Saj Moor, de Long Beach à Casa
avril 16, 2019 (No Comments) by Bongo

29609_526292887394335_430112823_nSalut Saj. Avant de retourner t’installer à Casablanca (Maroc), tu as passé du temps aux Etats-Unis. Raconte-nous ton expérience là-bas.

Mon expérience aux USA a commencé en Californie, à Long Beach City, en 1999 où j’ai rencontré pas mal de mes amis à la Wilson High school. Comme je parlais peu anglais, je me suis concentré sur des matières universelles, comme la musique, les maths, la technique… une fois à l’université de Long Beach, j’ai étudié l’ingénierie du son et la production, le solfège, et des instruments comme la guitare, la batterie et les percussions.

Tout de suite après j’ai commencé à jammer avec des collègues de classe, batteurs et bassistes qui jouaient plutôt du HipHop-Rock, et du Jazz à l’université. On répétait dans un studio bien isolé dans un garage, avec des amplis, guitares, basses et micros. Derrière il y avait une petite ruelle (21st et Lewis) là où Warren G et Snoop sont nés, près du fameux Record Store où le Clip « Gin and Juice » a été filmé.

On a passé des heures et des mois d’expérimentation. Les rappeurs, chanteurs, musiciens passaient par la ruelle, et commençaient à frapper fort : « open the door ». Au début on avait peur, mais un jour on a décidé d’ouvrir la porte du garage, et là on a découvert pleins de talentueux Mc’s et musiciens, qui nous ont rejoints pour des sessions freestyle non stop. Là on a rencontré Paul Higgs, fils de Joe Higgs, ‘Father of Reggae’ un des grands professeurs de Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spears…

Je me suis aussitôt immergé dans la culture africaine, qui a commencé au Ghetto de Long Beach City. Puis j’ai formé un groupe, on a répété pendant 2 ans, 8H par jour chaque jour, on a joué dans plein de salles, festivals, et même commencé à organiser notre propre soirée HipHop / Reggae / Slam / Ska tous les dimanches au Blues Café. On y a ramené plusieurs artistes de HipHop et de Reggae comme KRS-1 et Mikey Dread.

557684_468519803191561_2009801027_n

Quel est l’état de la scène Reggae-hiphop Marocaine ?

Il y a beaucoup de rappeurs, pas assez de live venues, et de labels, mais cela reflète aussi la société marocaine qui n’a pas la culture de payer un ticket à 150 dirhams pour voir et découvrir de nouveaux artistes en live. Ils n’achèteront pas ton CD pour 100 dhs non plus, alors on va dire qu’il n’y a pas d’industrie musicale au Maroc. Par contre il y a des Mc’s qui tiennent fort, avec tout le respect, et autofinancent leurs projets. Je citerai bien Si Simo (ex-Fes City Clan), Would Chaab, Mobydick, de Rabat, je dirai même que la scène Hip-hop est plus développée que le Reggae.

Il y a la résidence Bob Maghrib organisée par L’boulvard, avec les musiciens les plus calés au Maroc. Mais aussi le groupe Wachmn’hit de la ville de Kenitra, pour qui j’ai produit le dernier single « Lfric ». C’est du roots reggae en Darija, un des premiers groupes au Maroc à faire ça, bien sûr avec Ganga Vibez, et Mahmoud Bassou. Tout récemment, on a formé un groupe de roots, reggae et dancehall, qui se nomme « Roots And Kulture », une formation de musiciens assez spéciale, quelques musiciens du groupe Hoba Hoba Spirit, Darga et Wachmn’hit.

Le Hiphop est un médium, remède pour le peuple marocain, finalement une porte s’est ouverte vers un monde vaste, presque incontrôlable, une forme de communication constructive, qui a contribué beaucoup au développement des jeunes, maintenant il faut les soutenir avec plus d’aide, université de musique, chaîne de télé, commencer à exporter notre talent en dehors du Royaume.

Le Reggae est une musique qui passe bien à l’oreille des maghrébins, plusieurs artistes de Rai ont fusionné, pour chanter sur des riddim produits en Jamaïque, comme Cheb Khaled. En ce qui concerne le HipHop, il y a des artistes qui tiennent purement à l’authenticité musicale du mouvement, ce que j’apprécie, mais y’a pas forcement le même vécu que les Mc’s américains.

432295_526291607394463_777653929_nQuel est le niveau de professionnalisation, aide, soutien de l’Etat ?

Le gouvernement Marocain a fait beaucoup d’efforts pour promouvoir la culture et la musique depuis 1999. Malgré cela il n’y a pas d’industrie musicale à proprement parler. Nous n’avons pas de distribution digitale et physique, pas de maisons d’éditions ou d’agences de booking. Il y a bien une vague de festivals de musique, mais cela reste très marginal et saisonnier.

Heureusement, certaines figures de la scène et de la musique au Maroc, ont donné naissance à de très belles initiatives comme L’boulevard qui organise le festival annuel du même nom à Casablanca, et Le Tremplin, festival dédié aux jeunes talents, ainsi que la création d’un espace de répétition et de rencontre, d’ateliers professionnels, d’une salle de concert et d’une Web Radio, projet dont je fais partie.

Concernant la question des droits d’auteur au Maroc, il faut savoir que l’organisme étatique qui gère cela, la BMDA ne rémunère actuellement pas les artistes marocains à l’exception de certains grands artistes de la chanson marocaine. Les jeunes talents sont ainsi exclus du système des droits d’auteurs et de la propriété intellectuelle.

Le marché commercial de la musique et du son est en croissance, les agences de communication et de publicité sont très en demande.

En matière de musique tout est donc à faire au Maroc. Nous avons les talents artistiques mais il nous manque la volonté profonde de faire réellement avancer les choses, pour permettre aux professionnels de la musique et du son, de pouvoir vivre de leur passion.

Propos recueillis par Laurent Perrin
Contact West Coast Studio, Casablanca

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L’équipe de Cosmic Hip Hop – bon en fait, surtout son directeur artistique Zemar – s’est pliée en quatre pour vous faire cette offre impossible à refuser : 1 magazine + 1 sampler + 1 CD + 1 tshirt pour 25€

Saj Moor, de Long Beach à Casa
avril 16, 2019 (No Comments) by Bongo

29609_526292887394335_430112823_nSalut Saj. Avant de retourner t’installer à Casablanca (Maroc), tu as passé du temps aux Etats-Unis. Raconte-nous ton expérience là-bas.

Mon expérience aux USA a commencé en Californie, à Long Beach City, en 1999 où j’ai rencontré pas mal de mes amis à la Wilson High school. Comme je parlais peu anglais, je me suis concentré sur des matières universelles, comme la musique, les maths, la technique… une fois à l’université de Long Beach, j’ai étudié l’ingénierie du son et la production, le solfège, et des instruments comme la guitare, la batterie et les percussions.

Tout de suite après j’ai commencé à jammer avec des collègues de classe, batteurs et bassistes qui jouaient plutôt du HipHop-Rock, et du Jazz à l’université. On répétait dans un studio bien isolé dans un garage, avec des amplis, guitares, basses et micros. Derrière il y avait une petite ruelle (21st et Lewis) là où Warren G et Snoop sont nés, près du fameux Record Store où le Clip « Gin and Juice » a été filmé.

On a passé des heures et des mois d’expérimentation. Les rappeurs, chanteurs, musiciens passaient par la ruelle, et commençaient à frapper fort : « open the door ». Au début on avait peur, mais un jour on a décidé d’ouvrir la porte du garage, et là on a découvert pleins de talentueux Mc’s et musiciens, qui nous ont rejoints pour des sessions freestyle non stop. Là on a rencontré Paul Higgs, fils de Joe Higgs, ‘Father of Reggae’ un des grands professeurs de Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spears…

Je me suis aussitôt immergé dans la culture africaine, qui a commencé au Ghetto de Long Beach City. Puis j’ai formé un groupe, on a répété pendant 2 ans, 8H par jour chaque jour, on a joué dans plein de salles, festivals, et même commencé à organiser notre propre soirée HipHop / Reggae / Slam / Ska tous les dimanches au Blues Café. On y a ramené plusieurs artistes de HipHop et de Reggae comme KRS-1 et Mikey Dread.

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Quel est l’état de la scène Reggae-hiphop Marocaine ?

Il y a beaucoup de rappeurs, pas assez de live venues, et de labels, mais cela reflète aussi la société marocaine qui n’a pas la culture de payer un ticket à 150 dirhams pour voir et découvrir de nouveaux artistes en live. Ils n’achèteront pas ton CD pour 100 dhs non plus, alors on va dire qu’il n’y a pas d’industrie musicale au Maroc. Par contre il y a des Mc’s qui tiennent fort, avec tout le respect, et autofinancent leurs projets. Je citerai bien Si Simo (ex-Fes City Clan), Would Chaab, Mobydick, de Rabat, je dirai même que la scène Hip-hop est plus développée que le Reggae.

Il y a la résidence Bob Maghrib organisée par L’boulvard, avec les musiciens les plus calés au Maroc. Mais aussi le groupe Wachmn’hit de la ville de Kenitra, pour qui j’ai produit le dernier single « Lfric ». C’est du roots reggae en Darija, un des premiers groupes au Maroc à faire ça, bien sûr avec Ganga Vibez, et Mahmoud Bassou. Tout récemment, on a formé un groupe de roots, reggae et dancehall, qui se nomme « Roots And Kulture », une formation de musiciens assez spéciale, quelques musiciens du groupe Hoba Hoba Spirit, Darga et Wachmn’hit.

Le Hiphop est un médium, remède pour le peuple marocain, finalement une porte s’est ouverte vers un monde vaste, presque incontrôlable, une forme de communication constructive, qui a contribué beaucoup au développement des jeunes, maintenant il faut les soutenir avec plus d’aide, université de musique, chaîne de télé, commencer à exporter notre talent en dehors du Royaume.

Le Reggae est une musique qui passe bien à l’oreille des maghrébins, plusieurs artistes de Rai ont fusionné, pour chanter sur des riddim produits en Jamaïque, comme Cheb Khaled. En ce qui concerne le HipHop, il y a des artistes qui tiennent purement à l’authenticité musicale du mouvement, ce que j’apprécie, mais y’a pas forcement le même vécu que les Mc’s américains.

432295_526291607394463_777653929_nQuel est le niveau de professionnalisation, aide, soutien de l’Etat ?

Le gouvernement Marocain a fait beaucoup d’efforts pour promouvoir la culture et la musique depuis 1999. Malgré cela il n’y a pas d’industrie musicale à proprement parler. Nous n’avons pas de distribution digitale et physique, pas de maisons d’éditions ou d’agences de booking. Il y a bien une vague de festivals de musique, mais cela reste très marginal et saisonnier.

Heureusement, certaines figures de la scène et de la musique au Maroc, ont donné naissance à de très belles initiatives comme L’boulevard qui organise le festival annuel du même nom à Casablanca, et Le Tremplin, festival dédié aux jeunes talents, ainsi que la création d’un espace de répétition et de rencontre, d’ateliers professionnels, d’une salle de concert et d’une Web Radio, projet dont je fais partie.

Concernant la question des droits d’auteur au Maroc, il faut savoir que l’organisme étatique qui gère cela, la BMDA ne rémunère actuellement pas les artistes marocains à l’exception de certains grands artistes de la chanson marocaine. Les jeunes talents sont ainsi exclus du système des droits d’auteurs et de la propriété intellectuelle.

Le marché commercial de la musique et du son est en croissance, les agences de communication et de publicité sont très en demande.

En matière de musique tout est donc à faire au Maroc. Nous avons les talents artistiques mais il nous manque la volonté profonde de faire réellement avancer les choses, pour permettre aux professionnels de la musique et du son, de pouvoir vivre de leur passion.

Propos recueillis par Laurent Perrin
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