (duo est un grand mot, il dit 2 phrases dans toutes la chanson) utilise un très bon thème.

    Maintenant, les mauvais points. Déjà Stomy n’a plus de flow réellement technique et donc ses égotrips ("Show-Show", "Bug’s Life") tombent à plat. Ensuite, on sent que voulant séduire les minettes, il a un peu voulu accentuer son côté lover. Résultat, "Aucun Dieu ne pourra me pardonner", ne sert pas à grand-chose à part à montrer qu’il sait bien pomper 2Pac et "Mets ta tête dedans" sert à aguicher les ados. D’ailleurs l’influence de 2Pac est trop grande dans l’album, tant pour les musiques que le flow. Ensuite, certains morceaux sont marrants mais avec le ridicule ("Black Pim Fada", "Bumpy Dog") même si le premier des deux titres est assez amusant. Enfin, Stomy peut un peu lasser sur la longueur et plus de featurings auraient aidé à tenir la distance (un titre avec Jacky a été enregistré, sans être inclus)

    Sorti en février 2000, l’album était attendu pour casser la barraque, même s’il n’a fait, au final, "que" 100 000 et quelques exemplaires vendus. Néanmoins, Stomy (qui s’est maintenant tourné vers le cinéma) pourrait bien revenir fort avec l’album du Plan B, comme le montrent ses dernières apparitions prometteuses sur "Génèse" de Passi ou "L’Or Noir", d’Hamed Daye.

[Yacine]

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Trop jeune pour mourir  01 08 On s'en sortira
La bug's life 02 09 Le plan B (feat. Passi & Hamed Daye)
Incendie dans mon paradis 03 10 Pour ma mama
Aucun dieu ne pourra me pardonner 04 11 Show-Show
Bumpy dog 05 12 Mets ta tête dedans (feat. Karl "The Voice")
Une tombe à la place du coeur (feat. Jacques Dutronc) 06 13 Ah ! Si j'étais dans le show-business
Black pimp fada 07 14 Je suis dedans