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Interview  - Fatcap

Quinze ans qu'ils sont là. Quinze années à voir les wagons défiler, à prendre le train de la vie en marche. Après une longue épopée BOSS peu fructueuse, Fatcap débarque avec un premier opus, concentré de rap brut. Entretien avec Bobby Buntlack, MC et producteur du groupe.

Site Web : myspace.com/fatcapsteplait


Le graffiti
On était plus souvent sur la voie Est. Y’a des mecs dans le crew qui tapaient que du métro, des psychopathes. Entre moi et Ferk, ce n’est pas moi qui étais le plus dans le graffiti. J’ai fais quelques terrains vagues aussi. Mais au bout d’un moment ça commence à être relou. C'est-à-dire que les mecs dans les terrains vagues, ils vivaient plus les aventures des autres, du genre «t'as vu untel a fait tel train etc.» Ils se branlaient sur le vandale. Comme dans le rap, les mecs qui se branlent sur ceux qui font des vrais braquages contrairement a eux. Y'a rien de glorifiant a parler de braco dans sa musique, mais bon c'est une image qu'on vend aujourd'hui et c'est plus édulcoré de raconter des fictions que la réalité de la vie d'un rappeur je pense, surtout quand tu fais que ça.

Le rap
On a toujours écouté du rap. Dans les années 90 on était jeunes quand on a découvert les groupes pionniers qu’on sait. Ceux qui passaient sur Radio Nova, etc. Un peu de rap cainri : Public Enemy, les Fugees, NWA, etc. On faisait du graffiti, on écoutait du rap. On n’avait pas spécialement envie de faire du rap parce qu’on ne ressentait pas forcément l'envie de dire des choses par le biais du rap. Parce que par rapport à l’époque, il fallait dénoncer. Et à 13 piges, c’est pas trop ça… Mais on avait quand même essayé. On avait monté un groupe qui s’appelait E.C.A. Mais rien de sérieux. Donc on s’est plus orienté vers le graffiti et après vers 1994, y’a eu un renouveau dans le rap qui nous a rendu ouf. C’était les sessions de radio boulibaï : Kamel d’Alliance Ethnik avec Raggasonic, Rootsneg, les 2Bal 2Neg, La Cliqua… Ça nous a redonné envie d’en faire, mais on est repassé a l'acte plutôt en 1996. J’étais chez moi, en train de faire une esquisse, et j’entends un mec qui rappait cainri : c’était Ill des X-Men. Ça m’a bluffé, je me suis dit «putain ! truc de dingue, le flow cainri en français c’est possible !»

Freestyles radio
Je me rappelle avoir fait un freestyle sur Fun Radio à l’époque, sans groupe, sans rien de sérieux, juste représenter le quartier ta ville etc... au téléphone. Ensuite, les gens te reconnaissent, t’encouragent. Après, pareil, y’avait des trucs sur Génération, j’avais appelé. C’était le début de Génération. Y’avait des mecs qui passaient au téléphone, c’était l’esprit challenge. Les mecs y me font : «ah bin dis donc, t’a l’air sur de toi». J’avais rappelé et quelques temps après, le mec je lui fais «ouais c’est bien, mais c’est toujours les mêmes sur votre radio. Y’a pas moyen de passer…». Et après, le mec, il avait joué le jeu. C’était Marc à l’époque. Et ça a été notre première apparition radio. Entre temps, Fatcap s’est construit, on était trois. Y’avait mon pote Ferk, toujours là aujourd’hui, le dernier à être arrivé dans le groupe. Y’avait Guess Pop, un cousin d’un voisin à moi. Ça s’est fait comme ça. A l’époque, on était pleins à rapper, dans la même cité, y’avait aussi Vicelow de Saian Supa Crew qui habitait quatre halls plus loin. On avait fait un tremplin organisé par la ville. Après chacun fait son chemin.

Mixtapes
Après y’a eu des petits plans mixtapes, on allait dans des soirées, on était en galère. Au départ, on allait dans des soirées pour serrer des meufs. Au final, on se disait «viens on va voir tel ou tel rappeur», on prenait des numéros de téléphone pour gratter des plans mixtapes, etc. C’est là qu’on a connu Dontcha Flex, qu’on a fait la Dontcha 4. Par rapport à Dontcha, on a passé une « audition ». J’avais ramené une petite maquette qu’on avait faite dans un home-studio. Le mec, il me fait «non, non, y’a pas de cassette. Je sais pas qui c’est qui rap, etc. On fait direct, on va dans la boutique. Y’a le vendeur qui va t’envoyer des sons et là vous allez me faire voir ce que vous donnez». Et le mec qui balançait les sons c’était Spank à l’époque, il bossait dans cette boutique. Il nous a vu là et nous a dit «les gars, j’aime bien ce que vous faîtes, j’ai peut-être un plan, un projet de compile avec un pote à moi. Faudra que je vous fasse écouter des sons, une fois, si vous avez l’occase…» Après, on a été écouter des sons, c’était chez Joey (Starr). A l’époque on avait eu aussi un plan sérieux puisque sortie nationale. C’était Hostile 2 avec le morceau «Adrénaline», en 1998, dans un esprit très graffiti.

BOSS
Après y’a eu l'épisode BOSS qui s’est fait, ils se sont structurés. Et puis, ils nous ont proposé de faire des morceaux. Mais y’a jamais un truc officiel «venez, vous êtes dans BOSS, etc.» Y’a eu BOSS 1, BOSS2, quelques plans qui ont été repris sur des BO de films, comme «Comme des fous» qui a été repris sur Yamakasi, puis Urban Peace. BOSS 3 qui a été vendu à 130.000 exemplaires. On a été les premiers surpris. Y’a eu pas mal de promotion. Par rapport à ça, y’a eu de l’attente, mais pas de réelle proposition. Donc a on a décidé de s’en défaire, il n’y avait pas de réelle envie de leur part de faire évoluer des artistes, les faire se développer, c'était peut être trop onéreux pour eux.

L’album
Ça aurait été un échec si on avait rien fait après la rupture avec B.O.S.S. On s’est dit, bon on va le faire et vite, mais de qualité. Donc il a fallu s’organiser sur tout, du studio à la distribution, etc. Même la structure, elle n’est pas montée. C’est vraiment fait «à l’arrache» ! On s’est dit «il faut qu’on sorte un truc». On a mis 9-10 mois et on a sorti ça. Dans l’esprit «à l’arrache» mais on s’est beaucoup pris la gueule sur la qualité du son. C’est l’état d’esprit «à l’arrache» comme dans le graffiti, c'est-à-dire «viens, on déchire la rue». C’est dans le spontanée, dans l’accident qu’on trouve parfois des choses biens qui te surprennent toi même. Des choses comme «Microbiologique», ça va à contre-courant de la tendance, c'est-à-dire : musique lente, long texte. Côté lyrics, on se prend la tête sur la direction, sur ce qu’on veut. C’est beaucoup de réflexion, j’aime les trucs où y’a un, deux… trois degrés parfois. On a voulu faire ce qu’on aime. On a voulu faire du rap comme celui qu’on écoutait, qui nous a donné envie d’en faire.


La pochette
On a voulu mettre en avant le nom, Fat cap, et le côté graphique, dans un esprit graffiti.

Les prods
J'ai fais 13 sons sur 16. J'ai procédé par sélection. Pour ne pas me retrouver enfermé, toujours dans la même vibe, je travaille pendant une ou deux semaines. Après, pendant deux semaines, je vais prendre du recul sur ce que je fais. Et puis j'attend avant de retourner sur la machine, je vais manger d'autres sons. Je me prétend pas compositeur ou beatmaker. Dans l'album, y'a pas mal de sons à base de samples. Y'en a d'autres où tu sais pas vraiment ce qui est joué, ce qui est samplé. Ça c'est plus mon truc. C'est comme si tu dis "tiens, les zikos ils avaient fait ça à l'époque, et ça aurait été bien de rajouter ça". Et à la fin, tu t'y perds. C'est de la customisation.

"Destination"
Quand j'ai fais le son, j'avais placé un charley qui rappelle le son du train qui change de voie. Le thème m'est venu comme ça. C'était une musique assez profonde, avec les violons, une ambiance lourde. C'était un peu "la vie c'est un peu comme un train". Je l'ai fais avant Grand Corps Malade, je te le dis tout de suite (rires). Ça date de longtemps. C'était un peu le délire graffiti avec le train. Tu débarques dans la vie comme dans un train qui est en marche. Soit tu va jusqu'au bout. En principe, le train de la vie continue avec ou sans toi. Et toi tu descends à tel ou tel arrêt. T'en sais rien, tu peux mourir demain.

"Y'a ceux qui"
C'est un morceau sur un gimmick comme on l'avait fait sur "Rien à foutre" en 1999. Y'avait une atmosphère vraiment pesante là-dedans. Je trouve que ça fait quelque chose de vraiment homogène et on a décidé de le clipper, parce que c'était notre état d'esprit. C'est Autopsie Films qui ont fait ce clip. Ce sont des réalisateurs qui ne sont pas trop hip-hop.

"Micro-bio-logique"
C'est un morceau qui me tient à cœur. C'était une prise de gueule pour rapper sur un bpm aussi lent, qui tourne dans les 74bpm. Y'a une ambiance un peu piano bar glauque. C'est posé, philosophique, dans le thème parce que micro-bio-logique : micro parce qu'on est petit et rien du tout, aussi le mike, biologique, notre bio, l'être humain, à quoi il tient et enfin la logique, pour la façon de penser, la vérité est parfois un lapsus. C'est un morceau qui pousse à une réflexion sur soi meme en tant qu'etre humain.

Instrus bonus
Le choix de mettre des instrus sur le CD, rappelle-toi, quand on étais en galère à l"époque et qu'on cherchais des intrus dans les CD, qu'on était bien content quand y'en avait. Et puis aussi, j'aimerais bien entendre des mecs qui rappent dessus, sur le net par exemple, et voir ce qu'ils donnent. C'est aussi un clin d'œil à notre crew de graffiti, le 21.

Propos recueillis par Equi & Bongo
Photo: D.R.