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Interview  - Mino

Ecumant les scènes depuis une dizaine d’année, Mino, l’enfant du vieux port, a pris son temps et son élan pour écrire la première page d’une histoire qui ne fait que débuter. Il était une fois Mino...

Site Web : mino-officiel.skyrock.com


Pourquoi ce street album ne sort-il que maintenant, près de quatre ans après ton premier maxi ?

A mes débuts dans le rap je n’avais pas l’ambition de faire un CD. Moi ce qui m’intéressait, c’était de monter sur scène et rapper. Après, quand j’ai compris que pour exister dans la musique il fallait sortir des disques, il m’a fallu du temps pour me mettre en marche. J’ai mis du temps à trouver mes marques, j’ai eu des galères personnelles comme tout le monde, des changements de label… Dans le Street CD il y  un morceau qui s’appelle "Ma traversée du désert" où j’explique aussi mes galères d’écriture, qui ont duré pas mal de temps je l’avoue. Je pense que j’en aurais encore, mais j’espère que je pourrais les résoudre plus rapidement (rires).

De quelle manière s’est déroulé l’enregistrement de ce projet ?

Je l’ai enregistré pendant le mois de Ramadan, ça a été une décision très rapide en fait. On était en train de négocier pour l’album, on parlait d’une sortie pour la rentrée 2008 et je n’en pouvais plus d’attendre. Donc début septembre on pris la décision de faire un street album, mais je n’avais qu’un mois pour le faire : enregistrer, mixer, masteriser, faire la pochette et le clip… Voilà, on s’est déchiré, à Street Skillz c’était le brand le bas de combat,  tout le monde s’y est mis pour que je puisse le finir à temps. C’est vrai qu’il y a des morceaux qui datent d’il y a longtemps, quelques uns qui étaient prévus pour l’album comme "Il était une fois Mino"… J’ai décidé de le mettre dans le Street album parce que c’est le genre de morceau que je voyais dans mon premier projet. Je ne me voyais pas sortir un projet sans ce morceau sous prétexte que c’est un street album.  "Il était une fois Mino" je l’avais depuis 2005, il attendait dans un tiroir.

Ce titre  parle de choses très personnelles, qu’est ce qui t’a amené à l’écrire ?

Je pense que c’est un morceau qu’il fallait que je fasse pour qu’on entre dans mon univers, pour comprendre ma manière d’écrire, ce que je veux exprimer dans ma musique. C’est pour ça que je tenais à ce qu’il soit dans mon premier projet. Ça n’a pas réglé des problèmes, c’était pour permettre aux gens de comprendre d’autre facettes de mon écriture  Il fallait ce morceau pour qu’on comprenne le reste.

D’ailleurs, par rapport à ça, tu rappe sur un autre morceau "Je fais l’autopsie de mon passé, j’écris au scalpel"…

Exactement, cette phase vient du dernier morceau "Quand le cœur en vient aux mains". J’espère que ce sera le titre de mon album. Pour moi, ce street album c’est vraiment un prélude à mon album, ça te prépare à mon univers, à ma manière d’écrire. J’essaie de ne pas faire de phrases gratuites, quand il y a une phrase, elle n’est pas là pour rien.

Finalement, ce qui m’a étonné en écoutant le CD, c’est qu’il y avait beaucoup de morceaux à thèmes, des concepts, alors que les premiers titres que tu avais sorti étaient plus dans une veine technique, avec du flow, des phases…

A l’époque du maxi "Bretzel", il y avait aussi un autre morceau pour exprimer une autre facette, je peux faire du flow, du léger mais aussi des morceaux à thème. Mais c’est vrai que sur celui-là on  n’a pas eu le temps de mettre en avant la facette technique. Moi-même je trouve que ça manque un peu, mais sur l’album on n’y manquera pas !

Comment t’es venu l’idée de "Maria" ?

C’est un des derniers morceaux que j’ai fait. En fait j’avais vu un reportage sur des immigrés clandestins qui montaient en Espagne depuis le Maroc, et j’avais vraiment envie d’écrire pour ce personnage que j’ai inventé, Maria. Je suis parti du parcours de nos parents, qui sont venus travailler en France pour que nous ayons le sourire aux lèvres. C’est aussi ce que veut faire le personnage de Maria… Le morceau, il m’est venu comme ça. C’est vrai que ce n’est pas un thème qu’on a l’habitude d’aborder, mais je l’ai vraiment fait sans calcul. C’est la somme de plusieurs images qui me sont venues en tête. D’habitude j’ai plein de trucs en tête, mais je ne les applique pas aux morceaux que je fais. Là je me suis dit "il faut que je le fasse, que j’aille au bout de mon idée" et j’y suis arrivé, mais il n’y a pas eu de calcul spécial, je ne me suis pas dit que j’allais faire ce morceau parce que personne ne parle de ce sujet-là.

Peux-tu nous expliquer la signification du morceau "Un homme blessé" ?

Je vais faire une réponse bizarre… En fait ce morceau, au sein du label, de mes amis, des journalistes qui l’ont écouté, tout le monde se l’est approprié, Je l’ai écrit avec un certain point de vue, mais comme le morceau est un peu flou… Je n’ai pas envie de le réduire, avec l’explication que je pourrais te donner. Dans un morceau comme "Ma traversée du désert", c’est clair, tu sais de quoi je parle. Alors que celui-là, il est un peu flou,  pour l’instant j’ai envie que les gens le découvrent et se l’approprient, que chacun se fasse sa propre idée. Au sein du label et des mes potos, il y a peu de gens qui le voient de la même manière. Ça me plait et je n’ai pas envie de dévoiler. Surtout qu’il y a des gens qui vont encore plus loin que ce que j’ai imaginé.

Où en es-tu avec l’enregistrement de ton album ?

J’ai un peu  fait une pause sur l’album. J’écris  dès que j’ai le temps, maintenant je ne peux pas encore donner de date. Pour mon album, j’aimerai bien avoir les mêmes chances que les autres, au niveau promotionnel mais aussi au niveau de la réalisation. Parce que si tu veux jouer dans la cour des grands il faut avoir les mêmes armes. Là on s’est battu au lance-pierre, on a fait ce qu’on a pu, on l’a fait avec le cœur donc ça va, mais j’aimerais bien un peu plus de moyens pour aboutir dans ma musique, qu’un maximum de gens ait l’occasion de m’écouter…

Propos recueillis par Equi
Photo: D.R.