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Comment s’est passé le show hier soir ?
Le public était électrique !
Comme toi…
Yes, comme moi. Tu sais,
l’énergie s’est bien répandue,
elle s’est propagée de
la scène jusqu’au public.
Les gens ont compris ça.
La place était en feu. De
manière générale, une expérience
fabuleuse. Beaucoup
de gens m’ont dit
qu’ils étaient venus à La
Ravine de nombreuses fois.
Mais c’est la première fois
qu’ils voyaient La Ravine
comme ça. Je ne regardais
pas, j’étais concentré sur ce
que je faisais. Mais les gens
ensuite m’ont dit : “Winston,
c’était wicked !”.
Qu’as-tu fait depuis la réédition de “What a man
a deal with” en 2004 ?
Le programme avec Bazbaz et celui avec Java. J’ai
également enregistré un album de reggae roots, ce
que je n’avais pas fait depuis pas mal d’années.
Beaucoup de gens se plaignaient : “Oh, Winston,
tu oublies le roots”. J’ai donc fait appel à des reggae
people. Ils arrivaient toujours comme la police
: “Hé, Winston, où est le roots ?”. Mais je reviens,
je reviens.
Avec des jamaïcains cette fois ?
Clive Hunt, tu connais ? Il a produit Pierpoljak, Jimmy
Cliff… Plus récemment, il a fait des choses avec
Garnet Silk et Richie Spice. (Il se met à entonner
l’air de “Grooving my girl”)
Toujours avec Makasound ?
Oui, je travaille toujours avec eux. Nous sommes
partenaires maintenant. Bazbaz est un artiste Sony
Records. Quand on a monté le projet, je bossais
avec Makasound. A cette époque, je n’étais pas
en bons termes avec Sony. Mais c’était plus une
sorte d’album rock’n’roll et Makasound s’occupait
de reggae. Donc je voulais que Bazbaz sortent sur
une major. Mais ils ont dit :
“Non, non, faisons le avec ta
compagnie, c’est mieux”. Je
suis une personne ouverte.
Pourquoi avoir choisi de travailler
avec des Français ?
Tu sais, c’est toujours bon
d’être unique. Je n’aime
pas faire ce que tous les
autres font. En Jamaïque,
le plus souvent, la plupart
des musiciens travaillent
avec certains musiciens.
C’est juste un cercle de
musiciens. J’adore faire de
nouvelles choses et apporter
une nouvelle vie dans ces
choses. You know, fresh spirit. Des gens avec des
idées neuves, des idées dingues. En tant qu’artiste,
si tu aimes tes fans, tu es comme un père qui donne
à manger à ses enfants. Donc tu dois toujours essayer
d’apporter quelque chose de bon aux gens
qui te soutiennent. Je pourrais aussi bien choisir la
facilité et dire “Ok, je vais en Jamaïque pour faire
des sons et boom-boom, voilà l’album”. Yeah but,
travailler avec Java c’est plus un challenge, tu vois.
Si tu accomplis des tâches impossibles, alors tu es
fait pour être un héros.
Pourquoi Makasound précisément ?
Je les ai rencontrés en France. Parce que Patate Records
s’occupaient de nos shows avec Earl Sixteen,
Rod Taylor et Alton Ellis, dans la banlieue de Paris.
Ils m’ont invité et quand je suis venu j’ai rencontré
ces deux mecs, Romain et Nicolas de Makasound. Ils
étaient journalistes à cette époque, ils avaient une
association, Soundicate. Alors qu’ils étaient venus
en Jamaïque faire quelque chose pour un magazine,
ils m’ont appelé en disant : “Winston, on est là mais
on est bloqués à l’hôtel. Tu connais quelqu’un qui
peut nous emmener ?”.
J’ai dis Yeah !, j’ai sauté dans ma voiture et je suis
allé les chercher. J’avais là un album que je gardais
depuis 20 ans mais dont personne ne voulait, “Diary
of the silent years”. C’est le premier album édité
par Makasound. Je le leur ai donné après qu’ils
l’aient écouté. Ils n’y croyaient pas ! Je leur ai dit
: je veux que vous me trouviez un deal de distribution.
Ils m’ont répondu : “Non, non, on fait pas ce
genre de business”. Je leur ai dit : “No, man, tu
dois essayer avant de dire non”.
Quand ils m’appelaient de France pour me dire
qu’ils n’y arrivaient pas, je leur répondais “Continuez
d’essayer, keep trying”. Finalement, au bout de
neuf mois, ils m’ont appelé en disant : “Winston,
nous avons pris une décision. Nous allons lancé
notre label”. Je leur ai dis “Ok, du moment que le
disque sort : pas de problème”.
Qu’est-ce qui n’allait pas avec ce disque ?
Il était trop wicked ! Quand je suis venu en Angleterre
pour trouver des deals, ils croyaient que j’avais volé
l’enregistrement. Car j’étais juste un petit garçon.
Ils croyaient que je l’avais volé à des producteurs
en Jamaïque (rires). Mais c’était ma cassette ! Ma
mère avait emprunté de l’argent à la banque pour
que je puisse finir de mixer l’album. Mais pendant
vingt ans, personne n’en a voulu. C’est comme ça
que j’ai été amené à travailler avec Makasound.
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Tu es aussi producteur et songwriter.
Qu’as-tu produit ces dernières années ?
J’ai fait plein de choses. J’ai mené un projet
pour Makasound intitulé “Inna De Yard”, avec
Earl Chinna, Kiddus I, Linval Thompson, Junior
Murvin, Prince Allah et d’autres personnes qui
vont arriver bientôt. J’ai aussi produit l’album
de Yannick Noah, “Milan”, sur Makasound. Il
a fait des riddims et je l’ai emmené en Jamaïque
enregistrer des voix avec les Congos, moimême,
mes deux fils, Richie Mac, Viceroys. C’est
un projet wicked qu’ils vont bientôt sortir. Il y a
aussi un projet qui s’appelle “Jamaïca Nights”.
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Vas-tu travailler à nouveau avec Niominkabi ?
On a essayé de faire un album ensemble en Jamaïque.
C’est un album que j’ai fait avec des riddims
originaux comme ceux de Bunny Lee. C’est un album
excellent mais je ne crois pas qu’ils réalisent
à quel point. Il n’y a pas d’autre album comme celui-
là dans le monde. Il n’y a jamais eu d’Africains
chantant comme ça sur ce genre de real roots riddims.
Ils ne réalisent pas ce que j’ai fait, car ça
avait l’air si facile à faire. Ils ne savent pas que
c’est magique. Mais on va faire quelque chose pour
cet album. C’est du reggae africain.
Ce n’est pas ta première fois à la Réunion…
J’étais déjà venu avec les Congos. C’était à la Ravine,
j’ai fais quelques chansons. J’étais plus comme
un special guest. Je n’étais pas officiellement
sur le programme. J’aime beaucoup cette île. Elle
me rappelle la Jamaïque, Montego Bay. Same vibes.
Tu voyages beaucoup pour la musique.
Où as-tu eu les meilleurs rapports avec le public ?
Pour être honnête, j’ai eu de bonnes vibes partout
en France. On a fait des shows électriques. Les
Francofolies c’est madness ! Le festival à Queyssac,
aussi. Mad !
Que penses-tu du reggae français ?
C’est du bon. Je pense que les choses sont comme
elles devraient être. Ce n’est que le juste retour
des choses. Les Français ont été les premiers à respecter
les artistes dans ce monde : les peintres,
les musiciens… Le Louvres, par exemple, fait envie
à tout le monde.
Les Français sont dans l’art depuis très longtemps et
ils le respectent. Ils sont les leaders en Europe. Et
c’est là que je suis basé, donc automatiquement il
y a une certaine énergie qui vient naturellement.
Comment as-tu rencontré le Bazbaz Orchestra ?
Quand Makasound s’est décidé à sortir l’album dont
je t’ai parlé, je suis venu faire un show à Paris, au
New Morning. Le promoteur était un ami de Camille
Bazbaz, Matuma de Marseille. Il a invité Bazbaz car
mon premier producteur était présent au show. Nicolas
de Makasound lui en avait parlé plusieurs fois.
Mais il voulait voir d’abord car beaucoup de gens
parlent mais ne font rien. Donc Bazbaz est venu au
show. Après le concert, j’ai vu une femme charmante
venir dans les coulisses. Puis elle est allée chercher
son petit copain et c’était Bazbaz. Il a dit qu’il
adorait l’énergie que je dégageais, cet esprit rock,
et qu’il voulait monter un projet. C’est comme ça
qu’on s’est retrouvé à faire un album ensemble.
Parles-moi de cet album.
Ça s’appelle “A drop”. C’est une expérimentation
que l’on poursuit avec Java consistant à appliquer
la loi de la gravité dans la façon de faire de la musique.
Donc tu as un “boom” et le “drop” (il laisse
tomber sa main sur la table et entame un rythme en
frappant celle-ci). Il n’y a aucun effort à faire, tu
n’inventes rien car tout a déjà été fait. Tu travailles
juste sur les lois universelles. On essaye de reproduire
le bercement de la mère avec son enfant (il imite
le battement du coeur en tapant à nouveau sur
la table).C’est ce qu’on essaye de faire : retrouver
cette énergie qui provient d’un champ magnétique
puissant. C’est plus vieux que le temps.
Prévois-tu d’en refaire un avec eux ?
Oui, on a presque fini d’enregistrer les morceaux. Il
y a deux morceaux avec Sly & Robbie. On prend le
temps de bien faire les choses. Il sortira peut-être à
la fin de l’année prochaine ou début 2009.
Et Java ?
Ils m’ont déjà demandé si on pouvait faire d’autres
choses ensemble, suite au succès de l’album.
Comment les as-tu rencontrés ?
Makasound produisait le premier album solo de
R.Wan, le leadsinger de Java. Il est venu me voir en
me disant : “Winston, ça pourrait être bien que tu
fasses un projet avec mon groupe”. Je me suis dit,
ça a l’air intéressant, différent. Et j’aime être différent
dans ce que je fais. Ce qu’ils font est bien.
Ça sonne assez dingue pour moi. On a besoin de gens
comme ça dans la vie, des gens qui nous font sourire.
R.Wan est un bon auteur, il est universel. Comme
on dit chez moi : “Out of many, one people !”.
Propos recueillis par Lily & Bongo
Photo : Bongo |