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    Interview - Winston McAnuff

Après avoir expérimenté aux côté de Camille Bazbaz et le groupe Java, le jamaïcain revient avec un nouvel opus : “Nostradamus”. Et s’offre pour le défendre une tournée française, accompagné pour la première fois de son band The Black Kush. Flash-back d’une interview réalisée à l’été 2007 le lendemain de son show au festival Sakifo à la Réunion.

Site Web : myspace.com/winstonmcanuff


Comment s’est passé le show hier soir ?

Le public était électrique !

Comme toi…

Yes, comme moi. Tu sais, l’énergie s’est bien répandue, elle s’est propagée de la scène jusqu’au public. Les gens ont compris ça. La place était en feu. De manière générale, une expérience fabuleuse. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils étaient venus à La Ravine de nombreuses fois. Mais c’est la première fois qu’ils voyaient La Ravine comme ça. Je ne regardais pas, j’étais concentré sur ce que je faisais. Mais les gens ensuite m’ont dit : “Winston, c’était wicked !”.

Qu’as-tu fait depuis la réédition de “What a man a deal with” en 2004 ?

Le programme avec Bazbaz et celui avec Java. J’ai également enregistré un album de reggae roots, ce que je n’avais pas fait depuis pas mal d’années. Beaucoup de gens se plaignaient : “Oh, Winston, tu oublies le roots”. J’ai donc fait appel à des reggae people. Ils arrivaient toujours comme la police : “Hé, Winston, où est le roots ?”. Mais je reviens, je reviens.

Avec des jamaïcains cette fois ?

Clive Hunt, tu connais ? Il a produit Pierpoljak, Jimmy Cliff… Plus récemment, il a fait des choses avec Garnet Silk et Richie Spice. (Il se met à entonner l’air de “Grooving my girl”)

Toujours avec Makasound ?

Oui, je travaille toujours avec eux. Nous sommes partenaires maintenant. Bazbaz est un artiste Sony Records. Quand on a monté le projet, je bossais avec Makasound. A cette époque, je n’étais pas en bons termes avec Sony. Mais c’était plus une sorte d’album rock’n’roll et Makasound s’occupait de reggae. Donc je voulais que Bazbaz sortent sur une major. Mais ils ont dit : “Non, non, faisons le avec ta compagnie, c’est mieux”. Je suis une personne ouverte.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec des Français ?

Tu sais, c’est toujours bon d’être unique. Je n’aime pas faire ce que tous les autres font. En Jamaïque, le plus souvent, la plupart des musiciens travaillent avec certains musiciens. C’est juste un cercle de musiciens. J’adore faire de nouvelles choses et apporter une nouvelle vie dans ces choses. You know, fresh spirit. Des gens avec des idées neuves, des idées dingues. En tant qu’artiste, si tu aimes tes fans, tu es comme un père qui donne à manger à ses enfants. Donc tu dois toujours essayer d’apporter quelque chose de bon aux gens qui te soutiennent. Je pourrais aussi bien choisir la facilité et dire “Ok, je vais en Jamaïque pour faire des sons et boom-boom, voilà l’album”. Yeah but, travailler avec Java c’est plus un challenge, tu vois. Si tu accomplis des tâches impossibles, alors tu es fait pour être un héros.

Pourquoi Makasound précisément ?

Je les ai rencontrés en France. Parce que Patate Records s’occupaient de nos shows avec Earl Sixteen, Rod Taylor et Alton Ellis, dans la banlieue de Paris. Ils m’ont invité et quand je suis venu j’ai rencontré ces deux mecs, Romain et Nicolas de Makasound. Ils étaient journalistes à cette époque, ils avaient une association, Soundicate. Alors qu’ils étaient venus en Jamaïque faire quelque chose pour un magazine, ils m’ont appelé en disant : “Winston, on est là mais on est bloqués à l’hôtel. Tu connais quelqu’un qui peut nous emmener ?”. J’ai dis Yeah !, j’ai sauté dans ma voiture et je suis allé les chercher. J’avais là un album que je gardais depuis 20 ans mais dont personne ne voulait, “Diary of the silent years”. C’est le premier album édité par Makasound. Je le leur ai donné après qu’ils l’aient écouté. Ils n’y croyaient pas ! Je leur ai dit : je veux que vous me trouviez un deal de distribution. Ils m’ont répondu : “Non, non, on fait pas ce genre de business”. Je leur ai dit : “No, man, tu dois essayer avant de dire non”. Quand ils m’appelaient de France pour me dire qu’ils n’y arrivaient pas, je leur répondais “Continuez d’essayer, keep trying”. Finalement, au bout de neuf mois, ils m’ont appelé en disant : “Winston, nous avons pris une décision. Nous allons lancé notre label”. Je leur ai dis “Ok, du moment que le disque sort : pas de problème”.

Qu’est-ce qui n’allait pas avec ce disque ?

Il était trop wicked ! Quand je suis venu en Angleterre pour trouver des deals, ils croyaient que j’avais volé l’enregistrement. Car j’étais juste un petit garçon. Ils croyaient que je l’avais volé à des producteurs en Jamaïque (rires). Mais c’était ma cassette ! Ma mère avait emprunté de l’argent à la banque pour que je puisse finir de mixer l’album. Mais pendant vingt ans, personne n’en a voulu. C’est comme ça que j’ai été amené à travailler avec Makasound.


Tu es aussi producteur et songwriter. Qu’as-tu produit ces dernières années ?

J’ai fait plein de choses. J’ai mené un projet pour Makasound intitulé “Inna De Yard”, avec Earl Chinna, Kiddus I, Linval Thompson, Junior Murvin, Prince Allah et d’autres personnes qui vont arriver bientôt. J’ai aussi produit l’album de Yannick Noah, “Milan”, sur Makasound. Il a fait des riddims et je l’ai emmené en Jamaïque enregistrer des voix avec les Congos, moimême, mes deux fils, Richie Mac, Viceroys. C’est un projet wicked qu’ils vont bientôt sortir. Il y a aussi un projet qui s’appelle “Jamaïca Nights”.


Vas-tu travailler à nouveau avec Niominkabi ?

On a essayé de faire un album ensemble en Jamaïque. C’est un album que j’ai fait avec des riddims originaux comme ceux de Bunny Lee. C’est un album excellent mais je ne crois pas qu’ils réalisent à quel point. Il n’y a pas d’autre album comme celui- là dans le monde. Il n’y a jamais eu d’Africains chantant comme ça sur ce genre de real roots riddims. Ils ne réalisent pas ce que j’ai fait, car ça avait l’air si facile à faire. Ils ne savent pas que c’est magique. Mais on va faire quelque chose pour cet album. C’est du reggae africain.

Ce n’est pas ta première fois à la Réunion…

J’étais déjà venu avec les Congos. C’était à la Ravine, j’ai fais quelques chansons. J’étais plus comme un special guest. Je n’étais pas officiellement sur le programme. J’aime beaucoup cette île. Elle me rappelle la Jamaïque, Montego Bay. Same vibes. Tu voyages beaucoup pour la musique.

Où as-tu eu les meilleurs rapports avec le public ?

Pour être honnête, j’ai eu de bonnes vibes partout en France. On a fait des shows électriques. Les Francofolies c’est madness ! Le festival à Queyssac, aussi. Mad !

Que penses-tu du reggae français ?

C’est du bon. Je pense que les choses sont comme elles devraient être. Ce n’est que le juste retour des choses. Les Français ont été les premiers à respecter les artistes dans ce monde : les peintres, les musiciens… Le Louvres, par exemple, fait envie à tout le monde. Les Français sont dans l’art depuis très longtemps et ils le respectent. Ils sont les leaders en Europe. Et c’est là que je suis basé, donc automatiquement il y a une certaine énergie qui vient naturellement.

Comment as-tu rencontré le Bazbaz Orchestra ?

Quand Makasound s’est décidé à sortir l’album dont je t’ai parlé, je suis venu faire un show à Paris, au New Morning. Le promoteur était un ami de Camille Bazbaz, Matuma de Marseille. Il a invité Bazbaz car mon premier producteur était présent au show. Nicolas de Makasound lui en avait parlé plusieurs fois. Mais il voulait voir d’abord car beaucoup de gens parlent mais ne font rien. Donc Bazbaz est venu au show. Après le concert, j’ai vu une femme charmante venir dans les coulisses. Puis elle est allée chercher son petit copain et c’était Bazbaz. Il a dit qu’il adorait l’énergie que je dégageais, cet esprit rock, et qu’il voulait monter un projet. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé à faire un album ensemble.

Parles-moi de cet album.

Ça s’appelle “A drop”. C’est une expérimentation que l’on poursuit avec Java consistant à appliquer la loi de la gravité dans la façon de faire de la musique. Donc tu as un “boom” et le “drop” (il laisse tomber sa main sur la table et entame un rythme en frappant celle-ci). Il n’y a aucun effort à faire, tu n’inventes rien car tout a déjà été fait. Tu travailles juste sur les lois universelles. On essaye de reproduire le bercement de la mère avec son enfant (il imite le battement du coeur en tapant à nouveau sur la table).C’est ce qu’on essaye de faire : retrouver cette énergie qui provient d’un champ magnétique puissant. C’est plus vieux que le temps.

Prévois-tu d’en refaire un avec eux ?

Oui, on a presque fini d’enregistrer les morceaux. Il y a deux morceaux avec Sly & Robbie. On prend le temps de bien faire les choses. Il sortira peut-être à la fin de l’année prochaine ou début 2009.

Et Java ?

Ils m’ont déjà demandé si on pouvait faire d’autres choses ensemble, suite au succès de l’album.

Comment les as-tu rencontrés ?

Makasound produisait le premier album solo de R.Wan, le leadsinger de Java. Il est venu me voir en me disant : “Winston, ça pourrait être bien que tu fasses un projet avec mon groupe”. Je me suis dit, ça a l’air intéressant, différent. Et j’aime être différent dans ce que je fais. Ce qu’ils font est bien. Ça sonne assez dingue pour moi. On a besoin de gens comme ça dans la vie, des gens qui nous font sourire. R.Wan est un bon auteur, il est universel. Comme on dit chez moi : “Out of many, one people !”.

Propos recueillis par Lily & Bongo
Photo : Bongo