Disiz artiste Lucide
septembre 6, 2014 (No Comments) by Abamo

Après une escapade par le rock, Disiz revient à ses premiers amours, en mode Peste, mais avec l’expérience en plus. Version longue de notre interview publiée dans le magazine #8 (les passages non publiés alors sont en gris).

Quand as-tu eu envie de te remettre au rap ?

Mois de mai 2011, une envie quand j’ai fait « Disiztheend », j’avais annoncé que j’arrêtais de rapper. J’étais complétement perdu avec l’image qu’on pouvait avoir de moi, certaines erreurs en télé et en plus le rap ne me parlait plus, le rap me semblait superficiel, beaucoup de clash, des beats ralentis, des rimes assez propres, beaucoup d’attitudes… quand je suis parti, j’ai eu plusieurs messages de fans ou d’autres rappeurs qui me disaient apprécier mes textes et ma musique. Puis j’ai eu l’envie juste de rapper, de poser sur des instru « hip-hop ». Après j’ai eu envie de faire ce projet parce qu’il me fallait des sous pour remplir mon frigo. La dernière barrière que j’avais, c’était le fait de revenir après avoir annoncé mon départ, mais elle a vite sauté.

Ton passage par le rock t’a-t-il influencé sur le nouvel album ?

Ma « fuite enchantée » de Peter Punk, m’a permis de casser les frontières, de « remettre à zéro » la musique et l’image qu’on avait de moi et que moi-même, j’avais. Je ne serai plus aussi catégorique, je ne dirai plus j’arrête ou je n’écoute plus ça, je vais fusionner. J’ai réussi à trouver mon propre son et je vais continuer à faire ce son que j’aime.

Comment t’es-tu entouré pour réaliser le EP Lucide ?

J’ai mon référent, mon bras droit musical Dave Daivery, c’est avec lui que je fais tout. J’ai toujours eu cette liberté de choisir telle ou telle instru. Quand j’ai décidé de reprendre le rap, j’ai été voir mes frères en musique comme Amir de Street Fab. Ce que je fais et que je ne faisais pas avant, c’est que je demande les pistes séparées et si je veux rajouter une vraie basse dessus ou modifier quelques détails sur l’instrumental, je le fais, je participe.

Comment as-tu collaboré avec Statik Selektah ?

J’ai un ami suisse John, qui voyage à travers le monde et qui est un vrai passionné de Hip-Hop et il connait pas mal de personne. Un jour, il m’envoie un email disant qu’il a une dizaine de prods de Statik Selektah. Au début, je lui dis que je ne suis pas intéressé parce que les américains demandent toujours beaucoup d’argent et que je ne suis pas dans ce mode de fonctionnement là. Il me fait quand même écouter et dans les 10 instrus, il y a celle de « Toussa Toussa » et j’accroche direct, c’était vraiment le classique Hip-Hop, un beat, une boucle et voilà. Un jour, il est venu à Paris et on a été en studio ensemble, c’est d’ailleurs ce qu’on voit dans le clip.

Tu avais une prod de Dj Mehdi mais tu n’as pas voulu garder le son, pourquoi ?

Dj Mehdi était quelqu’un de très impliqué dans sa musique et je ne pouvais pas sortir une chanson que lui n’aurait pas pu « valider » et j’ai trop de respect pour lui pour ça.

Tu as invité 1995 sur ton album, comment as tu fini par travailler avec eux ?

De la même manière dont je te disais que je n’écoutais plus de rap ou presque plus, un moment je me suis dit ça fait longtemps que je n’ai pas entendu des bons MC. Durant la réalisation de l’album « Dans le ventre du crocodile » j’ai entendu un son de la Sexion d’assaut et ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu un morceau où il n’y avait pas d’attitude, juste une bande de mec qui kickent. J’ai eu à nouveau cette sensation avec 1995. Je l’ai tweeté, Nekfeu m’a retweeté, et pour finir on s’est donné rendez-vous en studio et on a kické ça, hip hop quoi…

Tu as repassé un équivalent du bac il y a quelques temps. Qu’est-ce qui t’a poussé à reprendre les études ?

J’en avais marre de dire à mes gosses « faut travailler à l’école » alors que je n’avais même pas le bac. Là, j’ai recommencé une licence de droit que j’ai dû arrêter à cause de la masse de travail que j’ai mais j’aimerais bien reprendre.

Pourquoi t’être lancé dans une carrière d’écrivain après autant de temps dans la musique ?

Pour moi déjà, l’art qui est au-dessus de tout, c’est la littérature. J’adore la musique, c’est ma vie. Pour moi, l’art suprême, c’est la littérature et contrairement à la musique, tu ne peux pas t’appuyer sur une mélodie, un bon refrain. Tu es seul face à une feuille blanche et faut que tu tiennes des pages et des pages. Si j’ai mis autant de temps à me lancer dans une carrière d’écrivain, c’est justement pour ça. J’étais complexé en me disant que je n’en étais pas capable alors que depuis 12 ans je lis des livres et des livres. Au fil du temps, j’ai neutralisé ces complexes et j’ai fini par me lancer.

Tu es passé de la musique à la littérature, en passant par le cinéma. Tu comptes t’exercer à un autre art ?

Ouais, c’est un peu personnel mais j’aimerais bien m’essayer à la peinture. Je me vois bien finir vieux avec une longue barbe à peindre les gens que j’aime bien.

Que penses-tu de tes passages télés ?

Certains de mes passages étaient un peu naze (rire) parce que je suis un mec qui part d’un bon sentiment. Je parle avec le cœur, mais à la télé il faut avoir préparé un minimum son discours. Ces émissions, je ne les avais pas assez préparées. Pour finir je me suis fait instrumentalisé. Avec le recul, ça me fait rire.

En parlant de cinéma, comment t’es tu retrouvé dans la série Héro Corp ?

C’est Simon Astier, le frère du réalisateur de Kaamelott qui aimait bien ma musique et a demandé à me rencontrer. Puis il m’a proposé le rôle de « Cap’tain 3 rivières ». C’était marrant donc j’y ai été.

Tu utilises beaucoup le symbole de la pilule rouge en référence à Matrix ? Pourquoi ?

Parce que je pense qu’on vit dans une époque avec beaucoup d’illusions sur ce qu’est le bonheur. Est-ce que c’est avoir une maison ? Une femme et des enfants ? Peut-être, c’est simple et bête mais c’est peut être ça. Maintenant est ce que avoir une grosse maison, changer de voiture tous les ans, ou monter à l’échelle sociale te rendra plus heureux… On rentre dans un système où pour être heureux, il faut faire tel ou tel achat, je pense que c’est juste un voile qu’on se met devant les yeux. Comme dans Matrix, tu peux choisir de voir la vie telle qu’elle est ou continuer à vivre avec ce voile et personnellement j’ai choisi d’enlever ce voile.

Voir la vie telle qu’elle est, ça ne veut pas dire la voir en bien ou en mal, mais c’est savoir apprécier le bonheur à sa juste valeur et savoir profiter des bons moments.

Pour en revenir à la littérature, as-tu un écrivain fétiche ?

Tolstoï, on ne va pas tourner autour du pot, Léon Tolstoï. Après, pour des raisons personnelles, il y a un livre que je mets au-dessus de tout mais vraiment de tout tout tout, c’est le Coran.

Dans ton livre, René, tu parles beaucoup des conséquences que pourrait avoir l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Quel travail de recherche as-tu effectué ?

Ce n’était pas le but, à la base René, c’est une histoire du passage de l’enfance à l’adolescence dans une société complètement déchantée et proche du chaos. C’est ça qui m’intéressait, après pour que ce soit ancré dans la réalité et pouvoir tirer le signal d’alarme sur plusieurs points, j’ai choisi la France, une guerre civile et un État totalitaire représenté par l’extrême droite. À part mes études de droit, je n’ai fait aucun travail de recherche sur le Front National. Par contre, quand j’inventais des lois comme la francisation des prénoms ou le rétablissement de la peine de mort, dans le vrai programme du front national, il y a ces idées. Ça m’a fait bizarre d’écrire il y a un an et demi ce qui se retrouve dans leur programme aujourd’hui.

Tu as écrit ce livre comme une prédiction de ce qui pourrait se passer ?

Pas du tout, je ne suis pas Paco Rabanne, ça me servait juste à installer un climat. Ensuite si celui-ci est plausible, c’est encore mieux. Mais mon but ce n’est pas de faire des paris sur l’avenir.

Vas-tu refaire des romans ?

Bien sûr, ça me rapporte trois fois rien mais j’aime trop ça. Bah oui les gens ne lisent pas donc forcément, j’aimerais que les gens lisent plus.

Tu vas faire autre chose que des romans ?

Je ne pense pas, j’écrirais jamais ma vie, parce que c’est tout naze (rires). En tout cas pas à 30 ans. Et je n’ai pas envie d’écrire que je m’en suis sorti, que la cité c’était dur et tout ça… Je pense que je ferai toujours des romans ; d’ailleurs le prochain sera sûrement une histoire d’amour.

Si un de tes enfants, voudrait suivre ton chemin, qu’est-ce que tu lui conseillerais ?

De quel chemin, on parle ? Si ils veulent être père ou mère de famille ou si ils veulent être artistes, en tout cas, je ne briderais jamais mes enfants. Si ils prennent le chemin d’être passionné et d’en faire leur métier, qu’ils y aillent.

Comment s’est passée ta collaboration avec ta fille sur le morceau « Bête de bombe 5″ ?

En fait c’était un matin, chez moi, il y a une petite table où on déjeune, c’était en été. Ce matin, je branche mon MP3 et il y a une instru qui passait et je n’arrêtais pas de faire « chici chici ». Et je vois ma fille qui fait « chici chici ». Je lui demande de le refaire et elle le fait en rythme et je lui dis, tu viens avec moi en studio cet après-midi et on va faire ça ensemble.

Tes autres enfants n’étaient pas trop jaloux ?

Ah si, ils voulaient tous venir mais ils ont tous eu un truc, il y en a un qui est sur la pochette des histoires extraordinaires, il y en a un qui est dans le clip de « Dans tes rêves » et la petite dernière est dans le clip « Shadow Boxing » donc ils ont tous eu leur truc.

Comment fais-tu pour être papa de 4 enfants et rappeur/écrivain/acteur ?

C’est une question de priorité. En premier, j’ai ma vie de famille. Après c’est la façon de répartir ton temps et comment tu le gères. Là je suis en promo donc je ne les vois pas souvent. Mais il y a des périodes plus creuses où tu as le temps d’être avec eux, vérifier leurs devoirs, lire, etc… Artiste en France, c’est un statut privilégié mais ce n’est pas reconnu, on ne peut pas te mettre dans une case donc c’est difficile.

Pour finir, ça fait quoi d’être lucide ?

Tu es heureux, pour de vrai. Tu es moins surpris de la bassesse humaine, de la manière dont tourne le monde. Tu regardes les choses comme elles viennent et tu t’adaptes et ça, c’est un vrai bonheur plutôt que d’être partagé entre les regrets ou les espoirs illusoirs que tu ne peux pas atteindre. Tu relativises tes erreurs et tu t’emballes moins, tu restes mesuré et ça, c’est du pur bonheur !

Photos © Johann Keezy Dorlipo

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Disiz artiste Lucide
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Après une escapade par le rock, Disiz revient à ses premiers amours, en mode Peste, mais avec l’expérience en plus. Version longue de notre interview publiée dans le magazine #8 (les passages non publiés alors sont en gris).

Quand as-tu eu envie de te remettre au rap ?

Mois de mai 2011, une envie quand j’ai fait « Disiztheend », j’avais annoncé que j’arrêtais de rapper. J’étais complétement perdu avec l’image qu’on pouvait avoir de moi, certaines erreurs en télé et en plus le rap ne me parlait plus, le rap me semblait superficiel, beaucoup de clash, des beats ralentis, des rimes assez propres, beaucoup d’attitudes… quand je suis parti, j’ai eu plusieurs messages de fans ou d’autres rappeurs qui me disaient apprécier mes textes et ma musique. Puis j’ai eu l’envie juste de rapper, de poser sur des instru « hip-hop ». Après j’ai eu envie de faire ce projet parce qu’il me fallait des sous pour remplir mon frigo. La dernière barrière que j’avais, c’était le fait de revenir après avoir annoncé mon départ, mais elle a vite sauté.

Ton passage par le rock t’a-t-il influencé sur le nouvel album ?

Ma « fuite enchantée » de Peter Punk, m’a permis de casser les frontières, de « remettre à zéro » la musique et l’image qu’on avait de moi et que moi-même, j’avais. Je ne serai plus aussi catégorique, je ne dirai plus j’arrête ou je n’écoute plus ça, je vais fusionner. J’ai réussi à trouver mon propre son et je vais continuer à faire ce son que j’aime.

Comment t’es-tu entouré pour réaliser le EP Lucide ?

J’ai mon référent, mon bras droit musical Dave Daivery, c’est avec lui que je fais tout. J’ai toujours eu cette liberté de choisir telle ou telle instru. Quand j’ai décidé de reprendre le rap, j’ai été voir mes frères en musique comme Amir de Street Fab. Ce que je fais et que je ne faisais pas avant, c’est que je demande les pistes séparées et si je veux rajouter une vraie basse dessus ou modifier quelques détails sur l’instrumental, je le fais, je participe.

Comment as-tu collaboré avec Statik Selektah ?

J’ai un ami suisse John, qui voyage à travers le monde et qui est un vrai passionné de Hip-Hop et il connait pas mal de personne. Un jour, il m’envoie un email disant qu’il a une dizaine de prods de Statik Selektah. Au début, je lui dis que je ne suis pas intéressé parce que les américains demandent toujours beaucoup d’argent et que je ne suis pas dans ce mode de fonctionnement là. Il me fait quand même écouter et dans les 10 instrus, il y a celle de « Toussa Toussa » et j’accroche direct, c’était vraiment le classique Hip-Hop, un beat, une boucle et voilà. Un jour, il est venu à Paris et on a été en studio ensemble, c’est d’ailleurs ce qu’on voit dans le clip.

Tu avais une prod de Dj Mehdi mais tu n’as pas voulu garder le son, pourquoi ?

Dj Mehdi était quelqu’un de très impliqué dans sa musique et je ne pouvais pas sortir une chanson que lui n’aurait pas pu « valider » et j’ai trop de respect pour lui pour ça.

Tu as invité 1995 sur ton album, comment as tu fini par travailler avec eux ?

De la même manière dont je te disais que je n’écoutais plus de rap ou presque plus, un moment je me suis dit ça fait longtemps que je n’ai pas entendu des bons MC. Durant la réalisation de l’album « Dans le ventre du crocodile » j’ai entendu un son de la Sexion d’assaut et ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu un morceau où il n’y avait pas d’attitude, juste une bande de mec qui kickent. J’ai eu à nouveau cette sensation avec 1995. Je l’ai tweeté, Nekfeu m’a retweeté, et pour finir on s’est donné rendez-vous en studio et on a kické ça, hip hop quoi…

Tu as repassé un équivalent du bac il y a quelques temps. Qu’est-ce qui t’a poussé à reprendre les études ?

J’en avais marre de dire à mes gosses « faut travailler à l’école » alors que je n’avais même pas le bac. Là, j’ai recommencé une licence de droit que j’ai dû arrêter à cause de la masse de travail que j’ai mais j’aimerais bien reprendre.

Pourquoi t’être lancé dans une carrière d’écrivain après autant de temps dans la musique ?

Pour moi déjà, l’art qui est au-dessus de tout, c’est la littérature. J’adore la musique, c’est ma vie. Pour moi, l’art suprême, c’est la littérature et contrairement à la musique, tu ne peux pas t’appuyer sur une mélodie, un bon refrain. Tu es seul face à une feuille blanche et faut que tu tiennes des pages et des pages. Si j’ai mis autant de temps à me lancer dans une carrière d’écrivain, c’est justement pour ça. J’étais complexé en me disant que je n’en étais pas capable alors que depuis 12 ans je lis des livres et des livres. Au fil du temps, j’ai neutralisé ces complexes et j’ai fini par me lancer.

Tu es passé de la musique à la littérature, en passant par le cinéma. Tu comptes t’exercer à un autre art ?

Ouais, c’est un peu personnel mais j’aimerais bien m’essayer à la peinture. Je me vois bien finir vieux avec une longue barbe à peindre les gens que j’aime bien.

Que penses-tu de tes passages télés ?

Certains de mes passages étaient un peu naze (rire) parce que je suis un mec qui part d’un bon sentiment. Je parle avec le cœur, mais à la télé il faut avoir préparé un minimum son discours. Ces émissions, je ne les avais pas assez préparées. Pour finir je me suis fait instrumentalisé. Avec le recul, ça me fait rire.

En parlant de cinéma, comment t’es tu retrouvé dans la série Héro Corp ?

C’est Simon Astier, le frère du réalisateur de Kaamelott qui aimait bien ma musique et a demandé à me rencontrer. Puis il m’a proposé le rôle de « Cap’tain 3 rivières ». C’était marrant donc j’y ai été.

Tu utilises beaucoup le symbole de la pilule rouge en référence à Matrix ? Pourquoi ?

Parce que je pense qu’on vit dans une époque avec beaucoup d’illusions sur ce qu’est le bonheur. Est-ce que c’est avoir une maison ? Une femme et des enfants ? Peut-être, c’est simple et bête mais c’est peut être ça. Maintenant est ce que avoir une grosse maison, changer de voiture tous les ans, ou monter à l’échelle sociale te rendra plus heureux… On rentre dans un système où pour être heureux, il faut faire tel ou tel achat, je pense que c’est juste un voile qu’on se met devant les yeux. Comme dans Matrix, tu peux choisir de voir la vie telle qu’elle est ou continuer à vivre avec ce voile et personnellement j’ai choisi d’enlever ce voile.

Voir la vie telle qu’elle est, ça ne veut pas dire la voir en bien ou en mal, mais c’est savoir apprécier le bonheur à sa juste valeur et savoir profiter des bons moments.

Pour en revenir à la littérature, as-tu un écrivain fétiche ?

Tolstoï, on ne va pas tourner autour du pot, Léon Tolstoï. Après, pour des raisons personnelles, il y a un livre que je mets au-dessus de tout mais vraiment de tout tout tout, c’est le Coran.

Dans ton livre, René, tu parles beaucoup des conséquences que pourrait avoir l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Quel travail de recherche as-tu effectué ?

Ce n’était pas le but, à la base René, c’est une histoire du passage de l’enfance à l’adolescence dans une société complètement déchantée et proche du chaos. C’est ça qui m’intéressait, après pour que ce soit ancré dans la réalité et pouvoir tirer le signal d’alarme sur plusieurs points, j’ai choisi la France, une guerre civile et un État totalitaire représenté par l’extrême droite. À part mes études de droit, je n’ai fait aucun travail de recherche sur le Front National. Par contre, quand j’inventais des lois comme la francisation des prénoms ou le rétablissement de la peine de mort, dans le vrai programme du front national, il y a ces idées. Ça m’a fait bizarre d’écrire il y a un an et demi ce qui se retrouve dans leur programme aujourd’hui.

Tu as écrit ce livre comme une prédiction de ce qui pourrait se passer ?

Pas du tout, je ne suis pas Paco Rabanne, ça me servait juste à installer un climat. Ensuite si celui-ci est plausible, c’est encore mieux. Mais mon but ce n’est pas de faire des paris sur l’avenir.

Vas-tu refaire des romans ?

Bien sûr, ça me rapporte trois fois rien mais j’aime trop ça. Bah oui les gens ne lisent pas donc forcément, j’aimerais que les gens lisent plus.

Tu vas faire autre chose que des romans ?

Je ne pense pas, j’écrirais jamais ma vie, parce que c’est tout naze (rires). En tout cas pas à 30 ans. Et je n’ai pas envie d’écrire que je m’en suis sorti, que la cité c’était dur et tout ça… Je pense que je ferai toujours des romans ; d’ailleurs le prochain sera sûrement une histoire d’amour.

Si un de tes enfants, voudrait suivre ton chemin, qu’est-ce que tu lui conseillerais ?

De quel chemin, on parle ? Si ils veulent être père ou mère de famille ou si ils veulent être artistes, en tout cas, je ne briderais jamais mes enfants. Si ils prennent le chemin d’être passionné et d’en faire leur métier, qu’ils y aillent.

Comment s’est passée ta collaboration avec ta fille sur le morceau « Bête de bombe 5″ ?

En fait c’était un matin, chez moi, il y a une petite table où on déjeune, c’était en été. Ce matin, je branche mon MP3 et il y a une instru qui passait et je n’arrêtais pas de faire « chici chici ». Et je vois ma fille qui fait « chici chici ». Je lui demande de le refaire et elle le fait en rythme et je lui dis, tu viens avec moi en studio cet après-midi et on va faire ça ensemble.

Tes autres enfants n’étaient pas trop jaloux ?

Ah si, ils voulaient tous venir mais ils ont tous eu un truc, il y en a un qui est sur la pochette des histoires extraordinaires, il y en a un qui est dans le clip de « Dans tes rêves » et la petite dernière est dans le clip « Shadow Boxing » donc ils ont tous eu leur truc.

Comment fais-tu pour être papa de 4 enfants et rappeur/écrivain/acteur ?

C’est une question de priorité. En premier, j’ai ma vie de famille. Après c’est la façon de répartir ton temps et comment tu le gères. Là je suis en promo donc je ne les vois pas souvent. Mais il y a des périodes plus creuses où tu as le temps d’être avec eux, vérifier leurs devoirs, lire, etc… Artiste en France, c’est un statut privilégié mais ce n’est pas reconnu, on ne peut pas te mettre dans une case donc c’est difficile.

Pour finir, ça fait quoi d’être lucide ?

Tu es heureux, pour de vrai. Tu es moins surpris de la bassesse humaine, de la manière dont tourne le monde. Tu regardes les choses comme elles viennent et tu t’adaptes et ça, c’est un vrai bonheur plutôt que d’être partagé entre les regrets ou les espoirs illusoirs que tu ne peux pas atteindre. Tu relativises tes erreurs et tu t’emballes moins, tu restes mesuré et ça, c’est du pur bonheur !

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