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    Interview - La Rumeur

Le 12 Novembre 2004 s'est tenue l'audience du procès intenté par le ministère de l'Intérieur à Hamé de La Rumeur pour son article "Insécurité sous la plume d'un Barbare" paru dans le magazine promotionnel paru à la sortie de leur premier album 'L'Ombre sur la Mesure'. Le jugement sera rendu le 17 décembre prochain. Pour manifester notre soutien au groupe, nous publions cette interview inédite réalisée à l'occasion de la sortie du premier album. A l'aube du 'Regain de Tension' annoncé par La Rumeur, les propos de Ekoué, Hamé, Mourad et Philippe sont toujours aussi percutants...

Site Web: www.larumeur-records.com

Il y a un certain temps qui s'est écoulé entre la sortie des trois volets et celle de l'album 'L'Ombre sur la Mesure'. Comment s'est déroulé la conception de ce premier album ?

Ekoué : Nous avons mis deux ans pour le faire. On a coutume de dire qu'on conçoit cet album, et le temps nous donne raison, comme un acte de résistance. Pour ça il fallait s'inscrire en rupture tant au niveau artistique que de la démarche avec le reste et donc voilà, je pense que le pari est réussi. Pour ça il nous a fallu du temps, il nous a fallu faire des prototypes pour arriver avec cet album.

A l'écoute, il y a vraiment une ambiance propre qui se dégage ?

Ekoué : C'est le premier album du groupe. Les volets étaient des fragments de la composante du collectif, mais encore une fois, c'était l'antichambre de 'L'Ombre sur la Mesure'. Maintenant l'album, il y a un certain professionnalisme qui est venu. On a gardé le côté artisanal pour nos prods, mais tu sens qu'il y a un peu plus de sous derrière. C'est vraiment le groupe dans son ensemble, c'est un voyage au bout de la Rumeur.

Il n'y a que trois morceaux sur lesquels vous posez tous les quatre. Pourquoi ça ?

Ekoué : Je sais pas, on ne s'appelle pas la Fonky Family ou quel autre tartuffe, où ils sont quatre pour raconter la même chose. On préfère être seul sur un morceau et exploiter un thème en profondeur plutôt que d'être quatre et de le faire n'importe comment. Maintenant, les morceaux à quatre sont des traits d'unions entre les différentes étapes de l'album.

'L'Ombre sur la Mesure' est sorti cinq jours avant le premier tour des élections présidentielles françaises en 2002. Comment avez-vous vécu cet événement ?

Ekoué : Il est sorti le 16 parce c'était prévu comme ça. Après ce qui s'est passé cinq jours plus tard... A l'époque nous avons tenu des positions assez atypiques. Nous ne sommes allé voter ni pour l'un ni pour l'autre, notre participation citoyenne a été cet album.

Hamé :  Ça ne veut pas dire que nous y étions indifférents. Mais cet espèce de climat entre les deux tours ou Chirac apparaissait du jour au lendemain comme un sauveur suprême de la civilisation face à la barbarie a fait fantasmer beaucoup de gens. Certains ont eu le sentiment de prendre le maquis avec Jean Moulin, alors que je pense que ça a été une grande foire. Nous avons gardé les positions qu'on a par rapport à l'un et l'autre des candidats, et à plus forte raison par rapport à Chirac, puisqu'il c'est lui qui a été au pouvoir, qui a participé aux décisions qui ont conduit à la détérioration des conditions de vie dans nos quartiers, le pays je t'en parle même pas... Il ne faut pas oublier que Chirac c'est aussi l'homme des réseaux trans-Afrique, il représente cette tendance là. On n'a pas regardé  ça avec un regard hexagonal fermé sur nous-mêmes. On a point de vue qui est double. On est issu de l'immigration. Les rapports entre la France et l'Afrique ont été et sont toujours des rapports de pillage, d'exploitation, de mépris. Pour le vote, nous sommes abstentionniste par conviction, pas par dépit ou par "j'm'en foutisme". Sur l'échiquier politique en France Il n'y a pas un candidat politique qui est à même de porter nos aspirations et de parler vrai par rapport à tout ce qui a défiguré les quartiers.

Votre album est construit autour de trois thèmes principaux, la vie dans les quartiers, l'univers musical et les conséquences de la colonisation.  C'était important pour vous de parler de vos origines ?

Ekoué : Forcément, c'est notre réalité. Nous sommes des immigrés de première génération, deuxième génération. Les nouvelles du pays sont quotidiennes. C'est super important pour nous de parler de ça, parce que c'est trop absent dans le rap. Les préoccupations de la plupart rappeurs on sait ce qu'elles sont et ce que ça donne aujourd'hui. Nous, on veut ressembler à tout sauf à ça. On considère que le Hip Hop c'est parler de soi même et de décrire son environnement. Le notre il est issu des quartiers de France mais il est aussi africain.

Comment voyez-vous la situation dans vos pays d'origine aujourd'hui ?

Ekoué : Ce qu'il faudrait déjà, c'est chasser les dictateurs en place pour qu'on soit enfin souverain de notre économie, notre sol et nos ressources, mais ça ne va pas être une mince affaire. De là à aller contribuer à l'économie dictatoriale du coin, personnellement ce n'est pas ce qui me motive le plus.

Hamé : Nous n'avons pas le pouvoir d'être initiateurs de projets qui soient à rebours et en rupture avec les autorités politiques de ces pays et qui sont liées organiquement à L'Elysée. Nous n'avons pas non plus la prétention d'avoir la clé, l'issue de ce qui passe dans nos pays. Nous avons notre analyse.

Ekoué : Le problème est simple. C'est la propagande néocoloniale qui est basée sur la psychose, la complexité, alors que les problèmes sont simples. Il y a un pillage qui est constant, point. C'est le moteur de leur industrie.

Hamé : L'économie française et européenne ne serait rien aujourd'hui sans le pillage des ressources du sous-sol africain par des compagnies style Elf. Sans ces vols et ces expropriations, la France s'arrête de fonctionner . Je ne te parle même pas de la main d'oeuvre qui est jetée par dizaine de milliers à venir frapper aux portes de l'Europe parce que là-bas toutes les richesses ont été prises.

Comment vous placez-vous par rapport au thème de la rue et la manière d'en parler qu'ont d'autres groupes ?

Ekoué : Encore une fois, le rap on ne l'a pas inventé. Il est issu de cette réalité là, après il y a la façon dont tu en parles. La rue, il s'y passe des choses positives et négatives.

Philippe : On parle des villes dortoirs, quand tu es amené à travailler sur Paris et à rentrer en banlieue pour dormir. Passé 22 heures il n'y a plus rien d'ouvert alors forcément de temps en temps il s'y passe quelque chose et ça donne de l'événementiel pour les quotidiens du coins. C'est ce côté ville dortoir qu'on essaie de décrire dans la partie de l'album qui parle des quartiers.

Ekoué : L'ennui, la galère c'est aussi ça. Il ne faut pas croire que la banlieue c'est des feux d'artifice, des coups de feu tous les jours.  Bien sûr qu'il s'y passe des choses, comme partout. Maintenant, c'est aussi ça qui nous différencie des autres groupes, nous, on ne fait pas dans le spectaculaire. Quelque part, le plus spectaculaire en banlieue, c'est la désertification des commerçants, la léthargie du quotidien.

Après les trois volets enregistrés en indépendant, l'album est sorti au sein d'une major. Comment s'est passé ce changement ?

Mourad : C'est vrai qu'il y a eu un changement entre les volets et l'album, qu'il y a eu un apport de moyens plus conséquents. La différence, c'est que ce n'est pas parce qu'on est passé sur une major, que notre quotidien s'est mis à briller d'un coup, qu'on s'est retrouvé avec des grosses voitures et des beaux appartements en bord de plage. Ça nous a juste permis de sortir l'album qu'on voulait apporter au public qui nous attendait. Pour ce qui est de la promotion, on s'est penché ardûment sur la question. Nous avons essayé de sortir des clichés, c'est à dire coller des stickers, des affiches, donner des cassettes dans la rue, ce qui ne sert strictement à rien. On s'est dit pourquoi ne pas véhiculer les idées de notre album via notre propre média. Donc nous avons décidé de sortir un petit magazine qui montre les facettes des membres du groupe.

Ekoué : Nous l'avons fait avec nos moyens, nous ne sommes pas journalistes. C'est un billet d'humeur. Même si, vu l'état de la presse spécialisée en France, ce n'est pas difficile de faire mieux... Nous savions de toute façon que nous allions être sollicités par les majors après la trilogie, mais le véritable challenge était d'achève ce projet [La Trilogie] en indépendant, avoir connaissance des circuits scéniques et radiophoniques, tourner avec la trilogie. D'un maxi à l'autre, nous avons appris à connaître la scène, des contacts. L'album on savait qu'on allait le sortir dans une configuration major, mais le véritable challenge était de sortir un tel album dans une major. Le tout c'est d'imposer ses idées, mais ils n'avaient pas le choix.

Hamé : Les majors n'étaient pas non plus désintéressées. Il y beaucoup d'argent en jeu et c'est une réalité différente, même si sur le fond ça reste la même chose. En termes de moyens de pressions, de formatage et de marketing c'est beaucoup plus gigantesque. Maintenant notre indépendance, cette jalousie qu'on a par rapport à nos propres oeuvres, il a fallu la gagner. Mais au départ, ce sont les majors qui nous ont sollicité. On s'est fait courtiser par un certain nombre de producteurs et nous avons pu disposer. La trilogie, on peut en penser ce qu'on veut, mais ça nous a permis d'avoir un ascendant. Après ça, je ne te dis pas que ça a été un chemin bordé de tulipes. Il y a eu des conflits, des pressions, par rapport à des questions de délai notamment. L'idéal pour eux aurait été qu'on sorte l'album très rapidement pour qu'il soit promotionné comme ils ont l'habitude de le faire. L'album devait sortir un an et demi plus tôt... Après, nous avons écarté la plupart des schémas de marketing qu'on nous a proposé. Ça risquait de trop dénaturer ce qu'on voulait faire. La promotion autour de l'album elle a été assez maigre par rapport à ce que certains déploient. On aurait très bien pu disposer de moyens pour faire dix fois plus. Après c'est un choix, ça a toujours été le propre de notre démarche. Le matraquage, cette espèce de truc à saturation où un morceau est balancé cinq ou six fois dans la journée, c'est aussi quelque chose auquel on s'attaque. Nous avons fait le magazine, les trois clips, pièce par pièce, nous avons empilé les éléments. Nous avons pris le temps de les penser.

Pour en revenir  à votre magazine, que s'est-il passé exactement?

Ekoué : Il y a eu une plainte de Skyrock par rapport à l'article "Ne sortez plus sans votre gilet par-balles". Comme ce sont des gens très courageux, tout ce qu'il ont trouvé de plus intelligent à faire, ça a été d'amener cet article aux flics pour qu'il y ait des sanctions. Comme on le dit dans nos lyrics, ce sont des balances. Il y en a dans le business du rap comme il y en a dans la rue. Eux ils ont en fait partie. Ensuite il y a eu la plainte par rapport à l'article de Hamé "L'insécurité sous la plume d'un barbare". Le ministère de l'intérieur nous est tombés dessus avec une plainte pour diffamation publique envers la police nationale.

Que pensez vous de ce show qui est fait autour de l'insécurité ?

Ekoué : Comme on le disait tout à l'heure, 21 avril ou pas, le fascisme est en bonne voie... Effectivement tu vois plus de flics, ils sont plus arrogants. Mais comme on le dit souvent, on préfère avoir de vrais ennemis que de faux alliés. Sous la gauche il y a eu beaucoup de bavures, peut-être même plus que sous le gouvernement actuel.

Hamé : Ça change peut être quelque chose dans le visuel pour les gens qui n'avaient pas trop l'habitude de les voir jusqu'à là...

Ekoué : Des flics, j'en ai toujours vu, que ça soit dans les trains de banlieue, dans le métro... Depuis Vigie Pirate en 1995 ça ne s'ait jamais arrêté, ça s'est intensifié et ce sont toujours les mêmes qui morflent.

Hamé : Ce qui se fait aujourd'hui ne fait que reprendre ce qui a déjà été proposé par les gouvernements précédents. Comme ils possèdent une majorité écrasante, ils en profitent pour charger la barque, mais c'est dans la continuité de ce que faisait le gouvernement Jospin et ainsi de suite. Nous on sait que ce n'est pas une solution, la solution est dans le partage des richesses.

Au niveau musical, 'L'Ombre sur la Mesure' est vraiment partagé entre deux types d'ambiances ?

Ekoué : Pour les sons, il y a deux vibes dans le groupe. Au niveau des samples, c'est vachement films des années quarante cinquante, ce son-là c'est la griffe originelle de La Rumeur et c'est ce qu'on entend développer. Après il y a des morceaux plus bourrins comme "Nous sommes les premiers...", "Le Prédateur Isolé", "On frappera", parce qu'on aime bien aussi la grosse funk genre Clinton.

La plupart de vos refrains sont assez simples, dépouillés. Pourquoi ça ?

Ekoué : Nous on a rapport très minimaliste par rapport à notre musique. Tu as un couplet de 16 ou 32 mesures et le refrain va être la synthèse de ces 32 mesures, une phrase simple qui te rentre dans la tête.

Hamé : On est plus partisan d'un classicisme Hip Hop. On a des partis pris minimalistes, épurés, une espèce d'atmosphère posée avant tout, et moins le truc qui va réagir sur la dernière mouvance ricaine.

Ekoué : Le problème c'est que la musique aujourd'hui est polluée par des mecs qui complexifient les refrains, avec des voix, des sous voix, moi je peux pas ! A la Gangstarr, à la Mobb Deep, nous on est de cette école là. Le rap et des refrains simples. Après tu vois leur efficacité sur scène. Quand tu as un refrain simple qui rentre dans le dancefloor et qui accompagne la musique c'est ça l'efficacité pour moi. C'est comme par rapport au rap. C'est sur scène que tu vois si t'as le flow, quand tu es clair au micro, intelligible, et que la musicalité de ton débit accompagne le son. Si les gens ont déjà du mal à te comprendre sur un disque, alors sur scène on va encore moins comprendre. Aujourd'hui, les mecs ont des codes complètement biaisés en France, c'est pour ça que le rap se mord la queue et qu'il n'intéresse plus personne. Ces mecs ont oublié que l'essence de cette musique c'est l'intelligibilité, et c'est tout un travail. Ensuite, il y a aussi l'aspect rythmique que tu donne à tes phases, je pense que moins ça te heurte à l'oreille, et plus c'est abouti.

Hamé : Le débat du flow, c'est hyper subjectif, chacun va prétendre avoir sa définition...

Ekoué : Le truc est simple. Si tu prends quelqu'un qui n'écoute pas de rap et qu'il arrive à te comprendre et qu'il arrive à te contester sur le fond, c'est que tu as suffisamment travaillé la forme pour faire rentrer tes paroles dans ses oreilles, c'est tout...

Hamé : Le rap on le conçoit avant tout comme une parole qu'on se réapproprie. C'est un acte de réappropriation, une parole que l'on arrache. Ca ne sert à rien, si après tout ces efforts, tu arrives avec une espèce de bouillie, avec une singerie américaine à chaque syllabe et ou tu essaies de contorsionner le français pour arriver à sonner comme le flow de tel untel qui marche aux Etats-Unis. Le Hip Hop on sait d'où ça vient, mais là ou nous avons une carte à jouer, qui est sous estimée je trouve, c'est d'y imprimer notre identité, que ça soit un rap qu'on ne puisse pas faire ailleurs qu'à Paris, de la même manière que les rappeurs de la East Coast ou West Coast composent avec leur environnement, leur background culturel et musical. S'il faut s'inspirer des américains il faut le faire intelligemment. Leur démarche te renvoie à toi-même, à ta propre histoire. L'univers des samples, ce qu'on essaie de développer dans l'album, c'est réellement nous.

A l'opposé, il y a aussi des morceaux comme "Le Prédateur Isolé" ?

Ekoué : C'est un son adrénaline, à l'instar de titres comme "Nous sommes les premiers..." ou "Le Silence de ma Rue". C'est clair que c'est aux antipodes d'un son épuré comme "Les Petites Annonces du Carnage" ou "Les Coulisses de l'Angoisse" où le sample est mis en avant. Quand on a sorti le maxi [du "Prédateur Isolé"], autant la réaction était mortelle mais quelque part les fans de la premier heure n'ont pas compris pourquoi on pouvait poser sur un son comme ça, mais ils l'ont compris après avoir écouté l'album. Notre définition peut parfois être du vitriol pur mais aussi de l'eau dans son vitriol. Personnellement, un morceau comme "L'Ombre sur la Mesure" c'est pour moi la définition parfaite  du hardcore, c'est un morceau d'une violence inouïe, surtout par rapport au contexte actuelle avec cette espèce de psychose autour des bombes. On installe une ambiance "main de fer dans un gant de velours" avec ce sample de piano. On a aussi des morceaux moins soignés, on t'envoie ça dans la gueule. C'est ça aussi ça La Rumeur, c'est des sons que tu mets dans une salle de boxe. Des trucs adrénalines. On était soucieux d'avoir une palette suffisamment large pour qu'en arrivant sur scène, ça nous représente vraiment, avec un aspect solennel, un aspect adrénaline et un aspect inquiétant, il faut que ces trois conditions soient réunies. Il faut aussi un aspect émotionnel avec des morceaux comme "Le Cuir Usé d'une Valise" ou "365 Jours", c'est quelque chose de très fort quand nous les interprétons sur scène.

Pour terminer, qu'en est-il de "Nous sommes les premiers..." ?

Ekoué : Nous sommes rentrés dans un nouveau cycle avec ce morceau. C'est le constat le plus dur qu'on puisse faire sur l'état du rap français, avec un refrain qui est assez explicite. C'est un peu à l'instar du titre sur Akhenaton, mais avec ce titre tout le monde en a pour son compte, Skyrock en premier. Les émissions du soir ne veulent surtout pas jouer des groupes comme nous car nous faisons de l'ombre à leurs poulains, c'est logique. Aujourd'hui, la Rumeur vend des disques, beaucoup plus que la plupart des artistes qui passent sur Skyrock. Ces mecs savent que plus le phénomène commence à prendre, plus leurs intérêts sont touchés directement. Contrairement à d'autres radios,  les émissions spés de l'autre toxico et toute la clique ne peuvent pas nous jouer. Nous ont se permet de dire ce que nous pensons d'eux, mais eux ne le feront jamais. Aujourd'hui c'est nous qui sommes en position de force, c'est nous qui avons la crédibilité, les autres ont peur de ça...

Le mot de la fin ?

Philippe : Ne sortez plus sans votre gilet par-balles !

Propos recueillis par Equi
Photo: D.R.