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Tout d'abord, comment s’est formé votre
groupe ?
Soprano : Comme tout
groupe on est du même quartier, on a grandi ensemble . On a gratté à droite
à gauche, on a essayé de faire beaucoup de scènes, de s'incruster un peu
partout, et on a été beaucoup influencés par le groupe de la Savine, les
B.Vice, qui sont un peu nos grands frères. Après on est arrivé jusqu'à la
signature de la Cosca. Mais y a eu pas mal de choses entre. D'abord un titre
sur une compil' qui s'appelait 'Vague Nocturne', avec Saïd d'Expression
Direkt. Après on a fait 'Zonzon'. En fait, on avait fait un concert à
Saint-Denis, et on était tombé sur les gars de la Brigade, qui voulaient
qu'on participe à la compil'. Ensuite on a fait pas mal de scènes, et le
premier qu'on a rencontré c'est François [Kephren] qui voulait qu'on fasse
un concert avec 3ème Oeil et Carré Rouge à Bordeaux. Et c'est là qu'on a
rencontré Chill et qu'on a ensuite signé à la Cosca. Et après on a rencontré
le nain [Khéops] et on est arrivé sur Sad Hill. Mais avant j'avais aussi
fait un titre sur Prodige Namor.
Vous avez pas encore sortis trop de trucs…
Soprano : On a fait plus
de scènes qu'autre chose. Tu vois, à Marseille faut faire des scènes , parce
qu'y pas beaucoup de structures , c'est pour ça qu'on est parti faire des
concerts dans toutes les banlieues de Paris, qu'on a essayé de s'incruster
un peu partout.
Pour en venir à Sad Hill... Vous avez combien de
morceaux, comment ça s'est passé ? On a d'ailleurs trouvé que le premier
single déchirait bien...
Soprano : Ah merci,
fallait qu'on commence avec un morceau comme ça, on voulait montrer notre
image, vif, enfant de quartier...
Vincenzo
: ...Pas un truc qui passe bien en radio mais
qui nous ressemble pas, ça passe ça passe, ça passe pas tant pis, mais nous
on continuera comme ça...
Soprano : On a fait
combien de morceaux d'ailleurs ?
Vincenzo : Un avec tout
le label, deux tous seuls, et un chacun avec un featuring...
Soprano : Et alors moi
j'ai fait le morceau avec Sako (Chien de Paille), un tueur lyrical, tu vois
le travail que j'ai du faire... Alonzo avec Sat (FF) et Vincenzo avec L'S-Kadrille.
Soprano : Et les
autres projets qu'on a , il y a le "Time Bomb" qui doit sortir en mars...
Vincenzo : Faut qu'on
fasse circuler le nom un maximum avec sa sortie (Rires)
Soprano : Il y a aussi
comme "Comme un aimant", le projet contre le Sida…
Et ensuite votre album...
Soprano :
Inch Allah !
Il y a pas de date. Si Dieu veut, nous on travaille. En
gros, tu vois, l'album ça fait très longtemps qu'on y pense. Ca fait cinq
ans qu'on rappe, alors je pense que la maturité on l'a. On est prêt depuis
longtemps, mais c’est mieux d’attendre, d’être assuré derrière, comme sur
Sad Hill.
Et personne ne vous a encore entendu sur vos propres
productions...
Soprano : En gros, il y
a personne qui a entendu nos vrais morceaux. Il y a le fou du MPC là (DJ Sya
Styles), mais sinon c'est sur Taxi qu'on entendra nos productions [sur le
film] et sur notre album…
Et les gars de votre quartier, ils apprécient votre
travail ?
Vincenzo : c’est vrai au
début, on critique, on dit les Psy4 et tout, mais dès que ç'est devenu
sérieux, ils nous ont supporté. Ils sont derrière nous.
Soprano : Et on essaie
de monter des petites structures.
Vincenzo : Ça c’est
Septième Veine [Voir photos], c’est la marque de l’an 2000. C’est des gars
de mon quartier [Plan d'Aou] qui font ça.
Soprano : Moi j’essaie
de monter un petit label. Tu vois à Marseille il y a beaucoup de groupes
mais pas de structures. On enregistre sur des mixtapes, juste avec une
simple Vestax et un micro, on essaie de sortir des maxis. On essaie de faire
avancer les choses. C’est bien beau de dire au micro "c’est la merde", mais
quant tu fais rien…faut montrer psychologiquement aux groupes que tu es avec
eux. On essaie d’être là même quand il y a un petit concert. On est pas des
stars. On est des hommes comme tout le monde. Même si un jour, Inch Allah,
on vend deux millions, c’est pas la caillasse, il continuera à y avoir des
petits problèmes, des gros mêmes. On va pas donner des noms, mais il y en a
qui font pas leur boulot…
Vous aussi vous êtes en froid avec d'autres groupes… ?
Soprano : ...Non,
nous on est en froid avec personne.
Vincenzo : Alors nous on
est amis avec TOUT le monde !
Soprano : Et ça je crois
qu’on est les rares en France. Et il y a pas qu’à Marseille. Maintenant les
sous sont arrivés, tout le monde se dit "c’est la guerre, il a voulu me
niquer mes sous", mais fallait s’y attendre. Nous on est amis avec tout le
monde, parce qu’on est des enfants de quartier. Tu peux nous voir sur une
compil d’un mec qui aime pas un mec avec qui on est, on s’en fout.
Vincenzo : Et aussi on
aime rapper, on a le plaisir de l’effort…
Soprano : Voilà, c’est
pour ça qu’on a fait ce morceau en premier, pour expliquer qu’on fait ça
avec notre cœur. On sait qu’on va avoir des sous, alors pourquoi se casser
la tête. Tu signes avec quelqu’un que tu sais qu’il pèse, et dès qu'il y a
son nom marqué derrière toi, tu sais que tu vas vendre. Donc tu fais plus ça
pour les sous, c’est pour le hip-hop, pour le quartier. Voilà, on essaie de
montrer aux jeunes que c’est pas parce que tu as eu un disque d’or que tu
es hip-hop, il y en a beaucoup qui croie ça. Maintenant c’est le bordel,
j’ai entendu à Paris c’est le clan du 113, à Marseille le clan de la FF,
tous se disent qu’ils vont réussir comme ça. Mais le Hip Hop c’est le truc
de s’amuser, tout le monde ensemble. Tu vois, nous on travaille sur un
concept qui s’appelle "la Race des Sangs-chauds". Ca veut dire que tu soies
blanc, noir, arabe, etc., on est tous unis, il faut pas se tromper d’ennemi.
Et on se trompe trop souvent d’ennemi… Je voulais ajouter qu’avant, il y
avait la Old School, et la New School, et moi, j’ai pas grandi avec Rakim,
je suis à peine arrivé quand ils ont sorti Kriss Kross (rires). Et il y a
trop de rappeurs qui disent qu’ils sont là depuis cinquante ans. On a tout
raté, alors nous, on est de la Buissonnière School. C’est une nouvelle
génération qui arrive…
Propos recueillis par Equi
Photo: D.R.
Février 2000
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