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"Asphalte Hurlante" est sorti il
y a 6 mois maintenant, comment jugez vous l'accueil du public?
Nikkfurie : Déjà
l'accueil du vrai milieu hip-hop est mortel. On a fait un truc travaillé, on
n'a rien négligé, les productions sont différentes, on a amené un truc , le
rap pareil, on amène une nouvelle façon de voir les choses. Notre concept,
c'est comme si tu mets dans un shaker tout notre vécu, notre kif de la
langue française, des mots des syllabes, tu mélange le tout et ça donne un
truc bien travaillé, le public l'a ressenti. Maintenant c'est notre premier
EP on a posé une pierre c'est que le début, la suite arrive...
Et quel regard vous
portez sur "Asphalte Hurlante" aujourd'hui ?
Hi-Tekk : On va dire
qu'on lui porte beaucoup d'affection, il a été fait avec l'énergie, la
spontanéité, on ressent cette envie dedans, pour moi c'est l'album qu'on
voulait faire...
Nikkfurie : En fait le truc
sur notre album, on voulait faire un vrai album de rap. Tu arrive, t'écoute
l'album tu passe les plages t'arrive sur "Toujours Electriques" ta tête elle
bouge parce que c'est direct d'accès. Ensuite tu passes à "Asphalte
Hurlante", au début tu vas peut-être trouver deep, et six mois après tel mec
va me croiser et me dire "tiens j'avais pas capté cette phase: "Demande à
Bagdad quelle pourriture descend de l'ogive". On essaie de faire un truc
à plusieurs niveaux de lectures. Déjà pas se foutre de la gueule de ceux qui
écoutent. On sait comment c'est le politiquement correct du rap en France,
sans cracher sur personne, on fait ce qu'on aime. Nous on aime le hip-hop ou
il y a de la performance, et on essaie d'amener ça autant au niveau du flow
que dans la façon d'aborder les thèmes et les sons. Maintenant "Asphalte
Hurlante" on l'aime toujours autant, il y a pas de souci. En plus c'est le
premier, cette part d'affection comme il disait qu'on a et qu'on aura
toujours.
Vous vous étiez fixé des objectifs avec cet album ?
Hi-Tekk : L'objectif qu'on s'était fixé dans un premier temps,
c'était de satisfaire les gens qui attendaient, après la sortie du maxi "Les
Rues Electriques". L'objectif a été pleinement atteint, on a eu un écho
assez balèze pour un groupe indépendant, généralement on a eu des critiques
positives , et c'est plus ça qu'on visait...
Nikkfurie :
Kerozen c'est un label qui a pas forcément des thunes, on avais des
thunes pour enregistrer l'album mais rien d'autre. Après tu fais écouter le
disque, le truc est bon, alors il y a tel article, tel article là... ça
dépasse le cadre du hip-hop. Il y a des retombées dans l'électro, dans a
house qui nous ont étonné, différents remix qui tombent, juste par rapport à
notre travail. Si par exemple Supermen lover - qui sont nominés aux MTV
Awards, etc. - nous demande un remix aujourd'hui, c'est parce que la
musique est bonne, pas parce que la Caution est connue, vu que c'est notre
premier album, qu'on passe pas sur les grands réseaux...
Par rapport à la musique
justement, tu disais dans une interview que tu marche à l'instinct ?
Nikkfurie : En fait,
tout à l'heure, DJ RTB et moi, on voyait un reportage sur Paul
McCartney, qui ne connaît pas le solfège - pourtant il a écrit des tubes
monstres - mais il joue à l'instinct. Nous c'est pareil. Quand le hip-hop
est arrivé, il a répondu aux besoins de personnes qui ne pouvaient pas ou ne
voulaient pas aller à des cours de danse contemporaine ou au conservatoire,
etc. Le hip-hop est arrivé et il a ramené tout ça, toute cette énergie. On
est tombé dedans les deux pieds dedans, c'est pour ça qu'on dit qu'on marche
à l'instinct... Ca arrive Tu prends une grosse claque et tu kiffes tellement
cette musique. Ca répondait à nos besoins artistiques. Dans les quartiers
populaires, on va pas forcement s'identifier à la variété française, sans
dire que c'est naze - c'est pas ça le problème, c'est que c'est pas notre
quotidien, le hip-hop c'est le truc auquel on pouvait s'identifier
pleinement. On est tombé dedans sans préméditation et on a continué...
Chaque titre de
"Asphalte Hurlante" amène un aspect particulier ?
Nikkfurie : Ca
rentre dans le concept qu'on voulait faire. Peut-être ce morceau-là tu vas
le trouver trop hardcore. Après relecture,. tu vas plus kiffer le truc, tu
va voir que tel morceau est super deep pour t'amener dans telle ambiance. Tu
fais un album avec quatorze "Rues électriques" le mec il va kiffer mais
bon... Le single c'est un truc mortel parce que tu vas faire bouger des
têtes, et en même temps c'est un truc qui soule vite. Nous on a toujours
aimé le hip-hop dans sa globalité, du single au morceau super deep ou super
lent...
Pourquoi ce format entre
EP et LP?
Hi-Tekk : En fait,
au début, avec cet argent on devait faire un maxi. Après on s'est dit que
c'était réducteur un maxi, on a préféré enchaîner sur un plus long fomat,
c'était la volonté de nous présenter, d'amener une carte de visite, un
premier album, pour en amener d'autres après. On vise une carrière sur le
long terme - on vise pas le coup - mais rester sur le long terme et
satisfaire la base du hip-hop.
Nikkfurie : En fait
les différents aspects c'est aussi par rapport à ce qu'on aime, on aime l'électro,
etc.. Pourquoi pas se priver. Le hip-hop il y a pas de format, tu peux
utiliser le classique comme la funk. On aime autant tel morceau grave funk
d'EPMD que tel morceau rock de Run DMC. Donc on essaie d'amener tout ces
trucs qui nous marqué et de faire un truc bien et varié. Notre public entre
guillemet, le microcosme qui suit la Caution depuis un moment, il voit que à
chaque coup où tu va mettre play sur un disque de la Caution, tu sais pas à
quoi t'attendre...
Vous avez une volonté
d'étonner à chaque morceau ?
Nikkfurie : Disons
c'est pas une volonté d'étonner. On a fait "les Rues Electriques" largement
avant toute cette déferlante electro. La première personne a qui je l'ai
fait écouter a trouvé que ça ressemblait à Daft Punk, parce que personne
faisait ça. Nous on l'avait fait sans calcul, je te dis pas que c'est
expérimental L'expérimentation peut te mener à de la grosse merde comme à
des chefs d'oeuvre. Maintenant ça sort des sentiers battus, et comme ça
notre identité est autant sonore que rapologique, et ça c'est un truc
naturel. Quand je compose j'ai une autre approche de la musique, parce que
je prends pas de modèle. Je me dis pas que je faire ça où ça. Je suis
incapable d'inventer un beat à la Premier. Je suis Nikkfurie et je fais du
son Nikkfurie. Nous ont fait du son Caution, des lyrics Caution, ça plait
tant mieux, ça plait pas voila...
Et les scratches, il y
en aura plus ?
Nikkfurie : Oui il y
en aura plus. Comme il disait tout à l'heure, cet album on l'a fait comme on
a pu, Kerozen c'est un label indépendant, jeune. Maintenant, DJ
Fab par rapport aux timings de oufs qu'on a eu, a pu placer des
scratches que sur deux morceaux. En plus on a d'autres DJs autour de nous,
ce soir c'est DJ RTB, c'est pas les scratcheurs qui manquent, mais à
ce moment là, le temps coïncidait pas avec tel ou tel truc. On a réussi à
faire ça bien sur deux morceaux, en plus ça le fait grave, ça amène un truc
à "Almanach", les scratches mystiques, c'est chanmé... Pour l'avenir inch
Allah on verra...
Qu'est ce qui tourne pas
rond dans le monde aujourd'hui ?
Nikkfurie : Si tu
veux, nous, on s'enlève du débat politique. On dit pas qu'on fait du rap
conscient ou politique, on n'est pas du tout là dedans. On a des
préoccupations reliées à notre vie. Quand Hi-Tekk dit "J'aimerais qu'à
l'usine s'insurgent les prolétaires" ça peut paraître extrême gauche ou
communiste, mais ça n'a rien à voir. C'est un truc, quand t'es prolétaire,
quand tes parents étaient prolétaires, t'es dégoûté de l'être, c'est pas un
truc poltique. Moi aussi je suis contre l'insécurité, ça veut pas dire que
je suis d'extrême droite. Nous on veut amener une réflexion à chaque délire.
Par exemple, sur "Retrospectives", c'est une discussion entres potes autour
d'un banc, ça parle de tout et de rien, c'est un peu ce qu'on veut amener.
En même temps, avec l'ambiance du son ça te mets dans le truc, on essaie de
faire coller ça. Si tu parle d'un truc hardcore sur un son joyeux c'est
naze, faut savoir faire la part des choses. "Aquaplaning" c'est un morceau
qui nous tenait à coeur, c'est un hommage à des amis qui sont partis, tout
le monde en connaît, on se devait faire un truc assez mélancolique, avec
tout ce qu'il y a derrière. On l'a fait avec le coeur et voilà.
Sur "Rétrospectives" c'est le beat
ou l'idée qui est venu en premier ? Cet instru amène vraiment une ambiance
particulière...
Nikkfurie : On a eu
l'idée du thème et le beat collait parfaitement avec. Beaucoup de gens nous
l'ont dit, par exemple quand t'es dans une autre pièce chez toi et t'écoutes
le son, tu as l'impression de savoir de quoi il parle, et c'est exactement
ce qu'on cherche à faire. Même si c'est un des morceaux les moins
accessibles de la Caution, le truc c'est que tu l'as entendu et il t'a fait
réagir, et c'est pareil pour plein d'autres morceaux...
Quand est-il des projets
futurs, il y a une compilation Kerozen qui se prépare... ?
Nikkfurie : Tout
ça c'est encore Secret Défense, surtout que c'est un public d'initiés, vous
saurez ça en tant voulu...
Mouloud: On va lancer pleins de pistes sur internet...
Nikkfurie : On n'a qu'une chose à dire, une de nos nouvelles
devises... Rap not Dead !
Qu'est ce qui se passe avec l'armée des 12, les Cautionneurs, etc. ?
Nikkfurie : Si tu
veux L'armée des douze ça a jamais été un vrai groupe, c'est un délire, on a
fait des trucs ensemble et voilà. Maintenant les Cautionneurs c'est
notre crew, c'est notre vrai truc, on a grandi ensemble. Izno,
Saphir, 16s64 on est sur la même longueur d'ondes à cent pour
cent. Maintenant, l'armée des douze, on a des affinités artistiquement, mais
rien de prévu pour le moment. Pour les Cautionneurs, il y a des trucs
qui se préparent, sûrement un EP...
Vous pouvez nous parler
de "Metropolis" ?
Nikkfurie : Ce soir
on l'a joué, t'as vu, c'est la première fois qu'on le joue. Le morceau a un
trip qu'on kiffe vraiment bien. Si tu veux, quand tu connais un peu les
textes de Hi-Tekk, il développe tout un concept, et ce morceau là c'est une
des facettes de la Caution plus empreintes d'Hitekk...
Hi-Tekk : "Métropolis", pour un moi, c'est un peu la
continuité du morceau "Asphalte Hurlante". La Caution c'est plusieurs
facettes, qui s'entrechoquent pour donner une ambiance, un peu comme un road
trip dans un film. Tu vas sur une route - ça peut partir en couilles - tu
sais pas ce qui va arriver. "Metropolis" c'est par rapport au film de Fritz
Lang, le fric des grands villes, tout ça... Toute cette ambiance que je
saurais pas t'expliquer, parce que là je suis un peu décalé, mais c'est dans
le délire...
Nikkfurie : Projet
Chaos, en plus, c'est une compilation qui tourne vraiment bien. Il a invité
des gens forts, disons poussés et performants, au niveau français et cainri,
même si il aurait pu y avoir des suédois, etc. On a collaboré avec x gens de
Finlande, de Suède... Killa Kella, DJ Vadim tout ça. C'est des trucs qui se
font parce que la vibe elle est là, Le hip-hop "performant", il se ressent
partout.
Hi-Tekk, tu peux
expliciter un peu cette ambiance que tu amène ?
Hi-Tekk : Au début
je faisais du graffiti. Je dessinais des bonhommes avec des flingues, tout
ça, et après je lisais des comics, je regardais pas mal les films de science
fiction et les polars. Mon ambiance c'est plus film noir teintée de science
fiction, les ambiances noirs et sombres, mais je vais pas dire qu'un
vaisseau spatial descend de l'espace avec un extraterrestre qui en sort pour
te tirer dessus, je raconte pas Star Trek. Quand je vais raconter qu'un
gars voit des cafards dans son salon qui lui parlent et lui disent d'aller
canné des gens - parce que en fait c'est ça l'histoire, il y a peu de gens
qui ont vraiment capté le truc - le mec entend un cafard lui parler dans la
tête et lui révéler ses pulsions meurtrières. Moi je vais pas arriver, jouer
à l'élitiste branché à deux balles et raconter des trucs, moi c'est imprégné
de mon vécu.
Nikkfurie : Perso,
une de ses phases qui m'a marqué c'est "Mes muscles se contractent et c'est
vl'à l'volcan lucide". Ca veut tout dire, tu contiens ton énervement... je
trouve ça mortel, cette métaphore... Sans vouloir lui lancer de fleurs -
parce que c'est mon frère - je suis incapable d'écrire un truc comme ça,
c'est une autre sorte d'écriture. Et même si c'est pas direct, c'est obligé
que les gens vont le voir. Au niveau de nos thèmes on essaie de rester..
C'est pour ça que notre crew c'est vraiment les Cautionneurs, parce
que il y a des choses que disent certaines personnes autour de l'armée des
douze par exemple, qu'on ne cautionne pas du tout, qu'on ne dirait
jamais. Chacun fait ce qu'il veut, nous, on essaie d'amener quelque chose.
Moi je pourrais dire je suis vener' tout simplement, c'est la même chose.
Mais on essaie de créer un univers en parlant différemment...
Comment se passe le
travail entre frères ?
Hi-Tekk : C'est
instinctif. Il a pas besoin de me dire un truc pour que je le comprenne. Ce
qui fait que quand il compose un son, je vais savoir exactement quel flow
poser dessus, vu qu'on a pas les mêmes flows, tu vois ce que je veux dire.
Nous, on est pas dans le délire "un crew, un flow". On essaie tous d'être
varié, tu regarde 16s, Saphir, c'est pas la même chose. On a tous notre
façon de parler, nos trucs à raconter. Mon frère c'es plus rue, mais avec le
mental, c'est pas rue teubé, c'est le mec qui contrôle en gros. 16S
c'est le mec évaporé dans une certaine boisson, Saphir c'est encore
un autre délire, un peu plus fumeux on va dire, mais très violent sur la
rue... Moi c'est plus polar haineux teinté de science fiction, et tout ça,
quand ça se mélange, ça te donne une ambiance, on te balance des images
comme un trip, comme si tu étais sous champignons pour faire comprendre le
truc, il y a des images qui viennent dans ta tête, au final il y a une
ambiance qui se crée, de paranoïa, claustrophobie... Quand tu regardes le
monde dans lequel on vit, c'est un monde de merde, on nous ment à longueur
de journée, c'est la guerre partout, on te fait croire qu'il y a les gentils
ici et les méchants là, on salit plusieurs cultures... Mouloud n'arrive pas
à maigrir, RTB ne mange plus de pâtes, ça part en couilles quoi... (rires)
Nikkfurie : C'est
normal, dans un sens, Hi-Tekk a deux ans de plus, il a écouté du rap avant
moi, mais j'ai direct suivi. Parce que avant j'écoutais à fond de la funk,
et la soul, et quand j'ai entendu les premières trucs samplés de soul mais
avec un rap par-dessus, les premiers trucs qu'il a ramené quand j'avais
onze ans, ça m'a choqué. C'est clair qu'il y a des influences. Je sais pas
si tu as un frère, mais ce que tu vas écouter va le marquer, qu'il aime ou
pas, ça va soit le faire détester ou le faire kiffer... J'ai des potes qui
écoutent du hard rock à fond. Maintenant il y a des trucs que je kiffe
vraiment grave, parce que tu vas chez un gars et tu dis que c'est mortel.
Entre frangins c'est encore pire, parce qu'on a pas la chance d'avoir une
chambre séparée d'un long couloir, voilà [rires]
Le mot de la fin ?
Nikkfurie :
Franchement, à chaque coup qu'on vient en Suisse, on voit quelques personnes
au premier rang qui connaissent nos lyrics, on est content parce qu'on est
pas distribué en Suisse, on n'est pas non plus super bien distribué en
France, mais on fait de notre mieux. La suite réjouira tout le monde, et les
Français, et les Suisses et les Belges... La Caution c'est ouf comme boire
une bière bio...
Mouloud : J'ai un dernier truc à dire... J'ai monté Kerozen avec
Hi-Tekk, et depuis le début, Le noyau dur ça a toujours été une équipe de
gens vrais, sincères, qui font de la musique avec le coeur, qui ont une âme
et qui sont là pour amener quelque chose. C'est pas une équipe de mecs qui
mérite des claques. des petits fils à papa qui parlent des la tristesse des
enfants bourgeois désaxés qui ont tout dans leur, vie. Nous c'est pas de la
branlette de cerveau qu'on fait, on le vit vraiment, on va pas faire du rap
soi-disant différent parce qu'on a peur de se manger des claques dans la rue
si on voulait faire du rap comme tout le monde, pour moi ces gens-là font du
rap de frustré...
Propos recueillis par Equi
et Max
Photo: D.R.
Novembre 2001 |