
A l'occasion de la sortie du maxi remix 'Juste Nous recooked and spice', nous vous proposons cette interview inédite pour revenir sur la première compilation du label Not So Bad Records... 'Juste Nous' !
Site Web : www.justenousmusic.com
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No’ tu
es à l'initiative de "Juste Nous" qui est sorti fin novembre dans les bacs,
peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ?
A la base nous étions deux à l’initiative du projet, Vestat et moi.
Juste Nous vol.1 est un album concept réunissant différents artistes de différents backgrounds mais partageant tous la même vision du hip hop. A savoir défendre un hip hop plus proche de ses valeurs originelles, non influencé par la tendance. A une plus petite échelle, et sans prétentions, on a essayé de faire un lyricists lounge. Dans le sens où les artistes présents sur ce disque privilégie le fond et la forme. On a à la fois des techniciens et des performers.
J’insiste sur l’appellation album concept, parce que je trouve le terme compilation trop réducteur. Je ne me suis pas contentée de compiler des titres et de les envoyer au pressage. J’aurais très bien pu aussi reprendre les morceaux des maxis de chaque artiste, mais je n’en voyais pas trop l’intérêt. J’ai taché de fournir un disque cohérent.
Je vois "Juste Nous " comme le reflet d’une scène hyper prolifique et talentueuse qui se développe à l’ombre des médias. L’objectif était de booster ces artistes parce qu’ils le méritent. Aujourd’hui les structures qui ont les moyens ne prennent plus aucun risque, préfèrent miser sur ce qui sent la rentabilité à plein nez. Où sont passé les développeurs de talents ? Pour moi "juste nous" s’est présenté comme une urgence.
Comment l'idée est arrivée ? Je crois que tu tournes un documentaire sur la scène indé aussi ? C'est venu de tes rencontres artistiques ?
Ben l’idée m’est venue sur un coup de tête. En fait L’année dernière on a eu entre autre le maxi de "Tha real book", celui de Enz, l’album de Dernier Pro et celui de Réel Carter. J’ai grave accroché. J’ai fais pal mal de petites scènes où j’ai recroisé ces artistes. Je me suis dis que c’était dommage que ces disques sortent de manière sporadique et pour la plupart en vinyle. Il y’avait un potentiel énorme, donc autant les réunir sur un même disque. Je suis de l’école DIY (do it yourself), donc au lieu de refaire le monde derrière mon ordinateur, j’ai cassé ma tirelire et produit le disque. Peut être que c’est mon côté rêveuse, mais je suis persuadée que unis ont est plus fort. Je ne pense pas qu’un individu seul puisse renverser la tendance. Pour ce qui est du tracklisting, ce fut très simple. Heureusement pour moi et malheureusement pour eux, c’est une scène qui est un peu trop intimiste. Asco m’a filé le numéro de Seïsme qui m’a parlé de S-ist. 20 syl nous a parlé de S.A.T. C’est allé de fil en aiguille.
Effectivement, je tournais aussi un documentaire qui pour l’instant est en stand-by. On en reparlera plus tard.
"Juste Nous" a une certaine ligne de bout en bout. Comment vous y êtes-vous pris pour ce résultat ? Vous avez sélectionné les morceaux ou donné des directives aux artistes sur les thèmes à aborder ou ne pas aborder ?
J’aurais très bien pu appeler ce disque "Juste pour le kiff " tellement c’est vrai. Je n’ai rien imposé, rien censuré. J’ai parlé du projet aux artistes, ils m’ont fait des propositions, j’ai gardé ce qui me semblait cohérent. Enz par exemple est venu avec 6 morceaux, et j’ai juste eu à faire mon choix. C’est vraiment une question de feeling.
Pourquoi le titre "Juste Nous" ? "Juste Nous" dans le sens "on reste entre nous" ou "on est là en toute simplicité" ?
C’est plus dans le sens "on est là en toute simplicité"…Il faut comprendre que l’intention derrière "Juste Nous" est vraiment simple et pleine d’humilité. On n’est pas venu avec la prétention de révolutionner le rap français. On ne s’est pas présenté en tant qu’anti-thèse du rap de rue.
Si ce projet devient à long terme une référence dans ce style de musique tant mieux, mais cela n’était en aucun cas l’intention, et aucunement la prétention. Il se trouve qu’on a été les premiers à sortir, si d’autres projets de ce genre voient le jour, si ça crée une émulation tant mieux. Je ne suis pas arrivée non plus en disant que c’était la relève du rap français. Je ne me souviens pas avoir dit dans une quelconque interview que c’était la compilation de référence en matière de rap hiphop soulful.
Je vais remettre les choses dans leur contexte. J’ai fais ce disque histoire de réunir tous les artistes que j’ai rencontré dans les concerts et via mon projet de documentaire. C’était une manière de me faire plaisir et de contenter ceux qui se plaignent que le rap tourne en rond. J’ai trouvé qu’il était aussi intéressant de les réunir sur cd, en sachant que les trois-quarts sont principalement sortis en vinyle. Voilà…C’est aussi simple que çà.
Les artistes de la compilation ont un peu tous la même "vibe" : jazzy, soul, conscient... Ne penses-tu pas que l'auditeur risque de se lasser sur la durée ?
En fait, je ne sais pas comment prendre ta question. Je ne pense pas que la qualité lasse. La musique est par définition intemporelle quand je réécoute "illmatic" ou "midnight marauders", je ne me lasse pas, à chaque fois je les redécouvre. Faut pas se méprendre, je n’ai pas comparé "Juste Nous" à de tels monuments. Ce que je veux dire c’est qu’un produit bon le restera.
En plus là tu as 15 entités différentes, des flows différents, des plumes différentes, je ne vois pas comment çà peut lasser. Comme je te disais, le point commun de tous ces artistes, c’est cette volonté de ne pas tomber dans la facilité ni le sensationnalisme. Leur mérite c’est de ne pas avoir choisi la facilité.
Après pour ce qui est de l’étiquette jazzy, soul çà me dérange un peu que l’on insiste autant dessus. Ca reste avant tout du rap, un point c’est tout. Ca n’à rien d’exceptionnel. C’est triste qu’aujourd’hui il faille tout compartimenter, rap jazzy, rap de rue, rap bobo, etc…Moi quand j’ai présenté le projet et que j’ai mentionné le terme jazz ou soul, c’est pour que les gens situent les influences des rappeurs. Si les producteurs samplent des artistes jazz ou soul, c'est parce que ces artistes ont un catalogue immense et génialissime... Dans 20 ans, on continuera à sampler Miles Davis, Curtis Mayfield ou Marvin Gaye parce que ce sont des génies... Dans le morceau de NAS "Bridging the gap", il dit : "Bridging the gap from the blues, to jazz, to rap..."
Je pense que cela résume assez bien ce que l'on fait... S'inspirer de l'ancien pour en faire de l'actuel... J’ai pu entendre parfois que c’était du rap old school. Il n’y a rien de old school, c'est juste un énorme respect pour ceux qui sont passés avant nous.
Le problème dans le rap français, c'est que trop souvent les gens manquent de culture… Leurs références ne remontent pas à plus de 4 piges... Et ils ont fait leur culture via Skyrock...
Tu sais ce qu'on dit: "si tu ne sais pas d'où tu viens, tu ne sauras pas où aller"
L'un des grands absents c'est Kohndo. La connexion ne s'est pas faite ? Il a décliné l'offre ?
Je pense que l’on devrait plus se concentrer sur les présents que les absents. Après tout, l’objectif étant de booster des artistes émergeants. C‘était peut être suicidaire d’avoir voulu miser sur ces artistes qui pour la plupart n’ont que 1 ou 2 maxi à leur actif, j’ai quand même pris le risque.
Pour ce qui est de Kohndo, est ce qu’il avait vraiment besoin de moi, j’en doute. Je pense que c’était aller à la facilité que de prendre des gros noms tels que kohndo, Hocus Pocus, Rocé. Je pense avoir été claire dans ma démarche avec le vol.1, donc dans le vol.2 si on retrouve des noms comme ceux précédemment cités, au moins on ne pourra pas me taxer d’opportuniste.
Pour ce qui est de Kohndo, il se trouve que je l’ai justement rencontré par rapport au documentaire, mais j’avais déjà bouclé "juste nous" à ce moment. De toute manière, préparant son album il n’était pas non plus très disponible au moment où s’est réalisé le projet… Le timing a beaucoup joué. Par exemple pour un artiste comme Brahi (Harcèlement Textuel), la connexion s’est faite trop tard. Il se trouve qu’il était très emballé par le projet, mais la machine était déjà lancée. Ce n’est donc que partie remise pour le vol.2.
Cette nouvelle scène française qui commence enfin à émerger, penses-tu qu'elle soit suffisamment relayée par les médias hiphop ?
Je trouve les médias (de masse) encore trop frileux et c’est vraiment dommage.
Pourtant en coulisses, ils trouvent tous le projet super intéressant mais aucun n’a vraiment eu le cran de vraiment miser dessus. Je pense que si j’étais arrivée avec une grosse machine derrière, j’aurais eu la couverture médiatique qu’un tel projet méritait. Je comprends qu’il faille faire tourner la boutique, d’où les grosses têtes d’affiches en couv’ mais pourquoi ne pas consacrer 2 pleines pages à l’intérieur du mag.
C’est assez paradoxal, parce que c’est les mêmes journalistes qui vont se plaindre en disant que le rap français tourne en rond, que les lyrics ne volent pas haut. Maintenant tu ramènes un projet où le fond et la forme sont mis en avant, au détriment du sensationnalisme, ils sont tous aux abonnés absents.
Le soutien vient une fois de plus des sites internet qui n’ont pas la même pression mercantile, et pour le papier, de la presse ultra-spé. Par exemple le magazine Unité, n’a pas hésité à nous consacrer 6 pages dans son dernier numéro. C’est vraiment frustrant. Pour les mass-médias hiphop, ce genre de rap n’est pas vendeur donc ils ne prennent pas de risques. Mais comment le rendre vendeur, si tu n’en parles pas ?
Je ne vais pas cracher dans la soupe, un journaliste comme Vincent Portois nous a quand même offert de la visibilité.
Si cette compilation sortait aux USA, quels artistes de "remplacement" verrais-tu ?
Là tu me fais rêver….
En producteur : Jay Dee (R.I.P), Illmind, M-phaze, Pete Rock, Oh No, Q-Tip, Madlib, 88-Keys, Young RJ, Krhysis, J-Rawls, 9th Wonder et Kayne West (pour péter le score).
En MC: Elzhi, Little Brother, Nas, Common, Evidence, Jean Grae, Bahamadia, Q.Tip Murs, Buckshot, etc… Franchement trop de noms à citer.
Le deuxième volume est-il déjà à l'étude ?
Évidemment ! Mais pour l’instant je préfère me concentrer sur le vol.1 le défendre comme il se doit…Tu sais pour qu’il y ait un volume 2, il faut déjà que le vol.1 vive ou plutôt survive, que les gens qui sollicitent le vol.2 commencent par supporter le vol.1 en l’achetant.
Un dernier mot ?
La musique n’est pas une question de style mais de sincérité ! Paix !
Propos recueillis par Mike
Juin 2006
Photos: D.R.