Demon One & Dry

Pour une fois, j’étais en avance au rendez-vous. Trois quarts d’heure plus tard, la responsable de la promo web d’Hostile commençait à s’inquiéter. Un petit coup de fil au manager du groupe qui était en voyage au Mali et on s’est vite aperçu que Dry et Demon One n’avaient pas été prévenus de l’interview ! Rapidement rappliqués du Val-de-Marne et fraîchement réveillés, nous nous sommes retrouvés, cinq ans après notre première rencontre, dans les bureaux d’EMI, à Paris.

Clip : "Dream Team" (feat. 113)

Site Web : www.intouchable.net


Racontez nous vos cinq années écoulées depuis 'Les Points Sur Les I'. Comment les avez-vous occupées ?

Demon One : 'Les Points Sur Les I' est donc sorti en 2000. Puis on a fait une tournée avec le 113. En 2001, on a sorti un maxi 6 titres, "I Have A Dream", et un maxi 2 titres avec 113, "Kidnapping". De 2001 à 2003, on a posé sur les albums d’Oxmo Puccino, Manu Key ('Le Manuscrit'), Kery James ('Si c’était à refaire') et aussi sur pas mal de compile comme 'Taxi 3'… En 2003, on a sorti l’album de la Mafia K’1 Fry, 'La Cerise Sur Le Ghetto'. Et on a sorti le DVD en 2004.

Dry : J’ai fais des petites dates avec Rohff. J’ai été en Allemagne, en Algérie, et un peu partout en France. J’ai abandonné mon pote à la cité (Rires). Demon a oublié de vous parler de son film ! Il va sortir en octobre, c’est "Ennemi Public", dans lequel il a un rôle.

Demon One : Il a été réalisé par les mecs qui ont fait le film "Old School". 

Parlez nous de Dawala, le producteur de votre nouvel album. Le connaissez-vous depuis longtemps ?

Demon One : On le connaît depuis un moment, depuis 96. Il vient du 19ème. Comme on connaît pas mal de mec de là-bas, ils nous l’ont présenté. On l’a rencontré en 2000, à l’époque du projet 'PSG 1 : Pur Son Ghetto 1' sur lequel il nous avait invité. On a ensuite noué contact. Comme on avait beaucoup évolué en indépendant jusqu’ici, on avait besoin de quelqu’un de confiant et de compétent, sur le plan juridique notamment, pour pouvoir monter une société…

Justement, présentez-nous cette jeune société, Wati B, et ses projets.

Dry : C’est donc une société de production qu’on a monté avec Dawala. Il y a Maryam qu’on retrouve sur notre album qui en fait partie. Il y aura sûrement des choses à faire avec elle. Il y aura aussi 'PSG / OM', dans la lignée des 'Pur Son Ghetto' 1 et 2. Des petits projets qui vont sortir tranquillement. Mais pour l’instant, on va essayer de booster 'La Vie de Rêve' pour que la société ne soit pas en chien (Rires). 

A la rédaction, on a bien apprécié le morceau "Hors Piste", sur votre nouvel album. Racontez nous la création de ce titre.

Demon One : On a écouté le son de Big Nas et on a tout de suite accroché. Ce morceau, c’est un peu notre position à nous, Intouchable, dans le rap français. Il y a beaucoup de gens qui se prennent au sérieux, comme dans la rue, beaucoup de personnes font paraître ce qu’elles ne sont pas. Il y en a qui croient que parce qu’ils roulent en Porsche, ça y est, c’est une ascension sociale. Dans un sens, c’en est une. Mais ça ne doit pas les obliger à mépriser les autres, à les manipuler. Ils n’ont plus aucune valeur de respect, d’humilité, de la misère. Et derrière eux, il y en a plein qui mériterait autant mais certaines portes ont été fermées à leur égard. Au lieu d’aider leurs frères du ghetto, ils jouent à la guerre du rap. La guerre, elle est dans les cités, dans les rues, pas dans le rap mais sur le terrain.

"Intouchable, le groupe le plus reconnaissable du rap français" ? D’où vous vient votre mauvaise image ?

Dry : On nous a fait passer pour des fous alors qu’on n’avait pas accès à ces gens là. On a véhiculé cette image pendant un moment, ça nous a freiné. Mais aujourd’hui, on est en train de changer la tendance. Donc cette phrase, elle tourne un peu autour de tout ça. 

Comment s'est fait le morceau "Honneur aux Dames" avec Diam's ?

Demon One : On la connaissait déjà, c’est une amie à nous. On la suivant depuis longtemps. On a fait ça au feeling comme tous les autres invités de l’album. C’est aussi parce qu’on avait envie d’inviter une rappeuse. On trouve qu’il n’y en a pas assez en France. Et elle, elle est bien !

Dry : Et puis elle était contente de poser sur l’album…

Demon One : Au moins, elle a le mérite de prendre les choses au sérieux. C’est important. 

Un autre featuring qui a pu surprendre, c’est Matt qui fait une "entrée fracassante" sur le morceau "Intouchable". Comment êtes vous rentrés en contact ?

Dry : C’est Dawala qui connaît son manager et qui nous l’a présenté. Demon le connaissait déjà un peu, il avait eu l’occasion de le rencontrer auparavant. Matt nous avait dit qu’il aimait bien ce qu’on faisait. Il avait écouté 'Les Points Sur Les I'. Ensuite, ça s’est fait tranquillement, on avait envie d’une petite touche R&B sur l’album. 

Et Tonton David, c’était un kiff ?

Demon One : Tonton David, c’est un ancien ! Il connaît des grands de chez nous. En plus, il est réunionnais ! Il m’en parle tous les jours, du requin blanc, du zamal… (Rires) Et il ne mange que du poisson ! 

Jackus est le nom qu’on retrouve le plus dans les crédits. Que pouvez-vous dire de lui ?

Dry : Il avait réalisé pas mal de son pour l’album de la Mafia K’1 Fry, 'La Cerise Sur le Ghetto', notamment la chanson "Pour Ceux". Il avait également participé à notre premier album, "Les Points Sur Les I". Il y a aussi Big Nas, qui avait fait "Zone Internationale", sur le dernier album de Rohff.

Demon One : Ce sont des gens du 94, de chez nous, qui sont productif dans le son et qui y sont depuis longtemps. Ils font beaucoup de sons pour les membres de la Mafia K’1 Fry.

Justement, quelle est l’actualité de votre collectif ?

Dry : Il y a différents albums à sortir : celui de mon cousin Karlito, celui de Kery James qui sort au mois d’avril, OGB, Manu Key qui est déjà dans les bacs. Le prochain projet je pense que ce sera l’album de la Mafia K’1 Fry… quand chacun aura un petit moment.

Comment s’est passé le tournage du clip "La gagne" dans un casino de Paris ?

Demon One : On a loué le casino de l’espace Wagram pour une matinée. Donc on fait ça en speed, on était habillé beau gosse, on faisait genre on jouait… Après on a fini au VIP, aux Champs Elysées. C’était sympa. Il faut qu’il passe le matin. Y’en a marre des clips qui passent à trois heures du mat’ (Rires).

Demon, tu n'as pas pensé à changer de numéro avec tous ces mecs chelous qui t'appellent tout le temps ? Tu crois que l’autre a encore du chocolat du Maroc ?

Dry : Tu fais référence aux interludes de notre nouvel album (Rires), notamment la dernière...

Demon One : Tu leur diras que là, par contre, j’aurai de la salade de Hollande !! Cultivée sous serre…

Propos recueillis par Bongo
Photo: D.R.
Avril 2005