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La plupart
des gens te connaissent en tant que rappeur du D.U.O. Est-ce que tu peux
raconter ton parcours dans le Hip Hop à ceux qui ne te connaîtraient pas ?
Le D.U.O. est un groupe fondé en 1994 par Rox et Jones. Nous avons fait pas
mal de concerts, de mix-tapes, de compilations sur la région pendant ces dix
dernières années. En 1999 nous avons sorti un maxi vinyl, et deux ans plus
tard le EP 8 titres 'Hasardeux'. La même année nous avons continué à faire
de nombreuses scènes, notamment le Paléo Festival. Nous nous sommes séparés
il y a une année parce que nous arrivions à un moment où chacun avait des
envies différentes. Vu que nous sommes des amis de longue date, nous avons
préféré nous séparer artistiquement pour que ça ne déteigne pas sur
l’humain. Rox est devenu Anuar, qui est mon nom musulman. Anuar c’est aussi
la traduction de mon deuxième prénom, Luciano, qui est dérivé du mot
Lumière.
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Venons-en à ton EP. Comment s’est déroulé l’enregistrement, avec qui
as-tu collaboré ?
Je suis rentré en studio au mois de décembre de l’année passée.
L’enregistrement et le mixage se sont faits jusqu’au mois de mars. C’est
Zrink le SoulChimist qui produit tous les titres. Il chante aussi sur
plusieurs morceaux. C’est quelqu’un avec qui j’ai un rapport humain très
proche, ça fait un moment que nous travaillons ensemble. Nous avons
enregistré petit à petit, jusqu’à ce que nous ayons les sept titres. Je
voulais une même couleur musicale, qu’il y ait un rapport entre les
morceaux même s’ils sont différents les un des autres.
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Comment se sont construits
tes morceaux ?
Je voulais que chaque morceau ait une atmosphère précise et qu’il raconte
une histoire ou quelque chose dans lequel on puisse se retrouver. J’avais
déjà les thèmes des morceaux avant que Zrink me fasse écouter les musiques,
à l’exception de "Souviens-toi !" qui est arrivé en cours de route. Je
savais de quoi je voulais parler et Zrink composait en accord. Il n’y a pas
de règle définie pour ce qui est de l’écriture. Parfois je vais écrire trois
couplets dans une même soirée, d’autres fois c’est juste un refrain qui me
vient à l’esprit. La plupart du temps, j’écoute les instrus chez moi, je
relis ce que j’ai écris, je retravaille. C’est rare que tout sorte d’un
coup. Mais quand c’est le cas, c’est ce que je préfère! Il y a des morceaux
que j’écris en écoutant d’autres musiques ou bêtement en regardant MTV
(rires). Mais en règle générale, je préfère écrire sur les instrus sur
lesquels je vais rapper, par rapport à l’inspiration et au flow.
Le premier morceau du
disque, c’est "Renardo" au travers duquel tu reviens un peu sur ton parcours
? C’est une manière de tourner la page ?
Oui, c’est une manière de tourner la page sur le personnage que j’étais
avant, comme si je parlais de quelqu’un qui serait mort. Rox Renardo n’est
plus et c’est Anuar qui est. Le morceau retrace mon parcours sans forcément
donner de noms ou de dates, mais en parlant de cette rage que j’ai de
réussir dans la musique.
Le morceau suivant c'est
"Les femmes et moi" ?
Grand problème existentiel les relations hommes / femmes (rires) ! C’est un
morceau assez humoristique tout en essayant de rester sensible, j’y décris
ma vision, mes désillusions, mes déceptions, mes joies. C’est un regard sur
la réalité du couple et du jeu de séduction entre les hommes et les femmes.
Cela faisait partie des grands thèmes que je voulais aborder. Je voulais
depuis longtemps faire un morceau abouti sur les femmes.
C'est aussi un sujet que
tu abordes sur "Amourespaix" ?
Ce morceau parle de l’amour au sens large, l’amour que j’ai pour les gens,
ma famille, Dieu, l’amour de la vie en fait. Ce sont trois mots combinés en
un qui donne un seul, des valeurs auxquelles j’accorde beaucoup
d’importance. Cela a été un des morceaux les plus durs à écrire
émotionnellement. On se prenait la tête en cherchant une musique et Zrink en
a retrouvé une qui n’était pas destinée pour ce titre. Mais à partir du
moment où je suis parti de chez lui avec l’instru, les rimes sont venues
toutes seules. Quand je suis arrivé chez moi, je l’ai presque écrit d’un
coup !
Sur "Amourespaix" on
retrouve Zrink au chant. C’était important pour vous de concrétiser votre
collaboration derrière un micro ?
Cela faisait au moins deux ans que nous voulions faire un morceau sans
jamais réussir à en poser un. Ce qui est marrant, c’est que nous avons écrit
plein de raps ensemble, et pour finir il chante sur ce premier morceau. Plus
tard il y aura certainement des morceaux rappés entre lui et moi, ou alors
c’est moi qui chanterais sur le prochain (rires) !
L’autre invité c’est
Abadir (ex-Makabr) sur "Porte sans poignée" ?
C’est aussi un ami de longue date. Il était déjà en interlude sur le premier
maxi du D.U.O, c’est quelqu’un avec qui j’ai beaucoup rappé, même si ce
n’est pas forcément très visible. Nous avons aussi fait pas mal de concerts
ensemble. Sur "Porte sans poignée" nous nous mettons tous les deux dans la
peau de quelqu’un qui fait sept ans de prison. C’est une histoire vraie, la
personne concernée nous a d’ailleurs aidé à écrire le morceau.
Avec le morceau "Hip Hop
n’est pas égal" tu reviens sur un thème qui t’est cher, à savoir la place du
Hip Hop. Comment analyse-tu les changements au sein du mouvement depuis que
tu en fais partie ?
Le Hip Hop est tout le temps en évolution. Comme ça fait pas mal d’années
que je rappe, je l’ai connu à différentes époques, il y a des trucs qui
reviennent mais aussi pas mal de choses qui ont changé. Quand j’étais au
cycle, nous étions dix à écouter à écouter du rap, aujourd’hui c’est
l’inverse. C’est un thème que je voulais aborder depuis longtemps. "Hip Hop
≠" c’est pour dire qu’il n’est pas encore égal par rapport aux autres
musiques. Il a une position ambiguë parce que c’est la musique qui vend le
plus et en même temps il reste très difficile d’organiser des concerts. Le
Hip Hop est encore vachement sujet aux retours de veste. Il n’est pas non
plus égal par rapport à lui-même, car il reste très éparpillé, peu uni. Je
termine en disant "pas encore égal", dans le sens où j’espère qu’un jour il
sera reconnu et respecté à sa juste valeur, toute en gardant sa diversité
que je trouve géniale.
Aujourd’hui nous nous
retrouvons sur le tournage du clip de ton morceau "Souviens-toi !". Qui en
est le réalisateur ?
C'est Kunda qui le réalise. C’est un ami de longue de date qui suit une
école de cinéma à Paris. Dès que l’album était terminé, je le lui ai fait
écouter et on est toute de suite tombé d’accord pour mettre en images
"Souviens-toi !". Le clip est construit comme un film avec un vrai scénario.
Nous avons pris cinq petits qui nous ressemblent pour jouer nos rôles.
Aujourd’hui nous avons tourné la fin du clip où nous revenons à la réalité.
Le mot de la fin ?
Amourespaix !
Propos recueillis par
Equi
Photo: Creative Joule
Octobre 2004 |