Shabazz Palaces : Lese Majestee
octobre 13, 2014 (No Comments) by Mill Burray

Voyage astral pour auditeur sensible aux harmonies chamaniques

Se lancer dans l’écoute de « Lese Majestee », dernier album de Shabazz Palaces, c’est un peu comme commencer à lire Bourdieu. On sait que ça va être long et douloureux au départ, mais au final on en sort grandit. Ce qui ressort le plus à l’écoute de l’opus, c’est son ambivalence. Un caractère répétitif, cassé par une structure qui évolue de façon quasi-aléatoire ; des boucles ethniques avec un rendu final électronique.

Une expérience

Quel rapport entre l’imminent sociologue et l’album ?

Bourdieu a développé sa pensée autour du concept d’holisme méthodologique : grosso-modo il expliquait les comportements individuels à partir de l’observation d’un ensemble. « Lese Majestee », le dernier album de Shabazz Palaces, groupe hip hop de Seattle, s’appréhende de la même façon : c’est-à-dire que pour le cerner, mieux vaut l’écouter dans son intégralité.

En effet, sortis de leur contexte, les sons de Shabazz Palaces sont plutôt difficiles à écouter car ils ne sont rien sans leurs longues introductions et leurs interludes aussi interminables qu’envoutantes. On est haut-perché durant l’écoute de l’album, très peu de re-descentes ; on est maintenu dans un état de transe permanent. Il est donc difficile d’isoler un titre de l’album pour l’intégrer dans une playlist apéro-dinatoire par exemple. Entre ton pote bourré et tes copines qui veulent écouter les Kinks (groupe de rock anglais), peu de place pour les beats lunaires et les rythmes chamaniques.

Electronique et organique

Ce qui ressort le plus à l’écoute de l’album, c’est son ambivalence. Les instrumentales sont entêtantes, mais leurs côté répétitif est cassé par la structure des morceaux qui évolue en apparence, de façon quasi-aléatoire. Les boucles sont très marquées par leurs caractères ethniques alors que le rendu final sonne plutôt électronique. Le mc nous balade entre des séquences chantées et rappées. La voix est claire, les parties chantées sont pop, agréables et accessibles mais le rap est dur, quasi incantatoire et impressionnant de technicité. Le tout saturé de reverbs, d’échos et d’autres effets que les beatmakers identifieraient mieux que moi (les beatmaker savent toujours tout mieux que tout le monde. A force d’enregistrer des rappeurs toute la journée, ils ont le temps de réfléchir paraît-il).

Qu’est-ce qu’on « f » ?

Alors en fait, soit on écoute l’album en pensant que c’est très lourd et que ces mecs ont un millénaire d’avance, soit c’est trop sub-pop et on passe notre chemin parce que ça ressemble à de la musique de secte.

Dans les deux cas, on n’est pas insensible et on découvre, on hallucine, on expérimente (si on a de quoi faire sous la main), on prend du plaisir, on s’offusque, on réagit et chose assez rare pour avoir à le souligner (!) : on réfléchit durant l’écoute d’un sceud de rap (même si c’est du ricain).

Cet album paraît difficile d’accès à la première écoute mais il n’en est rien. Il offre juste un petit voyage astral à tout auditeur sachant faire preuve d’un tant soit peu de sensibilité aux harmonies chamaniques. Ce projet n’a rien d’élitiste mais il finira sans doute par être écouté exclusivement par des hipsters, qui accorderont son écoute à un plateau repas vegan au Pause Café 41 Rue de Charonne. Cela dit la lourdeur des prods passerait aussi très bien dans la féfé de ton rappeur préféré.

Recommandations :
Un album à écouter seul, au casque ou avec des gens qui ferment leurs gueulent (ou dans la Ferrari de La Fouine, sans La Fouine).

Mill Burray

A retrouver le jeudi 23 octobre au Batofar

Mots-clés : , ,

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Shabazz Palaces : Lese Majestee
octobre 13, 2014 (No Comments) by Mill Burray

Voyage astral pour auditeur sensible aux harmonies chamaniques

Se lancer dans l’écoute de « Lese Majestee », dernier album de Shabazz Palaces, c’est un peu comme commencer à lire Bourdieu. On sait que ça va être long et douloureux au départ, mais au final on en sort grandit. Ce qui ressort le plus à l’écoute de l’opus, c’est son ambivalence. Un caractère répétitif, cassé par une structure qui évolue de façon quasi-aléatoire ; des boucles ethniques avec un rendu final électronique.

Une expérience

Quel rapport entre l’imminent sociologue et l’album ?

Bourdieu a développé sa pensée autour du concept d’holisme méthodologique : grosso-modo il expliquait les comportements individuels à partir de l’observation d’un ensemble. « Lese Majestee », le dernier album de Shabazz Palaces, groupe hip hop de Seattle, s’appréhende de la même façon : c’est-à-dire que pour le cerner, mieux vaut l’écouter dans son intégralité.

En effet, sortis de leur contexte, les sons de Shabazz Palaces sont plutôt difficiles à écouter car ils ne sont rien sans leurs longues introductions et leurs interludes aussi interminables qu’envoutantes. On est haut-perché durant l’écoute de l’album, très peu de re-descentes ; on est maintenu dans un état de transe permanent. Il est donc difficile d’isoler un titre de l’album pour l’intégrer dans une playlist apéro-dinatoire par exemple. Entre ton pote bourré et tes copines qui veulent écouter les Kinks (groupe de rock anglais), peu de place pour les beats lunaires et les rythmes chamaniques.

Electronique et organique

Ce qui ressort le plus à l’écoute de l’album, c’est son ambivalence. Les instrumentales sont entêtantes, mais leurs côté répétitif est cassé par la structure des morceaux qui évolue en apparence, de façon quasi-aléatoire. Les boucles sont très marquées par leurs caractères ethniques alors que le rendu final sonne plutôt électronique. Le mc nous balade entre des séquences chantées et rappées. La voix est claire, les parties chantées sont pop, agréables et accessibles mais le rap est dur, quasi incantatoire et impressionnant de technicité. Le tout saturé de reverbs, d’échos et d’autres effets que les beatmakers identifieraient mieux que moi (les beatmaker savent toujours tout mieux que tout le monde. A force d’enregistrer des rappeurs toute la journée, ils ont le temps de réfléchir paraît-il).

Qu’est-ce qu’on « f » ?

Alors en fait, soit on écoute l’album en pensant que c’est très lourd et que ces mecs ont un millénaire d’avance, soit c’est trop sub-pop et on passe notre chemin parce que ça ressemble à de la musique de secte.

Dans les deux cas, on n’est pas insensible et on découvre, on hallucine, on expérimente (si on a de quoi faire sous la main), on prend du plaisir, on s’offusque, on réagit et chose assez rare pour avoir à le souligner (!) : on réfléchit durant l’écoute d’un sceud de rap (même si c’est du ricain).

Cet album paraît difficile d’accès à la première écoute mais il n’en est rien. Il offre juste un petit voyage astral à tout auditeur sachant faire preuve d’un tant soit peu de sensibilité aux harmonies chamaniques. Ce projet n’a rien d’élitiste mais il finira sans doute par être écouté exclusivement par des hipsters, qui accorderont son écoute à un plateau repas vegan au Pause Café 41 Rue de Charonne. Cela dit la lourdeur des prods passerait aussi très bien dans la féfé de ton rappeur préféré.

Recommandations :
Un album à écouter seul, au casque ou avec des gens qui ferment leurs gueulent (ou dans la Ferrari de La Fouine, sans La Fouine).

Mill Burray

A retrouver le jeudi 23 octobre au Batofar

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