Interview Psykick Lyrikah
novembre 23, 2013 (No Comments) by Syka

Juin 2013 : l’association Hip Hop Citoyen nous régale d’une quinzaine estivale boostée au double H sous toutes ses formes : le festival Paris Hip Hop. Rap Français, US, danse, graff… de quoi ravir les amateurs de tous styles et tous horizons. Votre webzine favori (qui parfois, ne l’oublions pas, réussi encore à force de passion à s’offrir le luxe du papier) ne pouvait passer à côté de ce rendez-vous. Armés des connexions obscures des fondateurs du site, avec plus ou moins de réussite compte tenu de la rigueur et du professionnalisme de certains chroniqueurs (moi), on finira par obtenir quelques invites, avec possibilité d’en profiter pour interviewer les artistes.

Ça tombe bien, le 26 juin Psykick Lyrikah passe en première partie de Odezenne au Mains d’Oeuvres, petite salle associative à Saint Ouen. L’occasion parfaite pour revenir avec Arm –le chanteur/moteur de Psykick depuis les débuts du groupe– sur son parcours, sur sa musique, sur le rap… Le même soir, et dans un style quasi diamétralement opposé –si tant est qu’on puisse géométriser l’espace rapologique– il y avait Aelpéacha et A2H à la plage du Glazart. Bien que tiraillé par deux affiches de qualité, c’est probablement poussé par un amour propre pointé comme une lance vers l’obscure le tordu, que ma route prend la direction de Saint Ouen. Au final, une interview qui, à défaut d’avoir été préparée avec une ligne directrice claire ou des objectifs précis, pourra peut-être (espèrons-le), satisfaire aussi bien les fins connaisseurs du groupe, les amoureux du rap, que les simples curieux adeptes de musique en général.

Des Lumières Sous La Pluie

CHH : Des lumières sous la pluie, ça va faire 10 ans. En sachant que j’allais t’interviewer j’ai réfléchi à ça et j’ai réalisé qu’avec dix ans d’activité, en comptant l’album avec Iris, ça fait quasiment un album de qualité tous les deux ans. On pourrait qualifier Psykick de pilier du rap français.

ARM : Merci c’est gentil ! Enfin en terme de nombre de sorties peut-être, en terme de visibilité c’est autre chose.

 


« C’est un travail qu’on essaye de faire sur la longueur, un travail de fond. »


CHH : Certes, pas forcement pour le grand public, mais si l’on prend en compte l’impact de chaque sortie sur les gens qui te suivent, et sur la régularité de ces sorties, c’est un groupe « pilier » du rap français non? Tu peux le sentir ça?

ARM : Je ne vais pas te cacher qu’au quotidien ce n’est pas quelque chose que je calcule vraiment. Pilier… Oui, en terme de régularité de sorties, peut-être. Peut-être aussi que ce sont des albums qui comptent pour des gens, mais très honnêtement, sans jouer le faux modeste, on a une visibilité assez réduite. Rien que de par les structures avec lesquelles on sort nos disques, nos moyens… Après si c’est le cas pour certaines personnes je trouve ça super, mais il y’a encore du taf ! C’est un travail qu’on essaye de faire sur la longueur, un travail de fond.

CHH : Et ça paie ! Moi-même tu m’aurais dit, il y a deux ans et sans que je réfléchisse à la question, je n’aurai jamais cité Psykick Lyrikah comme un pilier du rap français. Mais en regardant de plus près je pense que si, ça l’est devenu.

ARM : Peut-être aussi que les groupes de rap en France sont peu à tenir 10 ans. Il se trouve aussi que Psykick Lyrikah est un faux groupe qui n’a pas arrêté de changer. Finalement, depuis la formation du début, il n’y a plus que moi.

CHH : Ce qui m’amène à la question suivante : pour ceux qui ne te connaissent pas, qu’est-ce que c’est « Psykick Lyrikah »?

ARM : C’est né vraiment comme un trio. Avec un DJ de bordeaux [ndla : Dj Remo], un beatmaker rennais [ndla : Mr Teddybear] et moi. On a fait cette cassette, « Lyrikal Teknik », sortie en 2003, vraiment comme le produit d’un trio avec un MC, un DJ et un beatmaker. Puis pour « Des Lumières sous la pluie » [ndla : premier album de Psykick sorti en 2004] il y avait déjà un DJ en moins. Cette fois c’était un album à deux. Après nos routes avec Teddy se sont séparées. On a ensuite mis beaucoup de temps à sortir autre chose, et quand on est revenu c’est avec un truc complètement différent, le projet Guitare-Voix avec Olivier Mellano [ndla : Actes sortie en 2007]. J’ai vraiment du mal à dire que Psykick est un groupe.

CHH : Et pourtant il y a un nom qui est là depuis maintenant plus de 10 ans.

ARM : C’est comme si à chaque disque je faisais des projets avec des gens. Deux projets avec Teddy, un projet avec Mellano, un projet un peu tout seul… Voilà c’est…

IRIS [qui était dans la salle et restera tout au long de l’interview, coupe] : C’est toi.

ARM : Ouai c’est un peu moi.


« Si j’y avais pensé dès le début j’aurais trouvé un blase bien identifiable et je serais resté là dessus. »


CHH : Mais c’est pas ARM? [ndla : l’interviewer sent qu’il a touché le point schizophrénique de l’artiste]

ARM : Beeeeen non… [ndla : l’interviewé soupir un peu, pour éviter d’assumer la schizophrénie mise à jour] en vrai tu penses pas à tous ça au début. Si j’y avais pensé dès le début j’aurais trouvé un blase bien identifiable et je serais resté là dessus. Je te cache pas, ça pose des problèmes de communication. Toi tu sais, tu connais les projets, mais souvent les gens pensent que Psykick Lyrikah c’est un groupe. Que moi, Arm, je suis au texte, que Robert le Magnifique fait la musique et qu’Olivier Mellano fait les guitares. En vérité ça ne se passe pas comme ça. Aujourd’hui on se retrouve tous les trois sur scène [ndla : la formation du groupe au moment de l’interview lors de leur passage sur scène à Paris Hip Hop le 26 juin 2013], mais on passe pas notre temps en studio pour composer des chansons.

CHH : Oui, et les gens qui connaissent Psykick savent (et tu le dis souvent en interview), que ce n’est pas vraiment un groupe mais un « projet » (je crois bien que c’est toi qui l’a appelé comme ça ?).

ARM : Oh ça ce sont les communiqués de presse, le fameux « projet à géométrie variable ». Ça fait 10 ans qu’elle traîne cette appellation. ‘Projet’, ça fait comme si on avait un projet qui sera éphémère, alors qu’il y’a vraiment une volonté de pérennité derrière Psykick.

CHH : On pourrait parler d’une exploration musicale ?

ARM : C’est ça. Personnellement j’ai des goûts musicaux variés et larges, et j’aime tellement faire de la musique que j’ai du mal à garder « une » identité. J’essaye quand même de faire des choses cohérentes et j’ai pas non plus le temps de faire totalement autre chose (par exemple, si j’avais le temps de faire un album avec, disons, uniquement des instruments, même en oubliant les textes, je le ferai). Alors j’essaie de m’en tenir à un projet cohérent, avec de la chanson, un groupe de rap, même si chaque album s’inspire de mon évolution.

CHH : Si on prend Psykick comme une exploration parmi tout ce que t’as envie de faire, « Derrière moi » (2011) et le projet avec Iris [ndla : « Les Courants Forts », sortie en 2010 sur le label LZO record] sont un peu l’aboutissement de cette exploration, non? En tant que fan j’ai vraiment le sentiment, en écoutant ces disques, d’entendre le point culminant d’un style de rap qui s’est trouvé [ndla : donc là c’est la question du fan persuadé d’avoir compris l’artiste].

Les Courants Forts?

ARM : Ouai, moi je les vois plutôt comme des étapes [ndla : la douche froide]. À un moment donné on se retrouve avec Iris, ou avec Mellano, on fait un projet, c’est au milieu de la route. Iris à d’autres projets de son côté, j’ai d’autres projets du mien, on se retrouvera peut-être un jour pour faire quelque chose. Le projet avec Iris, on l’a vraiment perçu comme un projet « à côté » de ce qu’on avait l’habitude de faire et non comme un aboutissement.

CHH : Pourtant, personnellement, le projet avec Iris et « Derrière Moi », j’ai du mal à les dissocier. On retrouve Iris beaucoup sur « Derrière Moi » [ndla : le fan persiste à croire qu’il a compris et cherche à justifier].

ARM : Sur un seul morceau finalement.

CHH : Sur un seul son? ah… [ndla : justification échouée]

IRIS : Oui oui…

ARM : Ça vient peut-être des sonorités ? [ndla : notons la bonne volonté des artistes qui, peinés par l’échec de l’interviewer, essaient quand même de lui donner raison].

IRIS : C’est peut-être l’époque aussi ? La période d’enregistrement non?

ARM : Ben non, « Derrière Moi » je l’ai fait plus tard, « Les Courant Forts » on l’a fait en réalité 3 ans avant qu’il ne sorte [ndla : la bonne volonté ne suffit pas…]

CHH : Moi ce qui m’a frappé en écoutant ces deux projets, c’est qu’on retrouve Psykick Lyrikah de « Des Lumières Sous La Pluie », mais en un peu plus mûr. On revient sur quelque chose d’un peu plus « rap » [ndla : l’interviewer essaie de retomber sur ses pieds].

ARM : Oui je vois ce que tu veux dire. Le fil conducteur qui t’amène à penser ça c’est le côté « instru rap », avec une mise en avant des textes. Et c’est vrai qu’entre « Actes », « Vu d’Ici », et les projets de théâtre qu’on a pu faire, à un moment donné c’était un peu flou. Et très rock aussi. Alors là oui, effectivement, il y’a peu être un peu de ça, un retour.

CHH : Un retour mais pas un aboutissement.

ARM : Non pas un aboutissement. Même si « Derrière Moi » est une pierre importante sur la route. C’est à ce moment qu’il y a une grosse bifurcation et que je décide de prendre un chemin particulier. Et donc d’en laisser tomber un ou deux, parce qu’on n’a pas le temps de tout faire.

CHH : Mais ça va rester Psykick Lyrikah ?

ARM : Ça reste Psykick Lyrikah. « Derrière moi » a apporté un truc par rapport à la couleur, à la grosseur du son. Aujourd’hui j’ai envie de faire des trucs qui cognent, parce que c’est ce que j’écoute, c’est ce que j’aime. Des morceaux calmes, très intimistes j’en ai fait beaucoup. Aujourd’hui je suis dans une énergie un peu plus Rock’n Roll, j’ai envie que ce soit plus fat. Dans « Derrière Moi », je me suis peut-être un peu décomplexé par rapport à ça. J’ai pleinement assumé le truc, et aujourd’hui, on va dire que plus grand chose ne me fait peur [rires].

CHH : Pour la question suivante ça tombe très bien puisqu’Iris est ici. Comment est né ce projet commun « Les Courants Forts » ? Iris apparaissait déjà sur « Vu d’Ici » (2008)

ARM : On s’est rencontré lors de la tape « Soulsodium » (2006), la compilation de Kamasoundtracks [ndla : chroniqué sur le site à l’époque de ça sortie] .

CHH : Donc c’était par hasard ? on vous a proposé de travailler ensemble ?

IRIS : Moi j’avais rencontré les mecs de Kamasoundtracks pour un projet qui s’appelle Homestretch. Ils m’avaient invité pour un morceau car parallèlement à ça ils avaient des potes à eux qui faisaient la distribution de mon premier maxi avec ParaOne [ndla : « Ciel Ether », 2003 avec Flynt, Sept et Lyricson]. Ils m’ont invité pour ce projet, « The Homestretch », et à partir de là on a commencé à combiner nos connexions. Ils voulaient faire un autre projet un peu plus rap, avec d’autres rappeurs. Moi je connaissais Sept, Soklak, que j’ai ramené, et Grems, qui connaissait Arm. Du coup ils ont appelé Arm et on s’est retrouvé, avec Loop, à 6 ou 7.

ARM : C’était vraiment un album de beatmaker qui ont invité 5 rappeurs.

IRIS : Voila, c’était un mix de connaissances communes.

ARM : Avec Iris on ne se connaissait pas. Je connaissais Sept et Grems, mais je ne connaissais ni Soklak ni Loop, ni Iris.

IRIS : Et c’est vrai que rapidement on a vu que musicalement il y avait une connexion possible.

ARM : Oui, très vite on a vu que si il y avait une connexion à faire avec moi dans le disque ce serait avec Iris, il y avait une sorte d’évidence. Et humainement aussi.

CHH : Et ça a donné Métronome.

IRIS : Voilà, on a fait Métronome. Mais ce qui est marrant c’est que la « pseudo » thématique de Métronome a lancé toute la thématique de « Les Courants Forts ». Un truc sur le temps, qui c’est transformé après, mais on a creusé ce thème là qui était récurrent dans ce qu’on écrivait.

ARM : Et à la fin de Soul Sodium on s’est dit avec les gars qu’on ferait bien un projet Iris/Arm, tous les deux, avec eux qui feraient les beats. Mais le collectif a plus ou moins explosé, alors on s’est retrouvé à collecter des beats un peu partout. Iris avec ses connexions, moi les miennes. On a ramené des choses du côté de Paris, des trucs du coté d’Abstrackt Keal Agram.

IRIS : C’est ça qui est bien, il y’a vraiment un bon mélange. Mais c’est pour ça que je suis étonné de ce que tu as dit aussi tout à l’heure [ndla : le fameux passage où le fan avait cru tout comprendre, on y revient]. Pour moi Psykick c’est Psykick. Au point que quand Arm m’invite sur ses albums, quand je travaille sur ses albums, je suis « en mode » Psykick Lyrikah. Même dans mon écriture, même les instrus sont différentes. Pour moi « Les Courants Forts » c’est vraiment un truc à deux, très à part. C’est étonnant que tu les associes.

CHH: Ça doit dépendre aussi de l’époque et de la façon dont je les ai écoutés [ndla : l’interviewer déclare forfait ?].

ARM : Faut dire aussi qu’après t’es face à un truc qui n’appartient plus du tout à l’artiste. Par exemple pour nous au début « Les Courants Forts » c’était un album très éclaté, qui partait un peu dans tous les sens. Et la première chose qui a été soulignée pour cet album c’est sa cohérence.

IRIS : Pour nous c’était plein de couleurs différentes.

CHH : Peut-être aussi qu’en tant qu’auditeur, pour qualifier un album, on va se raccrocher à ce qu’on connaît et qu’on a l’habitude d’entendre de vous. Et quand on écoute Iris et Arm sur des sons un peu trip hop, planants, et tristes on va dire « Les Courants Forts c’est ça », en lui attribuant une couleur qui répond aux attentes qu’on a, quitte à mettre peut-être certaines choses de côté [ndla : c’était la dernière tentative de justification du bien fondé du point de vue du fan qui en réalité n’avait vraiment rien compris]. Pour continuer : parler avec Arm donne forcement envie de parler d’écriture, sachant que c’est une des choses qui saute le plus au yeux, ou aux oreilles plutôt, lorsqu’on écoute Psykick. Quel est ton rapport à ça, à l’écriture?

ARM : à l’opposé probablement de l’idée que les gens peuvent en avoir. On peut ressentir l’album comme quelque chose de très dense, de très écrit, alors que j’ai un rapport à l’écriture totalement en dilettante. Je le dis depuis toujours mais c’est vraiment le cas. J’écris seulement quand j’ai envie d’écrire une chanson. Quand j’ai un beat qui me plaît, j’écris. Et comme j’écris rapidement, je peux écrire un pavé en une nuit et ça ne bouge plus, ça fait une chanson. Je ne ressens pas ce besoin d’écrire tout le temps. Je crois que j’aime écrire des chansons. C’est pas tant « écrire », que « écrire des chansons ». C’est un rapport assez distrait, même si quand je m’y mets, c’est à fond.


« […] le ‘puzzle de mots et de pensées’ comme dirait l’autre.»


CHH : Comment tu te positionnes par rapport à ces textes? même si tu les écris rapidement, en dilettante, c’est quand même un peu mettre un morceau de toi, les thèmes que tu abordes sont assez intimistes…

ARM : Bien sur, quand t’enclenches le mode « écriture » tu mets une partie de toi en veille. Et y’en a qui écrivent ici, ils le savent [ndla : Iris est dans les locaux, mais aussi Sept qui est entré quelques instants auparavant]. On se sert de ça pour raconter des choses qu’on ne raconte pas dans la vie de tous les jours, ou qu’on dit mal. Et évidemment ressortent toutes les maladresses, tous les trucs ratés, toutes les frustrations, tous les trucs bien aussi. T’es dans un autre ‘mode’.

CHH : Tu le ressens quand tu réécoutes ce que tu fais?

ARM : Oui je le ressent. Oui du coup c’est un peu schizophrène, quand je ré-écoute les morceaux je ne suis plus dans cet état là. Du coup je suis un peu distant, extérieur au texte. Mais je trouve ça intéressant. Et ne pas trop disséquer tout ça je trouve c’est pas mal aussi.

CHH : Une écriture avec très peu de sens au final…

ARM : Oui, très impulsif, le « puzzle de mots et de pensées » comme dirait l’autre. On a tous un peu ce rapport très impulsif avec l’écriture. Parfois très écrit, parfois juste une vulgarité entre deux mots. On écrit pas de la poésie ou des romans.

SEPT : Pas tous !


« Mais à un moment donné je me suis senti prisonnier de cette image. Et ça m’a vraiment fait chier. »


CHH : Dans tes textes aussi il y a une certaine tristesse, un peu de pessimisme, un côté, « mec seul au bar ». Pourtant quand on connaît bien l’univers Psykick on sent que le message au fond n’est pas forcement négatif.

ARM : Peut-être que sur les premiers disques, sur « Des Lumières Sous la Pluie » (2004), il y a un côté un peu adolescent dans l’écriture. L’adolescent pas hyper bien, qui veut foutre la merde, qui se sent pas trop à sa place,il  y’a peut-être un peu de ça…

CHH [coupe] : C’est une analyse qui marche aussi pour Iris d’ailleurs

ARM [reprend] : Il y’a peut-être une sorte de mélancolie qui fait partie de nos caractères. Mais à un moment donné je me suis senti prisonnier de cette image. Et ça m’a vraiment fait chier. J’avais l’impression de me mentir par rapport à ce que j’étais dans la vie de tous les jours. Et la vie avançant, sachant que je suis quelqu’un de résolument optimiste et de plutôt combatif, je me suis dit qu’il allait falloir que je l’intègre un peu dans mes textes. Du coup ces derniers sont peut-être devenus un peu plus agressifs, un peu moins soutenus. Cette agressivité traduit probablement cette envie d’être moins mélancolique, moins solitaire. Après, on peut pas se mentir non plus, c’est forcément une partie de moi qui existe. On n’est pas Magic System, on est d’accord.


« C’est peut-être aussi grâce à ça qu’on n’a pas besoin d’aller chez le psy. »


CHH : À l’image du thème du temps, que vous abordez avec Iris. Vous ne l’abordez pas dans une optique de « Super ! il va faire beau demain ». Globalement c’est quand même assez pessimiste et fataliste.

ARM : C’est peut-être aussi que c’est plus facile d’appuyer ce côté là des choses. Est-ce qu’on ne se met pas à écrire des chansons quand on a un peu de vague à l’âme et qu’on veut coucher ça sur feuille ? C’est peut-être un moment ou tu écris plus souvent. Tu te dis « tiens, ce soir j’ai rien à faire, j’suis un peu machin » et c’est ça qui ressort dans les textes.

SEPT [qui a senti poindre son heure] : Mais c’est la merde aussi en ce moment ! T’as un cerveau, il se passe des choses, tu les analyses. C’est la merde Loïc [ndla : prénom de Arm] ! mis à part Dave, je vois pas qui pourrait être optimiste !

IRIS : Je pense aussi qu’on analyse vachement moins les choses que… que toi par exemple [ndla : toi l’interviewer, qui analyse beaucoup et en plus n’importe comment] ou d’autres gens qui écoutent notre musique.

ARM : Et ça rejoint un peu ce que je te disais tout à l’heure, quand on crée on est en mode « off ». Et subitement c’est… c’est peut-être aussi grâce à ça qu’on n’a pas besoin d’aller chez le psy.

CHH : Ça m’amène à autre chose. Ces textes, assez sombre, tristes, je les trouve beaucoup dans la continuité de toute une tradition de la chanson française, du chanteur français qui chante la tristesse, le temps qui passe…

ARM : Tu trouves?

CHH : Oui

SEPT : Léo, Brel…


« Difficile de ne pas être impressionné par l’écriture de Brel. »


CHH : Voilà, Léo Ferré, Brel…

ARM : Brel, ouai Brel… difficile de ne pas être impressionné par l’écriture de Brel. Peut-être… peu-être que les chansons tristes ça a de la gueule. Moi « Les Vieux » de Brel, j’adore l’écouter. Pourtant elle est très triste. Comme certaines chansons de Reggianni.

CHH : Voilà je pensais à ça, Reggianni, les gars qui sont derrière leur bar et qui sont tristes.

ARM : Oui, mais c’est juste une peinture de l’instant, ce ne sont pas des bilans de vie. Peut-être pour certains qui ont mal fini ou qui n’étaient pas bien dans leur vie. Ce serait presque plutôt comme allez voir un film. Après, dans les chanteurs actuels je ne me retrouve plus trop. Dans les choses un peu abstraites ils sont peu nombreux. Cantat était là dedans, avec un vrai écriture. Aujourd’hui t’as un mec [rire] — bon je parle d’écriture hein — mais t’as un mec comme Bertrand Belin que j’aime beaucoup. Faudra que tu écoutes un album qui s’appelle Hypernuit, où finalement tout le disque tu te laisses porter par la musicalité des mots et tu sais même pas ce qu’il raconte du début à la fin du disque.

CHH : Comme Bashung.

ARM : Ouai comme Bashung. Par contre le côté, « on raconte le quotidien des choses », genre les Bénabar, etc., ça c’est vraiment pas mon délire. Ça je m’emmerde profondément.


« C’est juste une peinture de l’instant, ce ne sont pas des bilans de vie. »


CHH : Et pour revenir à cette idée de « tradition », qu’on retrouve aussi un peu dans le cinéma français, « on va faire un film de deux heure en noir et blanc pour parler de choses tristes »…

ARM : C’est chiant.

CHH : Ce côté chanson française : « on va faire des textes bizarres mais soignés dans la mélancolie »…

ARM [coupe] : Tu penses que c’est une esthétique propre à la tradition française?

CHH [vient de se faire piéger] : Hum, je ne sais pas…

SEPT : On te fera remarquer que tu ne connais pas la tradition Islandaise.

CHH : Peut-être… En tout cas dans ce que j’écoute…

ARM :Tiens, j’ai fait écouter un morceau de rap français à un pote récemment, un mec qui s’appelle Vîrus.

SEPT : Lequel? V.I?

ARM : I tréma, Rouen ouai. Et ben son dernier EP « Faire Part » [ndla : qui venait juste de sortir à l’époque de l’interview] j’ai vraiment kiffé. Je connaissais ce qu’il faisait, hein, et je trouvais ça super, mais je n’arrivais pas à rentrer dedans. Il me manquait encore une clef. Là, je suis rentré complètement dedans. Et donc, je faisaits écouter le morceau « Des Fins », qui est absolument magnifique, à mon pote qui me disait — à juste titre : « le rap français, là ou il est très fort, c’est toujours dans la mélancolie ». Et effectivement, peut-être qu’on a ce truc qui est très rap français. La petite boucle de piano, le maman je t’aime, chérie tu es partie.

SEPT : Le poète maudit.

CHH : Voilà, le poète maudit, c’est de ça que je voulais parler par rapport à la chanson française.

ARM : Ouai chanson française, tradition romantique, c’est toute une tradition littéraire aussi.

CHH : Et justement, ce côté poète maudit, on en parle pour toi et Vîrus là, mais dans le reste du milieu du rap comment tu perçois l’influence de cet héritage  » chanson française  » ?

ARM : J’ai pas l’impression qu’elle soit très visible dans le rap d’aujourd’hui. Ce qui marche c’est une certaine superficialité des textes, un côté très « rien à branler ».

CHH : Mais ça reste?

IRIS : Il y’a milles strates aussi.

SEPT : C’est ça le truc, il existe tellement de Strates ! C’est comme le Rock, tu as le vieux rock, le rockabilly.

ARM : Ouai entre Motorhead et Radiohead : rien à voir. Motorhead c’est un peu l’étiquette Guitare Électrique.

[Quelques phrases pendant lesquelles l’interviewer se réjouit qu’on parle de Vîrus (@rayondufond) car il l’a fait jouer en concert et où Sept explique à Arm que l’autre Veerus est un petit jeune de Dunkerke très bon et qu’il soutient à 200%]

CHH : Sinon toi tu écoutes encore du rap français un peu ? [Rire d’un peu tout le monde, Iris imite Arm « Ouai j’écoute Iam, NTM… »]

ARM : Non, je n’écoute pas beaucoup de chose, je n’ai pas la culture rap que peut avoir Sept par exemple. J’écoute peu de chose en français. J’écoute Casey, j’écoute La Rumeur. J’aime bien Rocé, ces trucs là.

CHH : Mais si on te demande qu’est-ce que t’écoutes comme style de musique tu réponds quoi?

ARM : Le rap que j’écoute il est principalement américain donc j’écoute très peu de choses, mais j’aime bien citer les rappeurs français que j’écoute. Là j’ai rencontré un groupe suisse qui défonce qui s’appelle Murmures Barbares, il faut aller écouter ça  !

CHH : Bon j’ai bientôt terminé, et comme je le disait au début, Psykick, même si c’est un peu « par défaut », est devenu un « pilier » du rap français.

[Sept, qui n’était pas là au début de l’interview, acquiesce vigoureusement. S’ensuit une parenthèse pendant laquelle Iris explique à Sept pourquoi j’avais dit que Psykick Lyrikah pouvait être considéré comme un Pilier du rap français. Je ré-itère mon assertion en l’appuyant cette fois d’une comparaison avec les sorties de Rocé, Arm rétorque que ça va surtout dépendre de la personnalité et du caractère de l’artiste et Miles (@Mileskabal) prend le contre exemple du grand nombre de « pontes » du rap fr qui n’ont fait qu’un album, cf les X-Men. Iris me soutien en rappelant que Psykick Lyrikah c’est un album tous les deux ans et Sept conclu brillamment en disant que un album tous les deux ans, c’est mieux que Laurent Voulzy.]

CHH : Pour revenir au début de la question, si certains te voient comme un pilier du rap français, est-ce que toi tu te considères encore comme un rappeur et comment tu te situes dans ce rap français.


« Rap + Français = Rap Français » extrait de : les Mathématiques selon Sept, juin 2013


ARM : C’est une question que je me pose pas du tout. J’ai pas l’impression de me positionner quelque part dans le rap français. Des rappeurs, oui j’en connais, c’est des potes…

SEPT [qui le coupe] : Mais toi, tu fais du peura?

ARM : Ouai…

SEPT : T’es français?

ARM : Ouai.

SEPT : Alors tu fais du rap français  !

[rires]

ARM : Évidemment si on parle du certaine exigence musicale, d’une couleur musicale, on est plus proche d’une Casey, d’un Vîrus, d’un Sept ou d’un Iris.


 Soit la personne kiffe le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas, soit elle aime pas le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas.


CHH : Ma question portait plus sur ton ressenti personnel. Si on te demande « Tu fais quoi comme boulot ? » est-ce que tu réponds « rappeur français » ?

ARM : alors ça c’est très délicat. Quand je dois expliquer à quelqu’un qui ne connaît absolument pas ma musique, qui connaît Loïc, mais qui ne connaît pas Arm, c’est toujours délicat de dire « je suis rappeur ». Qu’est-ce que tu vas dire à ton banquier, à la boulangère, ou à la petite meuf que tu rencontres un soir et qui t’expliques sa vie, « Et toi tu fais quoi ? – Ben je fais du rap ». Soit la personne kiffe le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas, soit elle aime pas le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas.

CHH : Quoiqu’il arrive elle ne comprendra pas.

Iris : La question est d’autant plus pertinente que Loïc, à la différence de nous [ndla : Iris et Sept], vie de sa musique, en tous cas de son activité artistique.

ARM : Mais j’ai envie de plein de choses aussi. Je fais des ateliers d’écriture, je bosse un peu dans le théâtre, j’écris des musiques… et il y a Psykick, qui n’est qu’une partie de ces choses. Du coup je ne me vois pas trop comme… Enfin je ne sais pas, je n’ai pas trop réfléchi à ces questions là. Quoiqu’il arrive, quand tu dis que tu fais du rap, c’est toujours un peu difficile.

IRIS : Mais tu vis de ta musique…

SEPT : Moi j’appelle pas ça « rap français », j’appelle ça du rap « en français ». J’aime bien dire rap « en français ». Rap français ça peut avoir une connotation un peu négative, mais pour moi dans ma tête c’est du rap. Qu’il soit en français ou en coréen.

IRIS : Mais ça veut rien dire en fait  ! Pour moi c’est comme parler de « chanson française ». Tu mets des Bénabar avec Brassens et Brel. Ok! met les ensemble si tu veux mais bon… En vrai il y’a tellement de courant différents! et en même temps tout le monde participe à créer et faire vivre cette musique.

ARM : Tu peux définir ça comme musicien au final. Ou auteur. Auteur-compositeur ouai. Souvent je dis « Je suis auteur-compositeur. – Tu fais quoi ? – J’ai un projet musical un peu electro, un peu rap. » ça marche. Alors que malheureusement, tu peux facilement passer pour un idiot quand tu dis que tu fais du rap. Et même quelqu’un qui connaît va vite essayer de te mettre dans un case ; « Ah tu fais du rap ? Plutôt hardcore ? »

SEPT : « Plutôt Mafia K’1 fry ? »

ARM : « Ah non pas hardcore ? attend alors plutôt MC Solaar ? »

[rires]

SEPT : Et toi tu sais jamais ou te placer alors qu’en fait si tu écoutais, si tu savais ce qu’on fait…

ARM : Voilà moi quand on me demande ce que je fais je donne des liens et je dis va écouter ce que je fais sur internet, on en discute après. Si on doit se présenter chaque fois, avec tout le bordel qu’il y a…

IRIS : Et comme on a des egos assez démesurés et qu’on s’imagine faire de la musique assez unique, tu comprends. [rires]

ARM : Il y a peut-être aussi une certaine humilité de caractère qui fait qu’on n’est pas forcement à dire partout « Ouai, je fais du rap, je fais de la musique… Ouai je suis musicien… » La vie de tous les jours c’est pas ça.

SEPT : C’est vrai que cette question est intéressante parce qu’au final c’est dingue ! toi c’est ce que tu fais, ce que t’es. Et quand tu rencontres quelqu’un qui ne te connais pas, qui ne sais pas ce que tu fais, tu ne lui diras pas…

ARM : Mais quand les gens viennent te voir en concert là c’est bon ! La personne a écouté, elle sait ce que tu fais, tu peux commencer à discuter. Si il n’y a pas eu d’écoute d’albums ou de titres, c’est compliqué.

Je tiens à remercier Kora et toute l’équipe du festival Paris Hip Hop pour m’avoir permis d’assister aux concerts et de mener à bien cette interview, en supportant mon a-professionnalisme. Un grand merci à Arm, Iris, Sept et Miles pour avoir su combler les lacunes d’une interview à trou. J’en profite aussi pour remercier Gabriel de l’émission Sous-Culture (@SousCulture) qui a eu la naïveté de croire comme moi qu’à 00h30 le A aurait à peine commencé son show et avec qui on s’est retrouvé bien con devant un Glazart bien fermé.

Syka (@syka_tts)

P.S: Les plus perspicaces d’entre vous n’auront manqué de relever qu’entre ‘fin novembre’ et juin, il y a pas mal d’écart. Veuillez m’excuser de ces délais qui transforment une actu fraîche et estivale en pétard humide et froid de fin d’année. Entre temps de l’eau a coulé sous les ponts et un nouveau projet de Psykick Lyrikah est sorti, projet qu’on ne peut que vivement vous inviter à écouter (http://psykicklyrikah.bandcamp.com/) !

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Interview Psykick Lyrikah
novembre 23, 2013 (No Comments) by Syka

Juin 2013 : l’association Hip Hop Citoyen nous régale d’une quinzaine estivale boostée au double H sous toutes ses formes : le festival Paris Hip Hop. Rap Français, US, danse, graff… de quoi ravir les amateurs de tous styles et tous horizons. Votre webzine favori (qui parfois, ne l’oublions pas, réussi encore à force de passion à s’offrir le luxe du papier) ne pouvait passer à côté de ce rendez-vous. Armés des connexions obscures des fondateurs du site, avec plus ou moins de réussite compte tenu de la rigueur et du professionnalisme de certains chroniqueurs (moi), on finira par obtenir quelques invites, avec possibilité d’en profiter pour interviewer les artistes.

Ça tombe bien, le 26 juin Psykick Lyrikah passe en première partie de Odezenne au Mains d’Oeuvres, petite salle associative à Saint Ouen. L’occasion parfaite pour revenir avec Arm –le chanteur/moteur de Psykick depuis les débuts du groupe– sur son parcours, sur sa musique, sur le rap… Le même soir, et dans un style quasi diamétralement opposé –si tant est qu’on puisse géométriser l’espace rapologique– il y avait Aelpéacha et A2H à la plage du Glazart. Bien que tiraillé par deux affiches de qualité, c’est probablement poussé par un amour propre pointé comme une lance vers l’obscure le tordu, que ma route prend la direction de Saint Ouen. Au final, une interview qui, à défaut d’avoir été préparée avec une ligne directrice claire ou des objectifs précis, pourra peut-être (espèrons-le), satisfaire aussi bien les fins connaisseurs du groupe, les amoureux du rap, que les simples curieux adeptes de musique en général.

Des Lumières Sous La Pluie

CHH : Des lumières sous la pluie, ça va faire 10 ans. En sachant que j’allais t’interviewer j’ai réfléchi à ça et j’ai réalisé qu’avec dix ans d’activité, en comptant l’album avec Iris, ça fait quasiment un album de qualité tous les deux ans. On pourrait qualifier Psykick de pilier du rap français.

ARM : Merci c’est gentil ! Enfin en terme de nombre de sorties peut-être, en terme de visibilité c’est autre chose.

 


« C’est un travail qu’on essaye de faire sur la longueur, un travail de fond. »


CHH : Certes, pas forcement pour le grand public, mais si l’on prend en compte l’impact de chaque sortie sur les gens qui te suivent, et sur la régularité de ces sorties, c’est un groupe « pilier » du rap français non? Tu peux le sentir ça?

ARM : Je ne vais pas te cacher qu’au quotidien ce n’est pas quelque chose que je calcule vraiment. Pilier… Oui, en terme de régularité de sorties, peut-être. Peut-être aussi que ce sont des albums qui comptent pour des gens, mais très honnêtement, sans jouer le faux modeste, on a une visibilité assez réduite. Rien que de par les structures avec lesquelles on sort nos disques, nos moyens… Après si c’est le cas pour certaines personnes je trouve ça super, mais il y’a encore du taf ! C’est un travail qu’on essaye de faire sur la longueur, un travail de fond.

CHH : Et ça paie ! Moi-même tu m’aurais dit, il y a deux ans et sans que je réfléchisse à la question, je n’aurai jamais cité Psykick Lyrikah comme un pilier du rap français. Mais en regardant de plus près je pense que si, ça l’est devenu.

ARM : Peut-être aussi que les groupes de rap en France sont peu à tenir 10 ans. Il se trouve aussi que Psykick Lyrikah est un faux groupe qui n’a pas arrêté de changer. Finalement, depuis la formation du début, il n’y a plus que moi.

CHH : Ce qui m’amène à la question suivante : pour ceux qui ne te connaissent pas, qu’est-ce que c’est « Psykick Lyrikah »?

ARM : C’est né vraiment comme un trio. Avec un DJ de bordeaux [ndla : Dj Remo], un beatmaker rennais [ndla : Mr Teddybear] et moi. On a fait cette cassette, « Lyrikal Teknik », sortie en 2003, vraiment comme le produit d’un trio avec un MC, un DJ et un beatmaker. Puis pour « Des Lumières sous la pluie » [ndla : premier album de Psykick sorti en 2004] il y avait déjà un DJ en moins. Cette fois c’était un album à deux. Après nos routes avec Teddy se sont séparées. On a ensuite mis beaucoup de temps à sortir autre chose, et quand on est revenu c’est avec un truc complètement différent, le projet Guitare-Voix avec Olivier Mellano [ndla : Actes sortie en 2007]. J’ai vraiment du mal à dire que Psykick est un groupe.

CHH : Et pourtant il y a un nom qui est là depuis maintenant plus de 10 ans.

ARM : C’est comme si à chaque disque je faisais des projets avec des gens. Deux projets avec Teddy, un projet avec Mellano, un projet un peu tout seul… Voilà c’est…

IRIS [qui était dans la salle et restera tout au long de l’interview, coupe] : C’est toi.

ARM : Ouai c’est un peu moi.


« Si j’y avais pensé dès le début j’aurais trouvé un blase bien identifiable et je serais resté là dessus. »


CHH : Mais c’est pas ARM? [ndla : l’interviewer sent qu’il a touché le point schizophrénique de l’artiste]

ARM : Beeeeen non… [ndla : l’interviewé soupir un peu, pour éviter d’assumer la schizophrénie mise à jour] en vrai tu penses pas à tous ça au début. Si j’y avais pensé dès le début j’aurais trouvé un blase bien identifiable et je serais resté là dessus. Je te cache pas, ça pose des problèmes de communication. Toi tu sais, tu connais les projets, mais souvent les gens pensent que Psykick Lyrikah c’est un groupe. Que moi, Arm, je suis au texte, que Robert le Magnifique fait la musique et qu’Olivier Mellano fait les guitares. En vérité ça ne se passe pas comme ça. Aujourd’hui on se retrouve tous les trois sur scène [ndla : la formation du groupe au moment de l’interview lors de leur passage sur scène à Paris Hip Hop le 26 juin 2013], mais on passe pas notre temps en studio pour composer des chansons.

CHH : Oui, et les gens qui connaissent Psykick savent (et tu le dis souvent en interview), que ce n’est pas vraiment un groupe mais un « projet » (je crois bien que c’est toi qui l’a appelé comme ça ?).

ARM : Oh ça ce sont les communiqués de presse, le fameux « projet à géométrie variable ». Ça fait 10 ans qu’elle traîne cette appellation. ‘Projet’, ça fait comme si on avait un projet qui sera éphémère, alors qu’il y’a vraiment une volonté de pérennité derrière Psykick.

CHH : On pourrait parler d’une exploration musicale ?

ARM : C’est ça. Personnellement j’ai des goûts musicaux variés et larges, et j’aime tellement faire de la musique que j’ai du mal à garder « une » identité. J’essaye quand même de faire des choses cohérentes et j’ai pas non plus le temps de faire totalement autre chose (par exemple, si j’avais le temps de faire un album avec, disons, uniquement des instruments, même en oubliant les textes, je le ferai). Alors j’essaie de m’en tenir à un projet cohérent, avec de la chanson, un groupe de rap, même si chaque album s’inspire de mon évolution.

CHH : Si on prend Psykick comme une exploration parmi tout ce que t’as envie de faire, « Derrière moi » (2011) et le projet avec Iris [ndla : « Les Courants Forts », sortie en 2010 sur le label LZO record] sont un peu l’aboutissement de cette exploration, non? En tant que fan j’ai vraiment le sentiment, en écoutant ces disques, d’entendre le point culminant d’un style de rap qui s’est trouvé [ndla : donc là c’est la question du fan persuadé d’avoir compris l’artiste].

Les Courants Forts?

ARM : Ouai, moi je les vois plutôt comme des étapes [ndla : la douche froide]. À un moment donné on se retrouve avec Iris, ou avec Mellano, on fait un projet, c’est au milieu de la route. Iris à d’autres projets de son côté, j’ai d’autres projets du mien, on se retrouvera peut-être un jour pour faire quelque chose. Le projet avec Iris, on l’a vraiment perçu comme un projet « à côté » de ce qu’on avait l’habitude de faire et non comme un aboutissement.

CHH : Pourtant, personnellement, le projet avec Iris et « Derrière Moi », j’ai du mal à les dissocier. On retrouve Iris beaucoup sur « Derrière Moi » [ndla : le fan persiste à croire qu’il a compris et cherche à justifier].

ARM : Sur un seul morceau finalement.

CHH : Sur un seul son? ah… [ndla : justification échouée]

IRIS : Oui oui…

ARM : Ça vient peut-être des sonorités ? [ndla : notons la bonne volonté des artistes qui, peinés par l’échec de l’interviewer, essaient quand même de lui donner raison].

IRIS : C’est peut-être l’époque aussi ? La période d’enregistrement non?

ARM : Ben non, « Derrière Moi » je l’ai fait plus tard, « Les Courant Forts » on l’a fait en réalité 3 ans avant qu’il ne sorte [ndla : la bonne volonté ne suffit pas…]

CHH : Moi ce qui m’a frappé en écoutant ces deux projets, c’est qu’on retrouve Psykick Lyrikah de « Des Lumières Sous La Pluie », mais en un peu plus mûr. On revient sur quelque chose d’un peu plus « rap » [ndla : l’interviewer essaie de retomber sur ses pieds].

ARM : Oui je vois ce que tu veux dire. Le fil conducteur qui t’amène à penser ça c’est le côté « instru rap », avec une mise en avant des textes. Et c’est vrai qu’entre « Actes », « Vu d’Ici », et les projets de théâtre qu’on a pu faire, à un moment donné c’était un peu flou. Et très rock aussi. Alors là oui, effectivement, il y’a peu être un peu de ça, un retour.

CHH : Un retour mais pas un aboutissement.

ARM : Non pas un aboutissement. Même si « Derrière Moi » est une pierre importante sur la route. C’est à ce moment qu’il y a une grosse bifurcation et que je décide de prendre un chemin particulier. Et donc d’en laisser tomber un ou deux, parce qu’on n’a pas le temps de tout faire.

CHH : Mais ça va rester Psykick Lyrikah ?

ARM : Ça reste Psykick Lyrikah. « Derrière moi » a apporté un truc par rapport à la couleur, à la grosseur du son. Aujourd’hui j’ai envie de faire des trucs qui cognent, parce que c’est ce que j’écoute, c’est ce que j’aime. Des morceaux calmes, très intimistes j’en ai fait beaucoup. Aujourd’hui je suis dans une énergie un peu plus Rock’n Roll, j’ai envie que ce soit plus fat. Dans « Derrière Moi », je me suis peut-être un peu décomplexé par rapport à ça. J’ai pleinement assumé le truc, et aujourd’hui, on va dire que plus grand chose ne me fait peur [rires].

CHH : Pour la question suivante ça tombe très bien puisqu’Iris est ici. Comment est né ce projet commun « Les Courants Forts » ? Iris apparaissait déjà sur « Vu d’Ici » (2008)

ARM : On s’est rencontré lors de la tape « Soulsodium » (2006), la compilation de Kamasoundtracks [ndla : chroniqué sur le site à l’époque de ça sortie] .

CHH : Donc c’était par hasard ? on vous a proposé de travailler ensemble ?

IRIS : Moi j’avais rencontré les mecs de Kamasoundtracks pour un projet qui s’appelle Homestretch. Ils m’avaient invité pour un morceau car parallèlement à ça ils avaient des potes à eux qui faisaient la distribution de mon premier maxi avec ParaOne [ndla : « Ciel Ether », 2003 avec Flynt, Sept et Lyricson]. Ils m’ont invité pour ce projet, « The Homestretch », et à partir de là on a commencé à combiner nos connexions. Ils voulaient faire un autre projet un peu plus rap, avec d’autres rappeurs. Moi je connaissais Sept, Soklak, que j’ai ramené, et Grems, qui connaissait Arm. Du coup ils ont appelé Arm et on s’est retrouvé, avec Loop, à 6 ou 7.

ARM : C’était vraiment un album de beatmaker qui ont invité 5 rappeurs.

IRIS : Voila, c’était un mix de connaissances communes.

ARM : Avec Iris on ne se connaissait pas. Je connaissais Sept et Grems, mais je ne connaissais ni Soklak ni Loop, ni Iris.

IRIS : Et c’est vrai que rapidement on a vu que musicalement il y avait une connexion possible.

ARM : Oui, très vite on a vu que si il y avait une connexion à faire avec moi dans le disque ce serait avec Iris, il y avait une sorte d’évidence. Et humainement aussi.

CHH : Et ça a donné Métronome.

IRIS : Voilà, on a fait Métronome. Mais ce qui est marrant c’est que la « pseudo » thématique de Métronome a lancé toute la thématique de « Les Courants Forts ». Un truc sur le temps, qui c’est transformé après, mais on a creusé ce thème là qui était récurrent dans ce qu’on écrivait.

ARM : Et à la fin de Soul Sodium on s’est dit avec les gars qu’on ferait bien un projet Iris/Arm, tous les deux, avec eux qui feraient les beats. Mais le collectif a plus ou moins explosé, alors on s’est retrouvé à collecter des beats un peu partout. Iris avec ses connexions, moi les miennes. On a ramené des choses du côté de Paris, des trucs du coté d’Abstrackt Keal Agram.

IRIS : C’est ça qui est bien, il y’a vraiment un bon mélange. Mais c’est pour ça que je suis étonné de ce que tu as dit aussi tout à l’heure [ndla : le fameux passage où le fan avait cru tout comprendre, on y revient]. Pour moi Psykick c’est Psykick. Au point que quand Arm m’invite sur ses albums, quand je travaille sur ses albums, je suis « en mode » Psykick Lyrikah. Même dans mon écriture, même les instrus sont différentes. Pour moi « Les Courants Forts » c’est vraiment un truc à deux, très à part. C’est étonnant que tu les associes.

CHH: Ça doit dépendre aussi de l’époque et de la façon dont je les ai écoutés [ndla : l’interviewer déclare forfait ?].

ARM : Faut dire aussi qu’après t’es face à un truc qui n’appartient plus du tout à l’artiste. Par exemple pour nous au début « Les Courants Forts » c’était un album très éclaté, qui partait un peu dans tous les sens. Et la première chose qui a été soulignée pour cet album c’est sa cohérence.

IRIS : Pour nous c’était plein de couleurs différentes.

CHH : Peut-être aussi qu’en tant qu’auditeur, pour qualifier un album, on va se raccrocher à ce qu’on connaît et qu’on a l’habitude d’entendre de vous. Et quand on écoute Iris et Arm sur des sons un peu trip hop, planants, et tristes on va dire « Les Courants Forts c’est ça », en lui attribuant une couleur qui répond aux attentes qu’on a, quitte à mettre peut-être certaines choses de côté [ndla : c’était la dernière tentative de justification du bien fondé du point de vue du fan qui en réalité n’avait vraiment rien compris]. Pour continuer : parler avec Arm donne forcement envie de parler d’écriture, sachant que c’est une des choses qui saute le plus au yeux, ou aux oreilles plutôt, lorsqu’on écoute Psykick. Quel est ton rapport à ça, à l’écriture?

ARM : à l’opposé probablement de l’idée que les gens peuvent en avoir. On peut ressentir l’album comme quelque chose de très dense, de très écrit, alors que j’ai un rapport à l’écriture totalement en dilettante. Je le dis depuis toujours mais c’est vraiment le cas. J’écris seulement quand j’ai envie d’écrire une chanson. Quand j’ai un beat qui me plaît, j’écris. Et comme j’écris rapidement, je peux écrire un pavé en une nuit et ça ne bouge plus, ça fait une chanson. Je ne ressens pas ce besoin d’écrire tout le temps. Je crois que j’aime écrire des chansons. C’est pas tant « écrire », que « écrire des chansons ». C’est un rapport assez distrait, même si quand je m’y mets, c’est à fond.


« […] le ‘puzzle de mots et de pensées’ comme dirait l’autre.»


CHH : Comment tu te positionnes par rapport à ces textes? même si tu les écris rapidement, en dilettante, c’est quand même un peu mettre un morceau de toi, les thèmes que tu abordes sont assez intimistes…

ARM : Bien sur, quand t’enclenches le mode « écriture » tu mets une partie de toi en veille. Et y’en a qui écrivent ici, ils le savent [ndla : Iris est dans les locaux, mais aussi Sept qui est entré quelques instants auparavant]. On se sert de ça pour raconter des choses qu’on ne raconte pas dans la vie de tous les jours, ou qu’on dit mal. Et évidemment ressortent toutes les maladresses, tous les trucs ratés, toutes les frustrations, tous les trucs bien aussi. T’es dans un autre ‘mode’.

CHH : Tu le ressens quand tu réécoutes ce que tu fais?

ARM : Oui je le ressent. Oui du coup c’est un peu schizophrène, quand je ré-écoute les morceaux je ne suis plus dans cet état là. Du coup je suis un peu distant, extérieur au texte. Mais je trouve ça intéressant. Et ne pas trop disséquer tout ça je trouve c’est pas mal aussi.

CHH : Une écriture avec très peu de sens au final…

ARM : Oui, très impulsif, le « puzzle de mots et de pensées » comme dirait l’autre. On a tous un peu ce rapport très impulsif avec l’écriture. Parfois très écrit, parfois juste une vulgarité entre deux mots. On écrit pas de la poésie ou des romans.

SEPT : Pas tous !


« Mais à un moment donné je me suis senti prisonnier de cette image. Et ça m’a vraiment fait chier. »


CHH : Dans tes textes aussi il y a une certaine tristesse, un peu de pessimisme, un côté, « mec seul au bar ». Pourtant quand on connaît bien l’univers Psykick on sent que le message au fond n’est pas forcement négatif.

ARM : Peut-être que sur les premiers disques, sur « Des Lumières Sous la Pluie » (2004), il y a un côté un peu adolescent dans l’écriture. L’adolescent pas hyper bien, qui veut foutre la merde, qui se sent pas trop à sa place,il  y’a peut-être un peu de ça…

CHH [coupe] : C’est une analyse qui marche aussi pour Iris d’ailleurs

ARM [reprend] : Il y’a peut-être une sorte de mélancolie qui fait partie de nos caractères. Mais à un moment donné je me suis senti prisonnier de cette image. Et ça m’a vraiment fait chier. J’avais l’impression de me mentir par rapport à ce que j’étais dans la vie de tous les jours. Et la vie avançant, sachant que je suis quelqu’un de résolument optimiste et de plutôt combatif, je me suis dit qu’il allait falloir que je l’intègre un peu dans mes textes. Du coup ces derniers sont peut-être devenus un peu plus agressifs, un peu moins soutenus. Cette agressivité traduit probablement cette envie d’être moins mélancolique, moins solitaire. Après, on peut pas se mentir non plus, c’est forcément une partie de moi qui existe. On n’est pas Magic System, on est d’accord.


« C’est peut-être aussi grâce à ça qu’on n’a pas besoin d’aller chez le psy. »


CHH : À l’image du thème du temps, que vous abordez avec Iris. Vous ne l’abordez pas dans une optique de « Super ! il va faire beau demain ». Globalement c’est quand même assez pessimiste et fataliste.

ARM : C’est peut-être aussi que c’est plus facile d’appuyer ce côté là des choses. Est-ce qu’on ne se met pas à écrire des chansons quand on a un peu de vague à l’âme et qu’on veut coucher ça sur feuille ? C’est peut-être un moment ou tu écris plus souvent. Tu te dis « tiens, ce soir j’ai rien à faire, j’suis un peu machin » et c’est ça qui ressort dans les textes.

SEPT [qui a senti poindre son heure] : Mais c’est la merde aussi en ce moment ! T’as un cerveau, il se passe des choses, tu les analyses. C’est la merde Loïc [ndla : prénom de Arm] ! mis à part Dave, je vois pas qui pourrait être optimiste !

IRIS : Je pense aussi qu’on analyse vachement moins les choses que… que toi par exemple [ndla : toi l’interviewer, qui analyse beaucoup et en plus n’importe comment] ou d’autres gens qui écoutent notre musique.

ARM : Et ça rejoint un peu ce que je te disais tout à l’heure, quand on crée on est en mode « off ». Et subitement c’est… c’est peut-être aussi grâce à ça qu’on n’a pas besoin d’aller chez le psy.

CHH : Ça m’amène à autre chose. Ces textes, assez sombre, tristes, je les trouve beaucoup dans la continuité de toute une tradition de la chanson française, du chanteur français qui chante la tristesse, le temps qui passe…

ARM : Tu trouves?

CHH : Oui

SEPT : Léo, Brel…


« Difficile de ne pas être impressionné par l’écriture de Brel. »


CHH : Voilà, Léo Ferré, Brel…

ARM : Brel, ouai Brel… difficile de ne pas être impressionné par l’écriture de Brel. Peut-être… peu-être que les chansons tristes ça a de la gueule. Moi « Les Vieux » de Brel, j’adore l’écouter. Pourtant elle est très triste. Comme certaines chansons de Reggianni.

CHH : Voilà je pensais à ça, Reggianni, les gars qui sont derrière leur bar et qui sont tristes.

ARM : Oui, mais c’est juste une peinture de l’instant, ce ne sont pas des bilans de vie. Peut-être pour certains qui ont mal fini ou qui n’étaient pas bien dans leur vie. Ce serait presque plutôt comme allez voir un film. Après, dans les chanteurs actuels je ne me retrouve plus trop. Dans les choses un peu abstraites ils sont peu nombreux. Cantat était là dedans, avec un vrai écriture. Aujourd’hui t’as un mec [rire] — bon je parle d’écriture hein — mais t’as un mec comme Bertrand Belin que j’aime beaucoup. Faudra que tu écoutes un album qui s’appelle Hypernuit, où finalement tout le disque tu te laisses porter par la musicalité des mots et tu sais même pas ce qu’il raconte du début à la fin du disque.

CHH : Comme Bashung.

ARM : Ouai comme Bashung. Par contre le côté, « on raconte le quotidien des choses », genre les Bénabar, etc., ça c’est vraiment pas mon délire. Ça je m’emmerde profondément.


« C’est juste une peinture de l’instant, ce ne sont pas des bilans de vie. »


CHH : Et pour revenir à cette idée de « tradition », qu’on retrouve aussi un peu dans le cinéma français, « on va faire un film de deux heure en noir et blanc pour parler de choses tristes »…

ARM : C’est chiant.

CHH : Ce côté chanson française : « on va faire des textes bizarres mais soignés dans la mélancolie »…

ARM [coupe] : Tu penses que c’est une esthétique propre à la tradition française?

CHH [vient de se faire piéger] : Hum, je ne sais pas…

SEPT : On te fera remarquer que tu ne connais pas la tradition Islandaise.

CHH : Peut-être… En tout cas dans ce que j’écoute…

ARM :Tiens, j’ai fait écouter un morceau de rap français à un pote récemment, un mec qui s’appelle Vîrus.

SEPT : Lequel? V.I?

ARM : I tréma, Rouen ouai. Et ben son dernier EP « Faire Part » [ndla : qui venait juste de sortir à l’époque de l’interview] j’ai vraiment kiffé. Je connaissais ce qu’il faisait, hein, et je trouvais ça super, mais je n’arrivais pas à rentrer dedans. Il me manquait encore une clef. Là, je suis rentré complètement dedans. Et donc, je faisaits écouter le morceau « Des Fins », qui est absolument magnifique, à mon pote qui me disait — à juste titre : « le rap français, là ou il est très fort, c’est toujours dans la mélancolie ». Et effectivement, peut-être qu’on a ce truc qui est très rap français. La petite boucle de piano, le maman je t’aime, chérie tu es partie.

SEPT : Le poète maudit.

CHH : Voilà, le poète maudit, c’est de ça que je voulais parler par rapport à la chanson française.

ARM : Ouai chanson française, tradition romantique, c’est toute une tradition littéraire aussi.

CHH : Et justement, ce côté poète maudit, on en parle pour toi et Vîrus là, mais dans le reste du milieu du rap comment tu perçois l’influence de cet héritage  » chanson française  » ?

ARM : J’ai pas l’impression qu’elle soit très visible dans le rap d’aujourd’hui. Ce qui marche c’est une certaine superficialité des textes, un côté très « rien à branler ».

CHH : Mais ça reste?

IRIS : Il y’a milles strates aussi.

SEPT : C’est ça le truc, il existe tellement de Strates ! C’est comme le Rock, tu as le vieux rock, le rockabilly.

ARM : Ouai entre Motorhead et Radiohead : rien à voir. Motorhead c’est un peu l’étiquette Guitare Électrique.

[Quelques phrases pendant lesquelles l’interviewer se réjouit qu’on parle de Vîrus (@rayondufond) car il l’a fait jouer en concert et où Sept explique à Arm que l’autre Veerus est un petit jeune de Dunkerke très bon et qu’il soutient à 200%]

CHH : Sinon toi tu écoutes encore du rap français un peu ? [Rire d’un peu tout le monde, Iris imite Arm « Ouai j’écoute Iam, NTM… »]

ARM : Non, je n’écoute pas beaucoup de chose, je n’ai pas la culture rap que peut avoir Sept par exemple. J’écoute peu de chose en français. J’écoute Casey, j’écoute La Rumeur. J’aime bien Rocé, ces trucs là.

CHH : Mais si on te demande qu’est-ce que t’écoutes comme style de musique tu réponds quoi?

ARM : Le rap que j’écoute il est principalement américain donc j’écoute très peu de choses, mais j’aime bien citer les rappeurs français que j’écoute. Là j’ai rencontré un groupe suisse qui défonce qui s’appelle Murmures Barbares, il faut aller écouter ça  !

CHH : Bon j’ai bientôt terminé, et comme je le disait au début, Psykick, même si c’est un peu « par défaut », est devenu un « pilier » du rap français.

[Sept, qui n’était pas là au début de l’interview, acquiesce vigoureusement. S’ensuit une parenthèse pendant laquelle Iris explique à Sept pourquoi j’avais dit que Psykick Lyrikah pouvait être considéré comme un Pilier du rap français. Je ré-itère mon assertion en l’appuyant cette fois d’une comparaison avec les sorties de Rocé, Arm rétorque que ça va surtout dépendre de la personnalité et du caractère de l’artiste et Miles (@Mileskabal) prend le contre exemple du grand nombre de « pontes » du rap fr qui n’ont fait qu’un album, cf les X-Men. Iris me soutien en rappelant que Psykick Lyrikah c’est un album tous les deux ans et Sept conclu brillamment en disant que un album tous les deux ans, c’est mieux que Laurent Voulzy.]

CHH : Pour revenir au début de la question, si certains te voient comme un pilier du rap français, est-ce que toi tu te considères encore comme un rappeur et comment tu te situes dans ce rap français.


« Rap + Français = Rap Français » extrait de : les Mathématiques selon Sept, juin 2013


ARM : C’est une question que je me pose pas du tout. J’ai pas l’impression de me positionner quelque part dans le rap français. Des rappeurs, oui j’en connais, c’est des potes…

SEPT [qui le coupe] : Mais toi, tu fais du peura?

ARM : Ouai…

SEPT : T’es français?

ARM : Ouai.

SEPT : Alors tu fais du rap français  !

[rires]

ARM : Évidemment si on parle du certaine exigence musicale, d’une couleur musicale, on est plus proche d’une Casey, d’un Vîrus, d’un Sept ou d’un Iris.


 Soit la personne kiffe le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas, soit elle aime pas le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas.


CHH : Ma question portait plus sur ton ressenti personnel. Si on te demande « Tu fais quoi comme boulot ? » est-ce que tu réponds « rappeur français » ?

ARM : alors ça c’est très délicat. Quand je dois expliquer à quelqu’un qui ne connaît absolument pas ma musique, qui connaît Loïc, mais qui ne connaît pas Arm, c’est toujours délicat de dire « je suis rappeur ». Qu’est-ce que tu vas dire à ton banquier, à la boulangère, ou à la petite meuf que tu rencontres un soir et qui t’expliques sa vie, « Et toi tu fais quoi ? – Ben je fais du rap ». Soit la personne kiffe le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas, soit elle aime pas le rap et elle va te prendre pour un mec que t’es pas.

CHH : Quoiqu’il arrive elle ne comprendra pas.

Iris : La question est d’autant plus pertinente que Loïc, à la différence de nous [ndla : Iris et Sept], vie de sa musique, en tous cas de son activité artistique.

ARM : Mais j’ai envie de plein de choses aussi. Je fais des ateliers d’écriture, je bosse un peu dans le théâtre, j’écris des musiques… et il y a Psykick, qui n’est qu’une partie de ces choses. Du coup je ne me vois pas trop comme… Enfin je ne sais pas, je n’ai pas trop réfléchi à ces questions là. Quoiqu’il arrive, quand tu dis que tu fais du rap, c’est toujours un peu difficile.

IRIS : Mais tu vis de ta musique…

SEPT : Moi j’appelle pas ça « rap français », j’appelle ça du rap « en français ». J’aime bien dire rap « en français ». Rap français ça peut avoir une connotation un peu négative, mais pour moi dans ma tête c’est du rap. Qu’il soit en français ou en coréen.

IRIS : Mais ça veut rien dire en fait  ! Pour moi c’est comme parler de « chanson française ». Tu mets des Bénabar avec Brassens et Brel. Ok! met les ensemble si tu veux mais bon… En vrai il y’a tellement de courant différents! et en même temps tout le monde participe à créer et faire vivre cette musique.

ARM : Tu peux définir ça comme musicien au final. Ou auteur. Auteur-compositeur ouai. Souvent je dis « Je suis auteur-compositeur. – Tu fais quoi ? – J’ai un projet musical un peu electro, un peu rap. » ça marche. Alors que malheureusement, tu peux facilement passer pour un idiot quand tu dis que tu fais du rap. Et même quelqu’un qui connaît va vite essayer de te mettre dans un case ; « Ah tu fais du rap ? Plutôt hardcore ? »

SEPT : « Plutôt Mafia K’1 fry ? »

ARM : « Ah non pas hardcore ? attend alors plutôt MC Solaar ? »

[rires]

SEPT : Et toi tu sais jamais ou te placer alors qu’en fait si tu écoutais, si tu savais ce qu’on fait…

ARM : Voilà moi quand on me demande ce que je fais je donne des liens et je dis va écouter ce que je fais sur internet, on en discute après. Si on doit se présenter chaque fois, avec tout le bordel qu’il y a…

IRIS : Et comme on a des egos assez démesurés et qu’on s’imagine faire de la musique assez unique, tu comprends. [rires]

ARM : Il y a peut-être aussi une certaine humilité de caractère qui fait qu’on n’est pas forcement à dire partout « Ouai, je fais du rap, je fais de la musique… Ouai je suis musicien… » La vie de tous les jours c’est pas ça.

SEPT : C’est vrai que cette question est intéressante parce qu’au final c’est dingue ! toi c’est ce que tu fais, ce que t’es. Et quand tu rencontres quelqu’un qui ne te connais pas, qui ne sais pas ce que tu fais, tu ne lui diras pas…

ARM : Mais quand les gens viennent te voir en concert là c’est bon ! La personne a écouté, elle sait ce que tu fais, tu peux commencer à discuter. Si il n’y a pas eu d’écoute d’albums ou de titres, c’est compliqué.

Je tiens à remercier Kora et toute l’équipe du festival Paris Hip Hop pour m’avoir permis d’assister aux concerts et de mener à bien cette interview, en supportant mon a-professionnalisme. Un grand merci à Arm, Iris, Sept et Miles pour avoir su combler les lacunes d’une interview à trou. J’en profite aussi pour remercier Gabriel de l’émission Sous-Culture (@SousCulture) qui a eu la naïveté de croire comme moi qu’à 00h30 le A aurait à peine commencé son show et avec qui on s’est retrouvé bien con devant un Glazart bien fermé.

Syka (@syka_tts)

P.S: Les plus perspicaces d’entre vous n’auront manqué de relever qu’entre ‘fin novembre’ et juin, il y a pas mal d’écart. Veuillez m’excuser de ces délais qui transforment une actu fraîche et estivale en pétard humide et froid de fin d’année. Entre temps de l’eau a coulé sous les ponts et un nouveau projet de Psykick Lyrikah est sorti, projet qu’on ne peut que vivement vous inviter à écouter (http://psykicklyrikah.bandcamp.com/) !

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