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    Interview - Triptik

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Site Web : www.triptik.net


P
our ce troisème album, vous continuez dans l’autoproduction. J’imagine que c’est aussi un choix, mais est-ce que vous avez été démarcher des majors? Quelles étaient leurs réactions à l'écoute de votre projet ?

Drixxxé : Oui, on est allé tous les voir, par courtoisie et par curiosité. On nous a pas mal contacté pendant une période après le petit succès de "Bouge tes cheveux". On les voyait au fur et a mesure de l'avancement de nos maquettes. Les réactions ? Tous nous disaient que c'était vachement chouette  mais qu'il manquait le "tube ". Ils nous avaient dit la même chose à l'époque de 'Microphonorama' quand il y avait déjà "Bouge tes cheveux" dessus. Là pareil, les mecs écoutaient et étaient un peu déçus, ils trouvaient que c’était chelou. Après, on leur a fait écouter le def et là ils trouvaient que c’était trop bien mixé, bien produit… Trop tard, bande de bâtards (rires)!  On est un peu le groupe qu'ils aiment bien écouter mais qu'ils n'osent pas prendre le risque de le sortir.

Black Boul’ : Je me suis dit récemment qu’ils avaient peur de ne pas faire aussi bien que nous avec nous. Parce qu’on a réussi à avoir plus de visibilité que des groupes signés en major.

Drixxxé : Mais c’est aussi qu’on est arrivé à une réelle indépendance dans notre démarche artistique. Il ne fait pas nous casser les couilles parce qu'on sait précisément ce qu'on veut faire. Si on veut faire un morceau dancefloor, on est capable de le faire tout seul. Alors un DA de major, ça va peut-être le saouler de signer un groupe dont il saura qu'il n'est pas malléable. On a déjà fait trois albums en indé, plus un EP et  plein d'autres trucs, alors ça me saoulerait qu’un mec me dise ce que je dois faire.

Dabaaz : C'est n'est pas seulement un choix. Après 'Microphonorama' qui s'est bien passé et qui était même une petite réussite, nous avions vu qu’il était difficile de garder la  tête hors de l'eau avec notre structure Concillium en vendant peu de disques. Alors on s'est dit que ça serait bien d'avoir un peu de budget pour cet album, qu'on souffle un peu. Notre manager de l'époque allait à des rendez-vous, mais les gens voulaient nous laisser en stand-by. Le temps passait et il fallait qu'on avance, alors on a sorti l'argent nous-mêmes.

Drixxxé : On avait commencé l'album avant de savoir comment il allait sortir.

Comment avez-vous construit ce disque? Combien de morceau avez-vous enregistré ?

Black Boul’ : Tous les morceaux qu'on a faits sont sur l'album. On a toujours travaillé en flux tendu, on n'a jamais eu plus de morceaux que ce que l'on voulait faire.

Dabaaz : Ce n'est pas trop notre délire de faire quarante morceaux... On réfléchit avant, on se prend la tête à chaque étape de la conception de l'album. Au début sur les sons, après on fait les structures, les maquettes, les defs. En général, si un morceau n'est pas bien, il s’arrête direct.

Drixxxé, est-ce que tu as abordé la production différemment sur cet album ?

Drixxxé : Pour moi c'est la suite logique de 'Microphonorama'.

Dabaaz : Le but c'est toujours de mieux rapper, d'avoir des textes plus intéressants et de coller aux instrus de Drixxxé. Après  'Microphonorama' on a fait pas mal de concerts, et lui est resté à Paname à faire des sons et préparer l'album. Donc on avait déjà pleins de sons qui nous ont évoqué des thèmes, des morceaux qu'on a pris tous les deux, ou bien on a fait des solos suivants les affinités qu’on a avec certains sons.

Les Influences musicales de l’album (funk, soul) c’est la musique que tu écoutes ?

Drixxxé : Oui, ça ressort  peut-être plus là parce que c’était  j’avais la volonté de plus l’affirmer sur cet album-là. Au lieu de prendre uniquement des boucles et de rajouter un beat par-dessus comme on l'avait fait jusque là, j'ai plus voulu aller à recréer des atmosphères, genre ambiance seventies. C’était une autre démarche. Je voulais un son spécifique, qui colle vraiment à ce que j'ai kiffé dans la funk 70s.

Et par quoi commence-tu à construire un morceau ?
Drixxxé :
En fait c'est super variable, il n’y a pas vraiment de règles. Sur "H.I.P.H.O.P." par exemple, je voulais faire un morceau avec le break qui fait "pum-Dum-Dum-Dum-Dum". Je voulais un truc à la Larry Graham des Sly Stones. Je suis parti de l’arrière, le tempo collait, j’avais la rythmique et j'ai mis une basse dessus. Je l’ai fait assez vite cet instru en fait.

Dabaaz : C'est un morceau qu'on avait depuis super longtemps, depuis l'époque de 'Microphonorama'. Comme c'est un morceau typé, rapide, on n’avait pas eu le temps de le faire correctement. Par rapport à ce nouvel album où on s'est plus lâché dans notre délire, on s'est dit qu'on était mûr pour l'aborder. Quand on est arrivé au sujet, on parlait des débuts du rap français et de nos premiers émois hip-hop. On s'est dit que ce morceau était fédérateur et qu'on voyait du monde dessus. On a tout de suite pensé à Dee Nasty avec qui on a fait plusieurs festivals et autres, c'est une référence. Et à l'époque Drixxxé travaillait avec Dany Dan et les Sages Po. On s'est dit pourquoi ne pas réunir Dee Nasty de la première génération avec Dany Dan, un gars de la deuxième. On avait grave kiffé le morceau "Dust" de Trigga Da Gambler. C'était un peu dans le même style. On voulait un refrain chanté, mais bonhomme. D’abord on ne savait pas qui prendre. Un jour on nous a parlé de Jango Jack, qu'il avait trop de flow… En plus de ça, en studio il y avait une vraie osmose. Jango était trop content de rencontrer Dee Nasty, qui lui, a trop kiffé l'instru. On est resté l’enregistrer jusqu’à tard dans la nuit…

Le clip réalisé à partir du morceau "H.I.P.H.O.P." est probablement l’un des meilleurs clips à être sorti en France l’année passée. Vous pouvez nous parler de sa réalisation ?

Dabaaz : Ca c'est une grande chance qu'on a eue. En fait par un pote avec qui je bossais, j’ai connu Edouard Sallier. Il déchire tout en animations,  il a fait les visuels de Doctor L. et pleins d’autres trucs dans la musique et la pub. Il nous a montré sa démo et on lui a proposé de faire le clip. Lui n’a pas pu le faire à la dernière minute, mais il avait une équipe d'artistes qui ont repris son concept original. Au final on a eu une équipe de huit personnes qui se sont investis alors qu'on n’avait quasiment pas de budget. On a eu de la chance parce qu'ils se sont investis à fond, ils ont kiffé le morceau et ils l’ont aussi fait pour eux. Donc on a eu un résultat mortel. Surtout qu'on tu voit combien coûte un clip. Il commence à tourner sur les chaînes câblées, et j'espère que ça va accélérer un petit peu. Parce qu'on veut vraiment défendre ce morceau, on le kiffe, il a un bon esprit.

Dabaaz, en plus de rapper, tu officie aussi en tant que graphiste sous le blaze Djala One. Est-ce que tu peux nous parler cette partie là de ton travail ?

Dabaaz : À la base je n'aime pas trop mélanger les deux sujets. C'est deux passions qui sont égales dans ma tête. Je me suis retrouvé dans l'infographie par hasard, je faisais de la peinture et du dessin. Au début du groupe, on n'avait personne pour faire notre logo et je m'y suis collé. J'ai commencé comme ça, même si à la base Djala One c'était deux personnes, moi et Ant'One, qui est photographe. Pour cet album, dès que je vu la couleur musicale que prenait l’album, les images me sont venues : Triptik autour d’un univers de matos, mélangeant funk et hip-hop. Comme pour l'instant c'est Triptik notre priorité, je n'aime pas trop renter dans les détails de mes projets. D'un côté je fais des trucs pour des clients, mais aussi pour des potes, où je me fais plaisir. Du coup les projets, c'est le site 90BPM.com, pour lequel il y a une nouvelle version qui arrive avec un graphisme vraiment chanmé. Sinon, j'ai fait la pochette de la prochaine compilation de Cut Killer et j'ai aussi réalisé la pochette du maxi du groupe Bunzen qui a enregistré un morceau avec Wildchild. J'essaie de faire le maximum, mais pour l'instant ma priorité, c'est surtout Triptik…

Un des thèmes qu’on retrouve dans l’album, ce sont les difficultés qu’on rencontre dans la musique en tant qu’indépendant ?

Drixxxé : C'est vrai que c’est compliqué, même si c'est aussi nous qui avons voulu tout faire tout seul.
Dabaaz : C'est un peu comme le mec passionné par les bagnoles, qui va tout mettre dans sa voiture, et qui va manger des pâtes et galérer à payer son loyer. Notre passion à nous, c'est Triptik.

On a l'impression que vous jouez à quitte ou double avec cet album?
Drixxxé :
C'est complètement ça. Bon on est déjà un peu rassuré parce que au début on se demandait comme les gens allaient l’accueillir, vu que le disque est un peu à l'inverse de ce qui sort en ce moment. Donc il y a une partie de la pression qui est retombée. Les gens dont l’avis nous importait ont apprécié, ils ont capté toutes les références, notre cheminement. On a aussi eu un bon accueil de la presse spé. C’est aussi l’album sur lequel on s’est le plus investi. On a fait un concert mortel à Paris la semaine passée, et la salle était pleine. Pareil en Province, de plus en plus de gens s’identifient à notre délire. La scène joue un rôle important, on a un show de plus en plus efficace. Ca fait vivre ta musique et tu sais pourquoi tu fais ça. On est parti au Japon, en Suisse, on a un public de plus en plus large…

Vous pouvez nous expliquer comment vous avez choisi les invités qui apparaissent sur 'TR-303' ?

Dabaaz : Les Svinkels: meilleur album de l'année… derrière Triptik (rires)! Comme on connaissait leur DJ, Pone, on eu l’occasion de sympathiser. Ils étaient souvent là pendant l'élaboration de l'album, parce qu'il y a avait à boire... Au début, ils venaient pour tiser et rigoler, et en fait on a réussi à faire fusionner les styles des deux groupes sur "Comment ça ". On a commencé à parler des lois Sarkozy, en les abordant au second degré. Sinon Kohndo, ça s’est fait parce qu’on se voyait depuis l'époque ou il avait quitté la Cliqua, et c'était une très belle expérience de studio, un peu comme Lara Fabian et Mauranne (rires). Tous les deux, on aime bien préparer nos rimes à l'avance, alors que là, quand est arrivé en studio, on avait quatre rimes chacun. Au final, on est parti sur l'idée de schizophrénie, le morceau s'est fait en trois heures, très bon esprit. JL on avait eu l'occasion de faire un morceau avec lui et 20Syl sur une compil' du Gang du Lyonnais qui n'est jamais sortie. On avait bien sympathisé, du coup je lui ai proposé de poser.

Black Boul’ : Sur le morceau de Kohndo je n'avais pas la spécialement la vibe, en général je prends plus de temps. Pour le morceau avec JL je n'avais pas d’idée non plus (rires).

Dabaaz : C’est la même chose pour "So Happy" qui devait être un interlude au départ. Black Boul’ s'est enflammé pour l'instru et moi je n’arrivais pas à écrire. Ce qui est cool sur cet album, c’est qu’on a commencé à faire nos trucs chacun de notre côté. Ca nous a permis d'explorer nos délires.

Vous nous avez toujours habitué à des rimes recherchées. Vous travaillez avec un dictionnaire, ou bien ce sont des automatismes ?

Black Boul’ : Au départ j'ai commencé à écrire en rappant. Je me suis muni d'un dico, comme beaucoup de rappeurs j'imagine. Il y a eu un moment où ça ne me servait plus à rien. Parce que quand j'avais une idée, le fait de regarder dans le dico, me la faisait perdre. Ca fait un petit moment que j’ai lâché le dico et que ça se passe très bien.

Dabaaz : Déjà je ne sais pas lire (rires). Je n’aime pas trop écrire non plus, mais je me suis pris au jeu des mots. Et puis il y a plein de trucs qui viennent tout seul. Et puis on a toujours essayé de se remettre en question au niveau de nos flows ou de nos textes.

Vous pouvez nous parler de l'écriture du morceau "À chaque fois" ?

Dabaaz : Ce qui est bien avec ce morceau, c’est chacun peut se reconnaître dans l’un des deux couplets. Le morceau est super ambigu, parce que d'un côté je plains ces meufs mais dans le refrain je dis qu’il y aura toujours des femmes comme ça. Black Boul' dit que c'est niqué, qu’on est tous des bâtards (rires)! A la fin ce ne sont que des vérités, mais tu peux les prendre comme tu veux. C'est un morceau qui est venu super spontanément. On a kiffé l'instru. Après Black Boul' a proposé le thème des meufs au moment ou j'avais une copine au téléphone qui me racontait qu’elle venait de se faire tej’ par un pote, c’est venu comme ça.

Black Boul’, peux-tu nous expliquer la conception de tes deux titres solos, "Good Vibe" et "So Happy" ?

Black Boul’ : Comme je le dis dans le morceau, je trouve que il n’y a pas assez de morceaux bonne vibe, retour à la zicmu dans le rap français. C’est dommage parce que le côté festif c’est la base.

Dabaaz : C'est un morceau qui est très typé. Je ne prends pas de risques, je ne suis pas dessus ! Ce qui est chanmé, c’est que d'un côté le refrain est chanté alors que les couplets sont super hardcores. Il y a un vrai fond derrière. Et puis l'instru est super originale.

Black Boul’ : Avec "So Happy ", c’est dans la même ligne. J’ai voulu aller à contre-pied de l'instru.

Drixxxé : À la base ce morceau devait faire un interlude. C’était inspiré d'un morceau de Nina Simone - "Feeling Good" - où tu as une mélodie de cuivres super déprimante et dessus elle chante son bonheur. J'ai pris des éléments dans la même ambiance, j’ai rejoué quelque chose, j’ai pris un sample de voix et ça donnait mon interlude. Black Boul' l'a entendu et a eu envie de faire un morceau.

Dabaaz : On aime bien les contre-pieds, donner plusieurs sens de lecture. On aimerait bien que ça soit un album que les gens réécoutent. On ne dit pas qu’on a des concepts super compliqués, mais ce n’est jamais tout blanc ou tout noir.  Il y a vachement de morceaux qui paraissent facile à cataloguer, mais sur cet album on a bien réussi à développer ce côté "aigre-doux"

Comment ça se passe la scène en France pour un groupe indépendant ?

Dabaaz : On a de la chance d'avoir Furax, qui est un tourneur basé à Paris. Et puis depuis qu’on bosse avec Pone, il y a de plus en plus de monde aux concerts, le show évolue bien. On considère que c'est ça qu’on a envie de taffer.

Drixxxé : Le plus compliqué en France, c'est de passer la première fois dans une salle. Il y a plein de préjugés. Ensuite, comme les concerts se passent bien, on tourne régulièrement. Ca nous permet de voyager, c’est un luxe énorme. On est allé dans des endroits où on ne serait jamais allé, à Hyères, Bretigny sur Orge (!), dans les Yvelines, à Tokyo, Amsterdam ou encore Londres (rires)

Le mot de la fin ?

Dabaaz : On a envie que les gens nous écoutent, s’ils achètent l’album c’est encore mieux. J’espère qu’on va se croiser en Suisse ou ailleurs…

 

 

Propos recueillis par Equi
Photo: D.R.
Novembre 2004