Mauresca Fracàs Dub
octobre 13, 2014 (No Comments) by Bongo

Le fracas vient du sud de France… mais là-bas on dit nord de Méditerranée ! Le crew s’appelle Mauresca et a sorti récemment son cinquième album en quinze ans d’existence. Toujours inclassable, celui-ci sort plus rock et traditionnel que les précédents, qui sonnaient hip hop et raggamuffin. En parallèle est sorti Doctors de Trobar, un retour aux origines hip hop rappé en occitan et espagnol.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Votre dernier album s’appelle « Riota », l’émeute en occitan, comme en anglais.

Pour chaque album on essaie de trouver un titre court, en occitan, compréhensible par le commun des mortels. C’est un peu une suite : il y a eu Contesta, et Riota c’est le pendant. C’est un hommage car on retrouve ce mot (‘riot’ en anglais) dans le reggae, le hip hop et le punk. On ne savait pas que le mot Riota existait en occitan. On s’amusait un jour avec Tatou de Massilia Sound System à trouver les mots occitans qui avaient leur équivalent en anglais. Et il a sortit celui-ci qu’on ne connaissait pas chez Mauresca.

On ne sait pas si c’est l’anglais qui a repris le mot occitan ou le contraire ?

Vu que les Anglais ont occupé l’Aquitaine – avec la guerre de cent ans notamment – pendant longtemps, beaucoup de mots ont été empruntés à l’occitan. Et puis l’occitan était une langue internationale au temps des troubadours. Elle a donc essaimé sur tout le territoire son vocabulaire, ses valeurs, un peu comme l’anglais aujourd’hui, avec la culture américaine, etc. De ce fait il est fort possible que le terme ‘riot’ en anglais soit issu de l’occitan. En tous cas c’est un mot qui vient du latin.

Peut-être que les anglais n’avaient pas connu d’émeute avant de venir chez nous

(Rires) En tous cas c’est beaucoup pour faire référence à cet univers musical dans lequel on a puisé nos sources. C’est un album plus rock, ça fait quatre ans qu’on travaille avec Massimo, un sonorisateur qui est aussi guitariste. Jusqu’à « Cooperativa » (l’avant dernier album), il avait un peu participé mais pas vraiment pas au niveau des compos, la base des morceaux. Cette fois-ci on a bossé avec lui dès le début, ce qui donne une couleur différente car sa culture musicale est plus punk-rock. Mais ça reste du Mauresca.

Je vous ai découvert avec votre 4ème album « Cooperativa » qui est plus hip hop.

Dans « Bartas » (le 1er album) il y a le morceau ‘Stéréotypes’ qui est pas mal hip hop. Il y a toujours eu des morceaux hip hop dans nos albums mais c’est vrai que « Cooperativa » l’est davantage. Le titre éponyme reprend d’ailleurs une basse de Dr Dre. Même dans nos morceaux reggae il y a souvent des flows plus hachés. Du coup après cet album on s’est lancé dans le projet Doctors de Trobars et ça nous a libéré. Ceux qui étaient à fond de hip hop au sein de Mauresca y ont trouvé un exutoire. Quand on a repris le projet Mauresca on est reparti sur quelque chose de plus chanson.

Ma première écoute de « Riota » m’a donné l’impression qu’il était plus traditionnel

Peut-être dans les voix. Peut-être qu’il sonne plus tradi. Il y a pourtant moins de textes en occitan dans celui-là que dans le précédent. On n’a jamais calculé ça. Peut-être aussi que cela dépend de chacun au sein du collectif. Chab écrit plus en français et occitan, Inti en espagnol. S’étant construit en sound system, la structure du groupe c’est un dj et un mc, l’école raggamuffin. Chacun apporte des influences différentes à un moment donné. Alors qu’avant on produisait les riddims chacun de son côté avant de les présenter au groupe, pour cet album on a vraiment composé tous ensemble.

Justement comment avez-vous procédé pour produire les morceaux en collectif?

On voulait quelque chose de brut, partir d’un squelette et développer les morceaux ensemble. On est parti s’enfermer dans l’Aveyron, à Sévérac-le-Château dans une maison qui appartient à une collègue. On est resté deux fois une semaine, en bossant entre temps à la maison. A chaque fois qu’on faisait des sessions collectives, Chab ayant écrit plein de textes, parfois entiers, parfois juste un refrain ou un bout, on partait du texte, voix, guitare, clavier et basse. Le morceau partait du texte et tout le monde était là, autour de la cheminée, c’était en hiver, avec le dj qui frappait les beats à la machine. Il y a eu vraiment une fabrication collective, du moins dans l’intention.

Donc un album à la couleur plus rock due à l’arrivée de nouveaux musiciens?

Oui surtout la guitare électrique sur tous les morceaux avec Massimo sur l’album. Sur scène on a un autre guitariste. Il y a aussi un batteur qui nous a rejoint, sur l’album et sur scène. Avec cet album qui sonne un peu plus acoustique, il fallait un batteur sur pas mal de morceaux. En même temps on a fêté nos quinze ans, on a fait un spectacle en rejouant tous nos morceaux avec le batteur. On a donc maintenant deux spectacles sur scène. Tu peux voir Mauresca en digital à l’ancienne avec les platines, les machines et les mc’s. Et tu as aussi Mauresca avec les musiciens. Du coup, en digital il y a des morceaux qu’on ne peut pas jouer. On essaie donc de faire tourner la formation complète, à savoir sept personnes au complet ou cinq en formation réduite. C’est pas trop la mode d’augmenter le nombre de musiciens (rires).

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Comment êtes-vous organisé pour le fonctionnement professionnel du groupe ?

On est tous impliqués dans notre association Lo Sage é le Fol, qui est la structure qui nous permet de vivre, produire nos disques, nos spectacles, faire des projets. C’est une aventure humaine, associative, et dans ce sens-là très hip hop des origines, avec le côté très organisé. L’hiver on fait aussi des projets pédagogiques dans les écoles, des ateliers hip hop avec des jeunes qui rappent, des chansons avec des petits dans une maternelle. On aime travailler dans le milieu scolaire, c’est aussi se confronter à notre réalité. C’est aussi transmettre notre goût pour ces musiques-là, parler avec les jeunes de ce qu’ils écoutent eux. Notre boulot c’est donc autant faire de la musique que faire vivre cette aventure collective.

Au-delà de la musique, transmettre le goût pour la langue et la culture occitanes

Tout à fait, quand on fait les ateliers dans les écoles, c’est pratiquement tout le temps en occitan. Il y a toujours cette dimension-là, c’est intéressant car il y a des cours d’occitan mais c’est vrai que pour les gamins, aborder la langue scolairement, ça ne les rattache pas forcément à une réalité, comme d’ailleurs la plupart des matières. L’occitan porte aussi un certain nombre de clichés, de stéréotypes, c’est la langue du ‘papé’, c’est un truc de vieux, etc. Toi tu arrives, tu n’es pas trop vieux, même si on t’appelle Monsieur. Ils se sentent plus interpelés par des jeunes. C’est une autre manière de voir la langue et leurs cours d’occitan.

Est-ce que l’occitan est une langue qui se perd ou est-elle bien défendue ?

Il y a deux niveaux, celui de la transmission naturelle, il est perdu. La génération de nos parents a été « sacrifiée ». Nos grands-parents étaient encore il y a cinquante ans dans la langue maternelle, le patois, comme disent les Jamaïcains, native tong comme on dit aussi, la langue du quotidien. Il n’y a plus trop cette dimension populaire, ça s’est perdu. Aujourd’hui ce sont plutôt les vieux qui gardent cette langue, ils ne l’ont pas transmises à la génération de nos parents, qui eux étaient en rupture par rapport à plein de choses. Il y a eu un retour dans les années 68/70 avec le renouveau de l’occitan, une ré-appropriation des choses. Mais par contre en parallèle il n’y a jamais eu autant de groupes, d’associations, qui s’emparent de cette langue, activement, à part un choix personnel.

« On ne défend pas un terroir »

On se méfie un peu du discours du retour au patrimoine, ce n’est pas du tout ce qu’on veut. On ne défend pas un terroir, personne n’est plus légitime qu’un autre parce qu’il est né ici ou parce que son grand-père le parlait. Par contre on voit plein de gens qui viennent à ça, qui ne sont pas forcément d’ici. Ce qu’on essaie de transmettre c’est juste ce plaisir des mots, cette joie, la poésie. Cette langue n’a finalement pas d’Etat, pas d’armée, ce qui fait en partie sa faiblesse, on ne sait pas trop la définir, elle n’a pas d’espace géographique précis… C’est peut-être aussi son essence même, on n’est pas comme les Bretons, les Basques, sans vouloir faire de séparation.

L’occitan c’est très particulier, c’est mouvant, il y a plusieurs variétés, c’est comme la vie… On ne peut pas le mettre sous un bocal, sinon on le tue. C’est ce qu’on essayé beaucoup de gens. Voilà ce qu’on essaie de défendre, c’est cette dimension qui nourrit notre création, la pertinence de celle-ci. Même quand on ne rappe pas en occitan il y a cet aspect-là derrière, cette position. Avant nous il y a eu tout le travail de Massilia Sound System à Marseille et Fabulous Trobadors à Toulouse. Ce sont les premiers à avoir mis des mots sur ça. On a été nourris par ça, on poursuit ce chemin, on essaie de le faire à notre façon.

Vous sentez-vous isolés à Montpellier à faire ce travail autour de l’Occitanie ?

C’est particulier, c’est une ville en pleine expansion, avec plein de paradoxes. A la fois l’occitan est présent avec tous les noms de rues, son histoire, elle n’est pas sortie de rien, c’est une ville qui est nourrie par les Cévennes, la Méditerranée, par des convergences de tout ce qui l’entoure et qui est occitanisé. Culturellement parlant il y a plein de choses qui se font. Paradoxalement, c’est une ville qui aimerait être une petite Paris. Du coup elle a du mal avec sa vraie identité, un peu à la Californienne. Mais ce qu’on dit c’est qu’être Californien c’est aussi parler son patois. C’était aussi un défi, Marseille c’est très identifiable, Toulouse également, et nous on est entre les deux.

En ce qui nous concerne on n’habite pas vraiment en ville. On parle de Montpellier mais il faudrait parler de la région montpelliéraine. Notre lieu de vie ce n’est pas du tout Montpellier. On a toujours habité dans les villages, on a plus une culture villageoise qu’urbaine, même si on était au lycée à Montpellier, on a vécu dans la ville. C’est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis l’époque où on était momes. Aujourd’hui on habite au pied des Cévennes, vers Gignac, Saint-Guilhem-le-Désert. C’est la vallée de l’Hérault. C’est quand même l’espace de la culture montpelliéraine. L’occitan de Montpellier par exemple c’est le même à Sète, même si ils te diront que non (rires). Montpellier était une ville assez petite pour ne pas vivre en vase clos. Elle avait besoin de Lodève, de Béziers, de Sète pour se développer, c’est un réseau de villes, qui lui permet d’échapper à la mégapole.

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Parlons maintenant de votre côté hip hop. Quelles seraient ses influences ?

Cela a beaucoup évolué, au grès des sensibilités personnelles. Drac, le dj, est un grand fan de NTM, Joey Starr, ce hip hop a fleur de peau, hip hop américain aussi, Cypress Hill, hip hop plutôt rageur. Chab est vraiment hip hop marseillais, IAM, grand fan d’Akhenaton, plus new yorkais, Wu Tang, des sons très bruts. Inti n’était pas trop hip hop étant jeune mais en écoutait quand même, la Fonky Family, Assassin pour le côté politique. Comme on était branchés sur le ragga et le truc de faire bouger les gens, on s’est toujours posé la question du hip hop et de la danse. Ce style a quitté le dancefloor à un moment donné. Il y avait le west coast, Dr Dre et tout, très gangsta, à véhiculer plein de trucs dans lesquels on ne se retrouvait pas vraiment. Mais il y avait quelque chose de puissant quand même, les grosses basses, les synthés…

Ce hip hop gangsters fortement influencé par la funk et qu’on appelait le G-funk

Voilà. Quand on a commencé à faire des morceaux, on a eu une attitude assez hip hop dans la façon de travailler. On mettait des boucles, des micro-samples, une basse, une batterie. On avait un séquenceur, un petit sampleur, et on faisait des trucs basiques, c’était très hip hop, rudimentaire. C’était le tout début, on n’avait pas encore les ordinateurs, la MAO, on faisait avec les moyens du bord, et c’est aussi ça le hip hop. On faisait tourner des boucles et on posait des textes. C’était en 1998. On a commencé à chanter sur des faces B aussi. Pendant les manifs à Montpellier pour l’occitan par exemple. On posait aussi bien sur des morceaux hip hop que sur des riddims jamaïcains ou de Massilia. Mais on a toujours voulu faire danser les choses, c’est pour ça que c’était très sound system.

On a fait un triptyque hip hop. Le premier morceau vraiment hip hop c’est ‘Sale sud’, sur l’album « Contesta ». On a fait une suite à ce morceau qui s’appelle ‘Stéréotype’ dans l’album « Bartas ». Et le morceau ‘Sud de France’ dans « Cooperativa ». Quand on a fait « Cooperativa », c’était le moment où Inti, Drac et Chab étaient vraiment plongés dans le hip hop. C’est pour ça que ça ressort plus. Et ensuite il y a eu Doctors de Trobar. Dans Mauresca ça a toujours été le flow, et moins le chant.

Pendant longtemps on s’est arrêté d’écrire hip hop pour Mauresca parce qu’on était bloqué par ce hip hop à la Française qui a inondé les ondes. Ce n’était plus très musical, il n’y avait plus le groove. C’est devenu la street credibility, il faut être de la cité, etc. C’était devenu relou et presque has-been, kitsch. On s’est pas retrouvé dans l’évolution du hip hop, même des artistes qu’on adore comme IAM ou NTM. A un moment donné on s’est remis à réécouter la source, c’est à dire les Américains, ceux du début. On s’est dit qu’on pourrait faire un projet.

On a rencontré Yellow qui est un jeune qui a démarré avec nous dans les ateliers qu’on faisait. Il était jeune, il prenait le mic, on lui a montré comment fonctionnaient les machines, etc. Rapidement il a commencé à exploser, à se régaler, il venait en sound system, partager le micro avec nous. Lui a une grosse culture hip hop. Ce qui est génial dans ce projet (Doctors de Trobar) c’est qu’on n’a pratiquement pas touché aux machines. C’est Yellow qui fait le son.

L’idée c’était d’imaginer comment on fait un rap naturel en occitan. C’est le rap du sud. En fait il y a Tatou qui parle de ça, qui dit que c’est le hip hop comme on le faisait à Marseille. A un moment donné autour d’IAM il y a eu un départ avec un rap très groovy, très fun, ça déconnait même s’il y avait du sujet, social, etc. On a peut-être essayé de retrouvé cette dimension parce qu’on a samplé. Principalement de la black music, du reggae aussi. L’idée c’était de rapper en occitan, tant pis sur les gens ne comprennent pas (rires).

Sur quels genres de thèmes êtes-vous partis ? De quoi parle Doctors de Trobar ?

Il y a une référence aux troubadours bien sûr. En Occitanie on a inventé l’art de rimer finalement. L’art de jouer avec les mots, le battle, le clash, les troubadours le faisaient déjà. La chanson plus politique, la chanson tranquille pour déconner, il y a tout ça. Une jouissance des mots, le lyricisme, le côté contestataire. Trobar signifie trouver, qui a donné Troubadour, trouver la rime. Doctor de Trobar c’était le titre que se donnaient eux-même ceux qui se considéraient les meilleurs. Il y avait déjà ce jeu de l’égotrip.

Il y a un featuring avec Moussu T de Massilia qui s’appelle ‘Larguesa’, chez les troubadours l’art de donner sans espérer quoi que soit en retour. Pour nous c’est la dimension peace, love, unity and having fun. Il y a ‘Occitan Bambaataa’, le retour aux sources, à notre culture, au hip hop des origines. ‘Mon folclor’ est là pour dire que notre folklore à nous c’est le hip hop. ‘Flor enversa’ est un morceau d’amour qui s’inspire d’un poème d’un troubadour assez célèbre, c’est une image du sexe féminin, un morceau assez coquin, où le monde est à l’envers comme quand tu fais un reverse sur ta platine.

A propos de ‘Riota’ votre dernier album…

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Propos recueillis par Laurent Perrin

www.mauresca.fr

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Mauresca Fracàs Dub
octobre 13, 2014 (No Comments) by Bongo

Le fracas vient du sud de France… mais là-bas on dit nord de Méditerranée ! Le crew s’appelle Mauresca et a sorti récemment son cinquième album en quinze ans d’existence. Toujours inclassable, celui-ci sort plus rock et traditionnel que les précédents, qui sonnaient hip hop et raggamuffin. En parallèle est sorti Doctors de Trobar, un retour aux origines hip hop rappé en occitan et espagnol.

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Votre dernier album s’appelle « Riota », l’émeute en occitan, comme en anglais.

Pour chaque album on essaie de trouver un titre court, en occitan, compréhensible par le commun des mortels. C’est un peu une suite : il y a eu Contesta, et Riota c’est le pendant. C’est un hommage car on retrouve ce mot (‘riot’ en anglais) dans le reggae, le hip hop et le punk. On ne savait pas que le mot Riota existait en occitan. On s’amusait un jour avec Tatou de Massilia Sound System à trouver les mots occitans qui avaient leur équivalent en anglais. Et il a sortit celui-ci qu’on ne connaissait pas chez Mauresca.

On ne sait pas si c’est l’anglais qui a repris le mot occitan ou le contraire ?

Vu que les Anglais ont occupé l’Aquitaine – avec la guerre de cent ans notamment – pendant longtemps, beaucoup de mots ont été empruntés à l’occitan. Et puis l’occitan était une langue internationale au temps des troubadours. Elle a donc essaimé sur tout le territoire son vocabulaire, ses valeurs, un peu comme l’anglais aujourd’hui, avec la culture américaine, etc. De ce fait il est fort possible que le terme ‘riot’ en anglais soit issu de l’occitan. En tous cas c’est un mot qui vient du latin.

Peut-être que les anglais n’avaient pas connu d’émeute avant de venir chez nous

(Rires) En tous cas c’est beaucoup pour faire référence à cet univers musical dans lequel on a puisé nos sources. C’est un album plus rock, ça fait quatre ans qu’on travaille avec Massimo, un sonorisateur qui est aussi guitariste. Jusqu’à « Cooperativa » (l’avant dernier album), il avait un peu participé mais pas vraiment pas au niveau des compos, la base des morceaux. Cette fois-ci on a bossé avec lui dès le début, ce qui donne une couleur différente car sa culture musicale est plus punk-rock. Mais ça reste du Mauresca.

Je vous ai découvert avec votre 4ème album « Cooperativa » qui est plus hip hop.

Dans « Bartas » (le 1er album) il y a le morceau ‘Stéréotypes’ qui est pas mal hip hop. Il y a toujours eu des morceaux hip hop dans nos albums mais c’est vrai que « Cooperativa » l’est davantage. Le titre éponyme reprend d’ailleurs une basse de Dr Dre. Même dans nos morceaux reggae il y a souvent des flows plus hachés. Du coup après cet album on s’est lancé dans le projet Doctors de Trobars et ça nous a libéré. Ceux qui étaient à fond de hip hop au sein de Mauresca y ont trouvé un exutoire. Quand on a repris le projet Mauresca on est reparti sur quelque chose de plus chanson.

Ma première écoute de « Riota » m’a donné l’impression qu’il était plus traditionnel

Peut-être dans les voix. Peut-être qu’il sonne plus tradi. Il y a pourtant moins de textes en occitan dans celui-là que dans le précédent. On n’a jamais calculé ça. Peut-être aussi que cela dépend de chacun au sein du collectif. Chab écrit plus en français et occitan, Inti en espagnol. S’étant construit en sound system, la structure du groupe c’est un dj et un mc, l’école raggamuffin. Chacun apporte des influences différentes à un moment donné. Alors qu’avant on produisait les riddims chacun de son côté avant de les présenter au groupe, pour cet album on a vraiment composé tous ensemble.

Justement comment avez-vous procédé pour produire les morceaux en collectif?

On voulait quelque chose de brut, partir d’un squelette et développer les morceaux ensemble. On est parti s’enfermer dans l’Aveyron, à Sévérac-le-Château dans une maison qui appartient à une collègue. On est resté deux fois une semaine, en bossant entre temps à la maison. A chaque fois qu’on faisait des sessions collectives, Chab ayant écrit plein de textes, parfois entiers, parfois juste un refrain ou un bout, on partait du texte, voix, guitare, clavier et basse. Le morceau partait du texte et tout le monde était là, autour de la cheminée, c’était en hiver, avec le dj qui frappait les beats à la machine. Il y a eu vraiment une fabrication collective, du moins dans l’intention.

Donc un album à la couleur plus rock due à l’arrivée de nouveaux musiciens?

Oui surtout la guitare électrique sur tous les morceaux avec Massimo sur l’album. Sur scène on a un autre guitariste. Il y a aussi un batteur qui nous a rejoint, sur l’album et sur scène. Avec cet album qui sonne un peu plus acoustique, il fallait un batteur sur pas mal de morceaux. En même temps on a fêté nos quinze ans, on a fait un spectacle en rejouant tous nos morceaux avec le batteur. On a donc maintenant deux spectacles sur scène. Tu peux voir Mauresca en digital à l’ancienne avec les platines, les machines et les mc’s. Et tu as aussi Mauresca avec les musiciens. Du coup, en digital il y a des morceaux qu’on ne peut pas jouer. On essaie donc de faire tourner la formation complète, à savoir sept personnes au complet ou cinq en formation réduite. C’est pas trop la mode d’augmenter le nombre de musiciens (rires).

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Comment êtes-vous organisé pour le fonctionnement professionnel du groupe ?

On est tous impliqués dans notre association Lo Sage é le Fol, qui est la structure qui nous permet de vivre, produire nos disques, nos spectacles, faire des projets. C’est une aventure humaine, associative, et dans ce sens-là très hip hop des origines, avec le côté très organisé. L’hiver on fait aussi des projets pédagogiques dans les écoles, des ateliers hip hop avec des jeunes qui rappent, des chansons avec des petits dans une maternelle. On aime travailler dans le milieu scolaire, c’est aussi se confronter à notre réalité. C’est aussi transmettre notre goût pour ces musiques-là, parler avec les jeunes de ce qu’ils écoutent eux. Notre boulot c’est donc autant faire de la musique que faire vivre cette aventure collective.

Au-delà de la musique, transmettre le goût pour la langue et la culture occitanes

Tout à fait, quand on fait les ateliers dans les écoles, c’est pratiquement tout le temps en occitan. Il y a toujours cette dimension-là, c’est intéressant car il y a des cours d’occitan mais c’est vrai que pour les gamins, aborder la langue scolairement, ça ne les rattache pas forcément à une réalité, comme d’ailleurs la plupart des matières. L’occitan porte aussi un certain nombre de clichés, de stéréotypes, c’est la langue du ‘papé’, c’est un truc de vieux, etc. Toi tu arrives, tu n’es pas trop vieux, même si on t’appelle Monsieur. Ils se sentent plus interpelés par des jeunes. C’est une autre manière de voir la langue et leurs cours d’occitan.

Est-ce que l’occitan est une langue qui se perd ou est-elle bien défendue ?

Il y a deux niveaux, celui de la transmission naturelle, il est perdu. La génération de nos parents a été « sacrifiée ». Nos grands-parents étaient encore il y a cinquante ans dans la langue maternelle, le patois, comme disent les Jamaïcains, native tong comme on dit aussi, la langue du quotidien. Il n’y a plus trop cette dimension populaire, ça s’est perdu. Aujourd’hui ce sont plutôt les vieux qui gardent cette langue, ils ne l’ont pas transmises à la génération de nos parents, qui eux étaient en rupture par rapport à plein de choses. Il y a eu un retour dans les années 68/70 avec le renouveau de l’occitan, une ré-appropriation des choses. Mais par contre en parallèle il n’y a jamais eu autant de groupes, d’associations, qui s’emparent de cette langue, activement, à part un choix personnel.

« On ne défend pas un terroir »

On se méfie un peu du discours du retour au patrimoine, ce n’est pas du tout ce qu’on veut. On ne défend pas un terroir, personne n’est plus légitime qu’un autre parce qu’il est né ici ou parce que son grand-père le parlait. Par contre on voit plein de gens qui viennent à ça, qui ne sont pas forcément d’ici. Ce qu’on essaie de transmettre c’est juste ce plaisir des mots, cette joie, la poésie. Cette langue n’a finalement pas d’Etat, pas d’armée, ce qui fait en partie sa faiblesse, on ne sait pas trop la définir, elle n’a pas d’espace géographique précis… C’est peut-être aussi son essence même, on n’est pas comme les Bretons, les Basques, sans vouloir faire de séparation.

L’occitan c’est très particulier, c’est mouvant, il y a plusieurs variétés, c’est comme la vie… On ne peut pas le mettre sous un bocal, sinon on le tue. C’est ce qu’on essayé beaucoup de gens. Voilà ce qu’on essaie de défendre, c’est cette dimension qui nourrit notre création, la pertinence de celle-ci. Même quand on ne rappe pas en occitan il y a cet aspect-là derrière, cette position. Avant nous il y a eu tout le travail de Massilia Sound System à Marseille et Fabulous Trobadors à Toulouse. Ce sont les premiers à avoir mis des mots sur ça. On a été nourris par ça, on poursuit ce chemin, on essaie de le faire à notre façon.

Vous sentez-vous isolés à Montpellier à faire ce travail autour de l’Occitanie ?

C’est particulier, c’est une ville en pleine expansion, avec plein de paradoxes. A la fois l’occitan est présent avec tous les noms de rues, son histoire, elle n’est pas sortie de rien, c’est une ville qui est nourrie par les Cévennes, la Méditerranée, par des convergences de tout ce qui l’entoure et qui est occitanisé. Culturellement parlant il y a plein de choses qui se font. Paradoxalement, c’est une ville qui aimerait être une petite Paris. Du coup elle a du mal avec sa vraie identité, un peu à la Californienne. Mais ce qu’on dit c’est qu’être Californien c’est aussi parler son patois. C’était aussi un défi, Marseille c’est très identifiable, Toulouse également, et nous on est entre les deux.

En ce qui nous concerne on n’habite pas vraiment en ville. On parle de Montpellier mais il faudrait parler de la région montpelliéraine. Notre lieu de vie ce n’est pas du tout Montpellier. On a toujours habité dans les villages, on a plus une culture villageoise qu’urbaine, même si on était au lycée à Montpellier, on a vécu dans la ville. C’est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis l’époque où on était momes. Aujourd’hui on habite au pied des Cévennes, vers Gignac, Saint-Guilhem-le-Désert. C’est la vallée de l’Hérault. C’est quand même l’espace de la culture montpelliéraine. L’occitan de Montpellier par exemple c’est le même à Sète, même si ils te diront que non (rires). Montpellier était une ville assez petite pour ne pas vivre en vase clos. Elle avait besoin de Lodève, de Béziers, de Sète pour se développer, c’est un réseau de villes, qui lui permet d’échapper à la mégapole.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Parlons maintenant de votre côté hip hop. Quelles seraient ses influences ?

Cela a beaucoup évolué, au grès des sensibilités personnelles. Drac, le dj, est un grand fan de NTM, Joey Starr, ce hip hop a fleur de peau, hip hop américain aussi, Cypress Hill, hip hop plutôt rageur. Chab est vraiment hip hop marseillais, IAM, grand fan d’Akhenaton, plus new yorkais, Wu Tang, des sons très bruts. Inti n’était pas trop hip hop étant jeune mais en écoutait quand même, la Fonky Family, Assassin pour le côté politique. Comme on était branchés sur le ragga et le truc de faire bouger les gens, on s’est toujours posé la question du hip hop et de la danse. Ce style a quitté le dancefloor à un moment donné. Il y avait le west coast, Dr Dre et tout, très gangsta, à véhiculer plein de trucs dans lesquels on ne se retrouvait pas vraiment. Mais il y avait quelque chose de puissant quand même, les grosses basses, les synthés…

Ce hip hop gangsters fortement influencé par la funk et qu’on appelait le G-funk

Voilà. Quand on a commencé à faire des morceaux, on a eu une attitude assez hip hop dans la façon de travailler. On mettait des boucles, des micro-samples, une basse, une batterie. On avait un séquenceur, un petit sampleur, et on faisait des trucs basiques, c’était très hip hop, rudimentaire. C’était le tout début, on n’avait pas encore les ordinateurs, la MAO, on faisait avec les moyens du bord, et c’est aussi ça le hip hop. On faisait tourner des boucles et on posait des textes. C’était en 1998. On a commencé à chanter sur des faces B aussi. Pendant les manifs à Montpellier pour l’occitan par exemple. On posait aussi bien sur des morceaux hip hop que sur des riddims jamaïcains ou de Massilia. Mais on a toujours voulu faire danser les choses, c’est pour ça que c’était très sound system.

On a fait un triptyque hip hop. Le premier morceau vraiment hip hop c’est ‘Sale sud’, sur l’album « Contesta ». On a fait une suite à ce morceau qui s’appelle ‘Stéréotype’ dans l’album « Bartas ». Et le morceau ‘Sud de France’ dans « Cooperativa ». Quand on a fait « Cooperativa », c’était le moment où Inti, Drac et Chab étaient vraiment plongés dans le hip hop. C’est pour ça que ça ressort plus. Et ensuite il y a eu Doctors de Trobar. Dans Mauresca ça a toujours été le flow, et moins le chant.

Pendant longtemps on s’est arrêté d’écrire hip hop pour Mauresca parce qu’on était bloqué par ce hip hop à la Française qui a inondé les ondes. Ce n’était plus très musical, il n’y avait plus le groove. C’est devenu la street credibility, il faut être de la cité, etc. C’était devenu relou et presque has-been, kitsch. On s’est pas retrouvé dans l’évolution du hip hop, même des artistes qu’on adore comme IAM ou NTM. A un moment donné on s’est remis à réécouter la source, c’est à dire les Américains, ceux du début. On s’est dit qu’on pourrait faire un projet.

On a rencontré Yellow qui est un jeune qui a démarré avec nous dans les ateliers qu’on faisait. Il était jeune, il prenait le mic, on lui a montré comment fonctionnaient les machines, etc. Rapidement il a commencé à exploser, à se régaler, il venait en sound system, partager le micro avec nous. Lui a une grosse culture hip hop. Ce qui est génial dans ce projet (Doctors de Trobar) c’est qu’on n’a pratiquement pas touché aux machines. C’est Yellow qui fait le son.

L’idée c’était d’imaginer comment on fait un rap naturel en occitan. C’est le rap du sud. En fait il y a Tatou qui parle de ça, qui dit que c’est le hip hop comme on le faisait à Marseille. A un moment donné autour d’IAM il y a eu un départ avec un rap très groovy, très fun, ça déconnait même s’il y avait du sujet, social, etc. On a peut-être essayé de retrouvé cette dimension parce qu’on a samplé. Principalement de la black music, du reggae aussi. L’idée c’était de rapper en occitan, tant pis sur les gens ne comprennent pas (rires).

Sur quels genres de thèmes êtes-vous partis ? De quoi parle Doctors de Trobar ?

Il y a une référence aux troubadours bien sûr. En Occitanie on a inventé l’art de rimer finalement. L’art de jouer avec les mots, le battle, le clash, les troubadours le faisaient déjà. La chanson plus politique, la chanson tranquille pour déconner, il y a tout ça. Une jouissance des mots, le lyricisme, le côté contestataire. Trobar signifie trouver, qui a donné Troubadour, trouver la rime. Doctor de Trobar c’était le titre que se donnaient eux-même ceux qui se considéraient les meilleurs. Il y avait déjà ce jeu de l’égotrip.

Il y a un featuring avec Moussu T de Massilia qui s’appelle ‘Larguesa’, chez les troubadours l’art de donner sans espérer quoi que soit en retour. Pour nous c’est la dimension peace, love, unity and having fun. Il y a ‘Occitan Bambaataa’, le retour aux sources, à notre culture, au hip hop des origines. ‘Mon folclor’ est là pour dire que notre folklore à nous c’est le hip hop. ‘Flor enversa’ est un morceau d’amour qui s’inspire d’un poème d’un troubadour assez célèbre, c’est une image du sexe féminin, un morceau assez coquin, où le monde est à l’envers comme quand tu fais un reverse sur ta platine.

A propos de ‘Riota’ votre dernier album…

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Propos recueillis par Laurent Perrin

www.mauresca.fr

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